referencer site web - referenceur gratuit -

La détermination du début de Ramadan au moyen du calcul astronomique

Par cheikh Youssef Al-Qaradawi

le-calendrier-musulman-est-lunaire

 

Si Dieu a prescrit le jeûne du mois du ramadan, qui est un mois lunaire, cela implique que la détermination du début de ce mois se réalise par l’apparition de la nouvelle lune dans l’horizon. En effet, la nouvelle lune est le signe matériel du début du mois. C’est dans ce sens que Dieu dit : « Ils t’interrogent sur les nouvelles lunes. Dis : « Elles servent aux gens pour compter le temps et aussi pour le Pèlerinage » » (2 :189). Elle est également le signe de la fin du mois par l’apparition de la nouvelle lune de shawwal.

Mais quel est le moyen qui permet l’affirmation de l’apparition de la nouvelle lune ? Le Messager de Dieu, que la Paix et la Bénédiction de Dieu soient sur lui, a établi le moyen naturel à la portée de toute la communauté sans ambiguïté ni complication, sachant qu’à cette époque, la communauté était illettrée ne sachant ni écrire ni calculer. Ce moyen est la vision de la nouvelle lune à l’œil nu.

En effet, d’après Abou Hourayra, que Dieu l’agrée, le Prophète, que la Paix et la Bénédiction de Dieu soient sur lui, dit : « Jeûnez quand vous voyez la nouvelle lune (de ramadan) et rompez le jeûne quand vous voyez la nouvelle lune (de shawwal). Si la brume vous empêche de la voir, complétez le mois de sha’ban à trente jours » (rapporté par al-Boukhari et Mouslim).

D’après Ibn ‘Omar, que Dieu l’agrée, le Messager de Dieu, dit en évoquant le ramadan : « Ne jeunez pas avant d’avoir vu la nouvelle lune, et ne rompez pas le jeûne avant de l’avoir vu. Si la brume vous empêche de la voir, estimez-la ».

Il s’agit là d’une miséricorde pour la communauté car Dieu ne lui a pas imposé de recourir au calcul alors qu’elle ne le connait pas.

Trois moyens déterminant le début du ramadan :

D’après les hadiths authentiques, le début du mois du ramadan est déterminé par l’un des trois moyens suivants :

1-    La vision de la nouvelle lune

2-    Compléter à trente jours le mois de sha’ban

3-    Le calcul astronomique

Le troisième moyen : Le calcul astronomique lorsque la brume empêche la vision de la nouvelle lune. En effet, dans certaines versions authentiques dont celle rapporté par Malik, d’après Nafi’ d’après Ibn ‘Omar, qui est la chaîne en or et la chaîne la plus authentique selon al-Boukhari, le Prophète, que la Paix et la Bénédiction de Dieu soient sur lui, dit : « Si la brume vous empêche de la voir, estimez-la ». Que signifie « estimez-la » ?

An-Nawawi dit dans « al-majmou’ » : « Pour  Ahmed ibn Hanbal et quelques-uns, qui sont peu nombreux : le sens est : limitez-la et restreignez-la sous les nuages. Ceux-là imposent de jeûner la nuit de la brume.

Pour Mouttarrif ibn ‘Abdoullah (l’un des grands tabi’ines), Abou al-‘Abbas ibn Sourayj, Ibn Qoutayba et d’autres : le sens est : estimez-la par le calcul.

Abou Hanifa, ash-Shafi’i et la majorité des prédécesseurs et des successeurs disent que le sens est : Compléter à trente jours le mois de sha’ban.

La majorité se justifie en se référant aux versions que nous avons cité, et toutes sont authentiques et explicites : « Complétez le compte à trente jours », « estimez-la à trente jours »  qui expliquent la version « estimez-la » qui a une portée générale »[2]

Ceci dit, l’imam Abou al-‘Abbas ibn Sourayj n’a pas expliqué l’une des versions par l’autre. Au contraire Ibn al-‘Arabi relate d’après lui que l’expression « estimez-la » est un discours adressé à quiconque Dieu l’a doté de cette science, et l’expression « Compléter le compte à trente jours » est un discours au commun de la communauté »[3]

Or, le changement de discours en fonction des situations est plausible, c’est d’ailleurs l’une des causes du changement de l’avis juridique circonstancié (fatwa) en fonction du temps, du lieu et du contexte.

L’imam an-Nawawi dit dans « al-majmou’ » : « L’avis autorisant le recours au calcul est à rejeter conformément au hadith rapporté par al-Boukhari et Mouslim : « Nous sommes une communauté illettrée. Nous n’écrivons pas et nous ne calculons pas ».

Ils dirent : car si le calcul était imposé aux gens cela les aurait gêné, car seuls quelques gens dans les grandes villes le connaissent »[4].

En réalité, le hadith auquel se réfère an-Nawawi n’est pas un argument car il décrit l’état de la communauté à l’avènement du Prophète, que la Paix et la Bénédiction de Dieu soient sur lui. Mais son illettrisme n’est ni nécessaire ni demandé. En effet, le Prophète, que la Paix et la Bénédiction de Dieu soient sur lui, s’est employé à sortir la communauté de son illettrisme en lui apprenant l’écriture. Il a commencé cela depuis la bataille de Badr. Rien n’empêche donc que la communauté connaisse une ère dans laquelle elle saura écrire et calculer. Par ailleurs, le calcul astronomique scientifique que les musulmans ont connu durant l’apogée du progrès de leur civilisation et qui a atteint de nos jours le niveau de perfection permettant à l’homme d’aller sur la lune, est autre chose que l’astrologie réprouvée juridiquement.

Quant à la considération évoquée par an-Nawawi, à savoir que le calcul n’est connu que de quelques-uns dans les grandes villes, ceci était peut-être vrai à son époque, mais ne l’est plus de nos jours. En effet, cette science est de nos jours enseignée dans les différentes universités. Elle est dotée d’instruments et d’observatoires d’une extrême précision. Il est d’ailleurs connu mondialement que la probabilité d’erreur dans les estimations scientifiques astronomiques est de 1/100000 de seconde !

En plus, les villes grandes ou petites sont aujourd’hui toutes proches comme s’il s’agissait d’un seul pays. Le monde est devenu tel un grand village. La transmission d’une information d’un pays à l’autre, de l’Est à l’Ouest, et inversement ne prend que quelques secondes.

Par ailleurs, Abou al-‘Abbas ibn Sourayj, parmi les grandes figures shafi’ites, estime que celui qui connait le calcul et les phases de la lune, s’il sait par le calcul que demain appartient au ramadan, il devra jeûner car il a déterminé le début du mois par un argument, c’est comme s’il l’a su en se référant à une preuve. Le Cadi Abou at-Tayyib a opté pour cette avis, car il s’agit d’une cause qui procure une conjecture probante, c’est comme si un témoin honorable l’informe de ce qu’il a vu. D’autres ont dit : Il lui est permis de jeûner mais à titre obligatoire. D’autres ont permis à quiconque a confiance en lui de le suivre[5].

Certains grands savants de notre époque appellent au recours au calcul astronomique catégorique pour la détermination de la nouvelle lune. Le grand traditionniste (savant de hadith), l’érudit Ahmed Mohamed Shakir écrit une épitre consacrée aux « débuts des mois arabes : Est-il permis de les déterminer juridiquement à l’aide du calcul astronomique ? » Il appuya cela par des arguments forts et parvint à la contusion suivante : L’adoption de la vision a pour cause l’illettrisme de la communauté qui ne savait ni écrire ni calculer. Ainsi, si la situation de la communauté change et si elle devient capable d’écrire et de calculer devenant ainsi capable de compter sur elle-même et non pas sur les non-musulmans pour déterminer les mois à l’aide du calcul scientifique précis, elle devra adopter le calcul à la place de la vision car il s’agit d’un moyen plus précis, plus catégorique et plus à même à unir les musulmans, au lieu de cette vaste divergence entre les pays musulmans que nous constatons à chaque jeûne et à chaque rupture de jeûne, au point certains jeûnent le jeudi, d’autres le vendredi et d’autres le samedi[6].

Avant lui, l’érudit Rashid Rida a appelé  dans la revue « al-manar » et dans son exégèse en commentant les versets du jeûne, à adopter le calcul catégorique.

Parmi les contemporains qui ont appelé à cet avis figure le grand et célèbre jurisconsulte « faqih », sheikh Mostapha az-Zarqa.

Il parait alors clairement d’après les différentes informations que la science liée aux astres que les jurisconsultes ont réfutés est ce qu’on appelle « l’astrologie », un art divinatoire fondé sur l’observation des astres, ce qui est illicite. C’est cette science dont il s’agit dans le hadith rapporté par Abou Daoud et d’autres d’après Ibn ‘Abbas : « Celui qui a tiré une quelque connaissance de l’astrologie a emprunté l’une des voies de la sorcellerie »

L’imam Ibn Daqiq al-‘Id dit : « Ce que je dis, c’est qu’il n’est pas permis de se fier au calcul pour le jeûne grâce à l’alignement de la lune et du soleil comme l’estime les astrologues. En effet, ils peuvent avancer le mois par le calcul, par rapport à la vision, d’un ou deux jours. L’adoption de cela est une innovation que Dieu n’a pas permise. Cependant, si le calcul indique que la nouvelle lune est apparue d’une manière visible, mais un empêchement tel que la brume, empêche de la voir, cela implique l’obligation du jeûne pour l’existence de la cause juridique »

Ibn Hajar commenta ceci en disant : Mais l’acceptation de cela dépend de la véracité de l’émetteur de l’information, et on ne peut affirmer sa véracité sauf s’il l’a vu. Mais la réalité, c’est qu’il ne l’a pas vu. Par conséquent son avis n’est pas considéré et Dieu est plus Savant. »[7].

Mais l’astronomie moderne est fondée sur l’observation à l’aide d’instruments et sur le calcul mathématique catégorique. L’erreur répandue chez un grand nombre de savants contemporains, est de croire que le calcul astronomique est le calcul de ceux qui font les calendriers qui sont imprimés et distribués aux gens, contenant les horaires des Prières ainsi que les débuts et les fins des mois lunaires. Tel calendrier est attribué à untel, l’autre à untel, se référant pour la plupart à des ouvrages anciens d’où ils tirent ces horaires.

Or, il est connu que ces calendriers sont différents : pour certains, sha’ban contient vingt-neuf jours, pour d’autres trente jours, de même pour le mois de ramadan et les autres mois.

A cause de cette différence, ils les réfutèrent car ils ne sont pas fondés sur une science catégorique car ce qui est catégorique n’est pas sujet à la contradiction, et ceci est vrai sans aucun doute, mais il ne s’agit pas du calcul astronomique que nous entendons.

Ce que nous entendons, c’est ce qu’établit l’astronomie moderne, fondée sur l’observation et l’expérimentation, dotée de moyens scientifiques et technologiques qui ont permis à l’homme d’aller sur la lune et de construire des stations spatiales et dont la probabilité d’erreur est de 1/100000 de seconde. Nous informer de la naissance de la lune et de sa visibilité dans les différents horizons, à la minute et à la seconde est devenu parmi les choses les plus simples pour cette science.

Depuis des années, j’ai appelé à adopter le calcul astronomique catégorique, du moins pour la négation, et non pas pour l’affirmation, dans le but d’atténuer l’ampleur de la divergence qui se produit au début du ramadan de chaque année ainsi que pour l’Aïd d’al-fitr, au point d’atteindre trois jours entre certains pays musulmans. Le sens de l’adoption du calcul pour la négation est de continuer d’affirmer l’apparition de la nouvelle à l’aide de la vision conformément à l’avis de la majorité des jurisconsultes de nos jours[8]. Mais si le calcul réfute la possibilité de la vision en disant qu’elle est impossible étant donné que la nouvelle lune n’est même pas encore née dans aucun endroit du monde musulman, le devoir consiste à ne pas accepter le témoignage des témoins car le calcul mathématique catégorique dément cela. Dans ce cas, on ne doit pas appeler les gens à scruter la nouvelle lune, ni ouvrir les portes des tribunaux, les bureaux de la fatwa ou des bureaux des affaires religieuses pour quiconque souhaiterait apporter son témoignage concernant la vision de la lune.

C’est ce dont je suis convaincu et c’est ce que j’ai dit dans mes fatwas et dans plusieurs interventions et émissions télévisées, puis Dieu a voulu que je trouve ceci expliqué d’une manière détaillée par l’un des grands savants shafi’ites, à savoir, l’imam Taqiy ad-Dine as-Soubki (m 756H), à propos duquel on dit qu’il a atteint le degré d’ijtihad.

As-Soubki dit dans ses « fatwas » que si le calcul réfute la possibilité de la vision à l’œil nu, il est du devoir du cadi (juge) de réfuter l’attestation des témoins. Il dit : « car le calcul est catégorique et le témoignage et l’information sont conjecturales, or, ce qui est conjectural ne pourrait s’opposer à ce qui est catégorique, à plus forte raison, il ne pourrait prévaloir sur lui »

Selon lui, le cadi doit examiner le témoignage du témoin qui lui parvient et ce, dans n’importe quelle affaire. S’il voit que les sens ou l’évidence le démentent, alors il doit le réfuter. Il dit : « Pour être recevable comme preuve, le témoignage doit porter sur ce qui est possible matériellement, rationnellement et juridiquement. Ainsi, si le résultat du calcul indique d’une manière catégorique l’impossibilité de la vision, l’acceptation du témoignage est alors juridiquement impossible, car l’objet du témoignage est impossible, or, la législation n’admet pas ce qui est impossible. Quant au témoignage des témoins, il est interprété comme étant une illusion, une erreur ou un mensonge »[9]

 

 


[1] – fiqh as-siyam de cheikh Youssef al-qaradawi, p 25 – 26 et 28 – 34

[2] – al-majmou’ 6/270

[3] – fath al-bari 6/23

[4] – al-majmou’ 6/270

[5] – al-majmou’ 6/279

[6] – comme ce fut le cas pour le début du ramadan de l’an 1409H

[7] – talkhis al-Habir ma’a al-majmou’ 6/266 – 267

[8] – c’était en 1990, cette majorité n’est plus la même aujourd’hui

[9] – fatawa d’as-Soubki 1/219 – 220

 

 

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site