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Le Coran et la Révélation

 

Al-Bukhârî [1] rapporte selon `Â’ishah, que Dieu l’agrée : "Le début de l’inspiration divine (wahy) au Messager d’Allâh — que la Paix d’Allâh et ses bénédictions soient sur lui — fut les songes véridiques durant son sommeil. Chaque fois qu’il faisait un rêve, il se réalisait manifestement. Puis, il eut une attirance pour la retraite solitaire.Il se rendait alors au Mont Hirâ’ où il se consacrait à l’adoration des nuits durant et il se préparait pour ces retraites. Ensuite, il retournait chez Khadîjah — que Dieu l’agrée — qui le parait pour une autre retraite jusqu’à ce que la Vérité le surprit à Hirâ’. C’est alors que l’ange lui apparut disant : "Lis" Le Messager de Dieu dit : "Je lui répondis : je ne lis guère. Alors il me saisit et me serra fort au point de m’épuiser puis me relâcha et me dit : Lis. Alors je lui répondis : je ne lis guère. Alors il me serra une deuxième fois au point de m’épuiser puis me relâcha et dit : Lis. Alors je dis : je ne lis guère. Alors il me serra une troisième fois au point de m’épuiser puis me relâcha et dit : ’Lis au nom de ton Seigneur qui a créé’ jusqu’à ’ce qu’il ignore’ [2]". Alors le Messager de Dieu — que la paix de Dieu et ses bénédictions soient sur lui — rentra chez son épouse Khadîja et s’écria : "Enveloppez-moi ! Enveloppez-moi !" On s’empressa de le tenir enveloppé jusqu’au moment où son effroi fut dissipé. Puis il dit à Khadîjah : "je craignis pour moi-même". Khadîjah de lui dire : "À Dieu ne plaise, Dieu ne te voudrait aucun mal. Par Dieu, tu entretiens tes liens de parenté, tu soutiens les faibles, tu donnes aux pauvres, tu accueilles généreusement les hôtes, et tu viens en aide aux victimes des vraies crises".

Puis elle partit avec le Prophète voir son cousin Waraqah Ibn Nawfal [3]. C’était un homme âgé, non-voyant, douée d’une connaissance des Anciens Livres. Khadîjah lui dit : " ô mon cousin, écoute les propos de ton neveu". Alors le Messager de Dieu, paix et bénédiction de Dieu sur lui, lui relata ce qu’il vit. Waraqah lui dit : "Cet Ange, c’est le Confident (Gabriel) qu’Allah a envoyé autrefois à Moïse. Plût à Allah que je soit vivant à l’époque où tes concitoyens te banniront !" — "Ils me chasseront donc ?", s’exclama le Prophète, paix et bénédiction de Dieu sur lui. — "Oui, reprit Waraqah. Jamais un homme n’a apporté ce que tu apportes sans être persécuté ! Si je vis encore ce jour-là, je t’aiderai de toutes mes forces". Peu de temps après, Waraqah décéda et la révélation fut interrompue pendant un certain temps.

1- Définition du wahy (inspiraton divine et révélation)

En langue arabe, wahy signifie : informer secrètement.

Il est utilisé de façon consacrée dans le vocabulaire religieux pour signifier : le fait que Dieu — Exalté Soit-Il — informe celui qu’Il a élu parmi Ses serviteurs de ce qu’Il veut lui faire connaître en termes de guidance et de savoir, et ce, d’une façon secrète, peu familière aux humains.

Ainsi, l’acception linguistique inclut-elle l’inspiration due à la disposition naturelle (fitrah) chez l’homme. Nous retrouvons cela dans Sa Parole — Exalté Soit-Il — : "Et Nous inspirâmes à la mère de Moïse [ceci] : ’Allaite-le’ " [4]. et, Sa Parole : "Et quand J’ai inspiré aux Apôtres : ‹Croyez en Moi et Mon messager (Jésus)›. Ils dirent : ‹Nous croyons ; et atteste que nous sommes entièrement soumis›" [5].

De même, cette acception englobe-t-elle l’inspiration innée chez les animaux, comme dans Sa Parole Exalté Soit-Il : " Et ton Seigneur a inspiré aux abeilles : ‹Prenez des demeures dans les montagnes, les arbres, et les treillages que [les hommes] font." [6]

Quant à l’inspiration divine — ou révélation — aux Prophètes, elle vise à les informer des Instructions Divines. Il s’agit d’un phénomène similaire pour eux tous, car son origine est la même et sa finalité est unique. [7]. C’est pourquoi, on a défini la révélation comme étant : "L’enseignement de façon secrète provenant de la part de Dieu pour les Prophètes, que la Paix soit sur eux ". Dieu Exalté Soit-Il a dit : " Nous t’avons fait une révélation comme Nous fîmes à Noé et aux prophètes après lui. Et Nous avons fait révélation à Abraham, à Ismaël, à Isaac, à Jacob, aux Tribus, à Jésus, à Job, à Aaron et à Salomon, et Nous avons donné le Zabour à David. * Et il y a des messagers dont Nous t’avons raconté l’histoire précédemment, et des messagers dont Nous ne t’avons point raconté l’histoire — et Allah a parlé à Moïse de vive voix " [8]

2- Les formes de la révélation

Dans un seul verset, le Noble Coran a indiqué trois formes que peut prendre la révélation.

La première : le fait de projeter le sens dans le cœur d’un Prophète.

La deuxième : le fait de parler à un Prophète de derrière un voile, comme Dieu a appelé Moïse de derrière l’arbre et ce dernier a entendu Son Appel.

La troisième : l’envoi d’un ange à un Prophète pour lui transmettre ce dont il a été chargé de communiquer. Cette forme est la plus fréquente de toutes. Toute la révélation du Coran est de cette forme que l’on appelle wahy jaliyy (révélation explicite et manifeste).

Dieu Exalté Soit-Il a dit : "Et Il n’a pas été donné à un mortel qu’Allah lui parle autrement que par révélation, ou de derrière un voile, ou qu’Il [lui] envoie un messager (Ange) qui révèle, par Sa permission, ce qu’Il [Allah] veut. Il est Sublime et Sage " [9]. Et Il a dit, Glorifié Soit-Il : " Et l’Esprit fidèle est descendu avec cela * sur ton cœur, pour que tu sois du nombre des avertisseurs" [10].

Par ailleurs, l’ange descend avec la révélation sous des formes diverses. Il lui arrive d’apparaître au Prophète sous sa forme réelle, angélique. Il lui arrive aussi d’apparaître sous une forme humaine ; l’audience le voit et l’entend dans ce cas. Il lui arrive aussi de descendre sur le Prophète et rester invisible, mais les conséquences de sa venue et l’émotion sont visibles sur le Messager. Il s’absente alors à son environnement comme s’il s’était évanoui. Il ne s’agit aucunement d’un évanouissement ; dans cet état, il est absorbé spirituellement par la rencontre avec l’ange, il sort de son condition humaine normale, ce qui influence son corps qui devient très lourd, au point que la sueur peut couler abondamment de son front alors qu’il fait très froid. Il se peut aussi que l’effet de la révélation sur le Prophète soit similaire au son d’une cloche. Il s’agit dans ce dernier cas de sa forme la plus éprouvante. Il arrive aussi que les personnes présentes entendent comme le bruit des abeilles près du visage du Prophète, sans pour autant comprendre ce son. Quant à lui, paix et bénédiction de Dieu sur lui, il entend et comprend ce qui lui est révélé. Il sait qu’il s’agit d’une révélation divine, avec certitude, sans la moindre confusion, sans le moindre doute, sans l’ombre d’une hésitation. Lorsque la révélation s’arrête, il trouve ce qui lui a été révélé présent dans sa mémoire, gravé, comme si cela avait été inscrit dans son cœur.

Dieu — Exalté Soit-Il — dit : " et il ne prononce rien sous l’effet de la passion ; * ce n’est rien d’autre qu’une révélation inspirée". [11]

Al-Bukhârî rapporte dans son Sahîh, selon Â’ishah que Dieu l’agrée qu’Al-Hârith Ibn Hishâm demanda au Messager de Dieu, paix et bénédiction de Dieu sur lui : "ô Messager de Dieu, comment te vient la révélation ? ", " Parfois, dit le Prophète, elle me vient comme le bruit d’une cloche, c’est pour moi la forme la plus éprouvante. Lorsqu’elle cesse, j’ai alors compris ce qui m’a été dit. Il arrive aussi que l’ange apparaisse sous une forme humaine ; il me parle et je comprends ce qu’il dit ". `Â’ishah dit : "Je vis la révélation descendre sur lui un jour où il faisait très froid. Lorsque la révélation cessa, la sueur coulait abondamment de son front ".

3- La Spécificité de la révélation

La révélation est un inconnu céleste que Seul Dieu détient. Il s’agit d’un secret parmi les Secrets de Dieu qu’Il l’inspire à Ses serviteurs. C’est donc un miracle divin par lequel Dieu privilégie Ses Prophètes et Ses Messagers. C’est une vérité qui n’a absolument aucun rapport avec l’hypnotisation, ou l’enregistrement des voix sur une bande magnétique, ou leur transmission via des téléphones ou des portables. Il s’agit également d’une vérité différente et distincte de l’inspiration (ilhâm) ou le songe véridique (ru’yâ sâdiqah), qui se produisent pour des humains qui ne sont pas Prophètes, ou encore toute autre chose qui peut arriver aux humains.

Le Docteur Muhammad Darrâz, que Dieu lui fasse miséricorde, disait :

"Sache que la révélation divine, sous toutes ses formes, est accompagnée d’un savoir, ou d’une prise de conscience, de la part de celui qui reçoit la révélation. Il sait que ce qui lui est communiqué est une vérité de la part de Dieu, et non pas quelque pensée illusoire ou insufflement du diable. Cela se produit sans préliminaire. C’est comme la prise de conscience de certains phénomènes émotionnels tels la faim, la satiété, l’amour ou la haine. Si tu réalises que telle est la caractéristique de la révélation divine, tu sauras qu’elle est spécifique aux Prophètes, paix sur eux, et tu n’auras pas de peine à la distinguer de certaines inspirations divines ou songes véridiques qui surviennent pour des personnes qui ne sont pas des Prophètes. Il a été rapporté que le croyant voit par la Lumière de Dieu et que le songe véridique est une fraction de soixante-quatre fractions de la Prophétie (nubuwwah). Ainsi, ce qui survient pour les pieux en matière d’inspiration (ilhâm) n’appartient aucunement aux savoirs certains, mais ce sont plutôt des choses que l’on pense être vraies de façon spéculative. Il est possible que l’influence d’un ange et celle d’un diable s’y mêlent d’une façon qui porte à confusion. C’est pour cela que l’inspiré (al-mulham) a besoin d’éléments extérieurs supplémentaires pour juger de quel type d’influence il s’agit. De même, le songe véridique, qui peut survenir pour de nombreux humains, même parmi les pervers et les mécréants, n’a pas cette caractéristique spécifique de la révélation divine. Pour le songe dit véridique, on pense qu’il est véridique, par habitude à ce qu’il soit ainsi". [12]

Quiconque récite les versets du Coran voit que la révélation est commandée par Dieu. C’est un bienfait de Dieu pour ses serviteurs ; un bienfait qu’Il accorde à qui Il veut. Dieu — Exalté Soit-Il — a dit : "Tu n’espérais nullement que le Livre te serait révélé. Ceci n’a été que par une miséricorde de ton Seigneur" [13]

Et dans son poème l’auteur de Al-Jawharah écrivit :

wa lam takun nubuwwatun muktasabah wa law raqâ fi’l-khayri a`lâ `aqabah bal dhâka fadlu’llâhi yu’tîhi man yashâ’u jalla’llâhu wâhibu’l-minan

Le statut de Prophète ne s’obtient par le mérite, quand bien même on aurait gravi les plus hauts échelons du bien C’est un bienfait de Dieu qu’Il accorde à qui Il veut. Exalté Soit Dieu, le Pourvoyeur des dons.

Il arrivait que la révélation tarde à venir pour le Prophète, à des moments où il désire fortement la recevoir. Mais, il ne peut l’accélérer.

Les habitants de la Mecque adressèrent au Prophète plusieurs questions sur l’Âme (Ar-Rûh), les Gens de la Caverne (Ahl Al-Kahf) et Dhu’l-Qarnayn. Il leur dit : "Demain, je vous donnerai la réponse" et par oubli, il a omis de dire "in shâ’a Allâh" (Si Dieu le veut). La révélation tarda, pendant quinze jours, si bien que les mécréants mecquois dirent : "le Dieu de Muhammad l’a abandonné et l’a détesté...". Lorsque Jibrîl descendit, le Prophète lui dit : "Ô Jibrîl, tu n’est pas venu jusqu’à ce que tu m’ais beaucoup manqué". "Tu m’as manqué davantage", lui répondit Jibrîl. Alors le Prophète de lui demander : "Qu’est-ce qui t’a empêché de descendre ?". Jibrîl récita : "‹Nous ne descendons que sur ordre de ton Seigneur. À Lui tout ce qui est devant nous, tout ce qui est derrière nous et tout ce qui est entre les deux. Ton Seigneur n’oublie rien" [14].

La révélation a enseigné au Prophète le fait de commencer par la mention de la Volonté de Dieu, afin que cela soit un enseignement pour sa communauté : "Et ne dis jamais, à propos d’une chose : ‹Je la ferai sûrement demain›. * sans ajouter : ‹Si Allah le veut›, et invoque ton Seigneur quand tu oublies et dis : ‹Je souhaite que mon Seigneur me guide et me mène plus près de ce qui est correct›" [15]. Puis, la révélation se chargea de répondre aux questions soulevées [par les mécréants mecquois] : "Et ils t’interrogent au sujet de l’âme, — Dis : ‹l’âme relève de l’Ordre de mon Seigneur›. Et on ne vous a donné que peu de connaissance" [16] De même, la révélation a traité du récit des Gens de la Caverne et celui de Dhu’l-Qarnayn. [17]

Par ailleurs, la révélation s’est suspendue, après que les premiers versets de sourate Al-`Alaq (96) aient été révélés. La révélation s’interrompit pendant trois ans où le Prophète eut un ardent désir pour la rencontre de Jibrîl et il y éprouva une vive douleur, de peur que le retard de la révélation soit un châtiment divin à cause de quelque péché qu’il aurait commis. Alors que le Prophète marchait en haut des montagnes, il entendit une voix dans le ciel. Il leva le regard et c’est là qu’il vit l’Ange qui était venu le trouver à Hirâ’. Il fut pris d’une frayeur et revint à son épouse Khadîjah en disant : "Enveloppez-moi ! Enveloppez-moi !". Dieu Exalté Soit-Il a alors révélé ces versets : "1. Ô, toi le revêtu d’un manteau ! 2. Lève-toi et avertis. 3. Et de ton Seigneur, célèbre la grandeur. 4. Et tes vêtements, purifie-les. 5. Et de tout péché, écarte-toi". Après cela, la Révélation reprit avec ardeur et continua sans interruption. [18]

La descente de la révélation ou son interruption sont deux choses détenues par la Volonté de Dieu, et le Prophète ne peut ni presser l’arrivée de la révélation, ni la retarder.

La révélation descendait sur le Prophète dans la nuit obscure, ou dans le froid très vif, ou dans la forte chaleur du midi, ou pendant le repos au cours d’un séjour, ou encore dans un voyage, ou dans un contexte de paix ou celui de guerre, et même à l’occasion du voyage nocturne (Isrâ’) et l’Ascension (Mi`râj) vers les hauts cieux [19].

4- Étendue temporelle de la révélation

La révélation commença pour le Messager de Dieu, paix et bénédiction de Dieu sur lui, le 17 Ramadan, en l’an 13 avant l’Hégire Prophétique, soit en juillet 610 E.C. Il avait alors quarante ans. La révélation se poursuivit pendant 23 ans jusqu’à son retour à Dieu, le 13 Rabî` Al-Awwal, de l’an 11 après l’Hégire, soit le 8 juillet 633 E.C. Il avait alors 63 ans.

Ainsi la période pendant laquelle la révélation est venue au Noble Prophète s’étend sur 23 ans et se subdivise en deux parties :

— Première Partie : la période où la révélation eut lieu à la Mecque. Elle s’étend sur 13 ans où les sourates dites mecquoises ont été révélées. Ces sourates constituent 19/30, ou environ 2/3, de la révélation.

— Seconde Partie : la période où la révélation eut lieu à Médine. Cette période a duré 10 ans où les sourates dites médinoises ont été révélées. Ces dernières comptent pour 11/30 du Coran, ou environ, 1/3 de celui-ci.

Le tout premier verset révélé du Coran est : "Lis, au nom de ton Seigneur qui a créé" [20] et le dernier verset de la révélation est Sa Parole — Exalté Soit-Il — : "Aujourd’hui, J’ai parachevé pour vous votre religion, et accompli sur vous Mon bienfait. Et J’agrée l’Islam comme religion pour vous" [21].

5- Soins accordés à la Révélation

Tout au long de sa mission bénie, le Messager de Dieu, paix et bénédiction de Dieu sur lui, reçut la Révélation. Il lui accorda la plus grande importance, la mémorisa, la transmit et la récita de jour comme de nuit. Le Messager de Dieu, paix et bénédiction de Dieu sur lui, en vint à remuer sa langue avec le Coran après Jibrîl (Gabriel), de peur d’en oublier quelque verset. Mais Dieu lui ordonna de ne pas hâter la Révélation et le rassura que c’est Lui — Exalté Soit-Il — qui prend en charge la préservation de son Livre et qu’Il se charge de le sauvegarder dans le cœur de Son Prophète et de lui accorder sa récitation et sa compréhension. En effet, Dieu, Exalté et Glorifié Soit-Il, dit : "Ne remue pas ta langue pour hâter sa récitation * Son rassemblement (dans ton cœur et sa fixation dans ta mémoire) Nous incombent, ainsi que la façon de le réciter. * Quand donc Nous le récitons, suis sa récitation. * A Nous, ensuite incombera son explication" [22].

Les compagnons, qui entourraient le Prophète, se concurrençaient dans la mémorisation du Coran et sa récitation à tout instant. Au cœur de la nuit, leur récitation du Coran produisait comme un bourdonnement d’abeilles. Les deux Sheikhs — Al-Bukhârî et Muslim — ont rapporté que le Messager de Dieu, paix et bénédiction de Dieu sur lui — a dit : "Je reconnais bien les Ash`ariyyûn à leurs voix quand ils récitent le Coran en rentrant chez eux la nuit. Je reconnais également (les endroits de) leurs demeures quand ils récitent le Coran, bien que je n’aie pas vu de jour l’endroit où ils ont campé". [23]

Les musulmans accordèrent la plus grande importance au Coran et l’étudièrent afin de le réciter dans leurs prières obligatoires, que ce soit des prières accomplies le jour ou la nuit, que la récitation soit silencieuse ou à haute voix, mais aussi pour accomplir les prières surérogatoires qu’ils faisaient pour l’Agrément de Dieu. Le Messager de Dieu, paix et bénédiction de Dieu sur lui, les aidait et les inciter à faire cela. En outre, le Messager de Dieu, paix et bénédiction de Dieu sur lui, choisissait parmi ses compagnons les meilleurs connaisseurs du Coran pour qu’ils l’enseignent aux autres.

"Lorsqu’un Emigré arrivait, le Prophète, paix et bénédiction de Dieu sur lui, le confiait à compagnon pour lui apprendre le Coran. Des voix élevées récitant le Coran émanait alors de la Mosquée du Prophète, si bien que le Prophète leur ordonna de baisser leur voix pour éviter qu’ils s’embrouillent". [24]

Ainsi voyons-nous que le Coran fut sauvegardé dans les poitrines, récité abondamment — notamment dans les mosquées et les maisons — sa récitation étant une œuvre d’adoration de Dieu. Il fut appris par cœur par de nombreuses personnes, le récitant de jour comme de nuit, pendant la guerre et en temps de paix, conscients que la récitation du Coran est une œuvre qui les approche de Dieu et qui permet de connaître la religion. La pureté de leur disposition naturelle, leur bonne mémoire et la limpidité de leurs esprits les aidèrent à mémoriser le Coran. Ils surmontèrent l’analphabétisme répandu par la mémorisation et la récitation fréquente.

Ibn Al-Jazarî estime que "le fait de compter dans la transmission du Coran sur la mémorisation des cœurs et non sur les manuscrits constitue la plus noble caractéristique que Dieu a accordée à cette communauté". Il s’appuya sur le hadîth authentique, rapporté par Muslim, selon lequel le Messager de Dieu dit : "Mon Seigneur m’a dit : Dresse-toi parmi les gens de Quraysh et avertis-les. Je dis : O Seigneur, ils me fendront la tête. Il dit : Je vais t’éprouver et je vais éprouver par toi. Je vais te révéler un Livre que l’eau ne peut laver. Tu le réciteras pendant ton sommeil et en état d’éveil. Envoie des soldats et J’en enverrai autant. Combats ceux qui t’on désobéi par ceux qui t’ont obéi. Dépense et on dépensera pour toi". Dieu a ainsi montré que le Coran n’aura pas besoin d’être inscrit dans un manuscrit que l’eau pourra laver et qu’il sera récité à tout moment. Cela constitue l’une caractéristique de ceux qui ont suivi le Prophète Muhammad : "Leurs évangiles sont leurs cœurs, contrairement aux Gens du Livre qui n’ont sauvegardé leur révélation que dans des livres et qui ne peuvent la réciter par cœur ". [25]

Parmi les secrets déposés dans le Coran, c’est qu’il fut transmis de génération en génération, par des centaines, voire de milliers, voire des millions de musulmans, pour être un dépôt de Dieu, sauvegardé pour l’éternité. Très Véridique est la Parole de Dieu : "En vérité c’est Nous qui avons fait descendre le Coran, et c’est Nous qui en sommes gardien" [26].

6 — Les Mérites du Coran

De génération en génération, la communauté musulmane accorda le plus grand soin au Coran. En effet, il constitue l’âme de la Législation et le Livre préservé pour l’éternité. Lui accorder la plus grande importance et le préserver revient à préserver la religion. C’est pour cette raison que le Prophète, paix et bénédiction de Dieu sur lui, recommandait à ses compagnons la lecture fréquente et l’application du Coran.

Voici quelques traditions montrant les mérites du Noble Coran, les mérites de sa récitation et de son application.

At-Tirmidhî a rapporté d’après Al-Hârith Al-A`war selon Alî Ibn Abî Tâlib : "J’ai entendu le Messager de Dieu, paix et bénédiction de Dieu sur lui, dire : "Il y aura des discordes aussi noires que la nuit obscure". Je dis : "comment en être sauvé, ô Messager de Dieu ?". Il dit : "Le Livre de Dieu, Exalté et Glorifié Soit-Il... Il contient les récits de ceux qui vous ont précédés et vous informe de ce qu’il y aura après vous. Il contient le jugement de vos affaires. C’est une Parole Décisive et non point une parole frivole. Quiconque le délaisse par tyrannie, Dieu le brisera et quiconque cherche la guidance en dehors de lui, Dieu l’égarera. C’est la Corde ferme de Dieu. C’est Sa lumière manifeste. C’est la Sage Rappel. C’est le chemin droit. En le suivant, on ne s’égare point avec les passions et les opinions ne divergent pas avec son jugement. Les savants ne s’en rassasient jamais et les pieux ne s’en lassent jamais. Celui qui en a la connaissance devancera les autres. Celui qui l’applique sera récompensé. Celui qui juge par le Coran sera équitable. Celui qui s’y attache fermement sera guidé vers un chemin droit".

Anas Ibn Mâlik dit au sujet du verset : "Il s’est attaché à l’Anse Ferme" [27] : "c’est le Coran".

Le Messager de Dieu, paix et bénédiction de Dieu sur lui, a dit : "Récitez ce Coran. Dieu vous récompense par la récitation d’une lettre dix bonnes œuvres (hasanah). Je ne vous dis pas que "Alif, Lâm, Mîm" est une lettre. Mais "Alif" est une lettre, "Lâm" est une autre et "Mîm" est une autre encore".

Et il dit : "Chaque fois que des gens se réunissent dans une mosquée pour réciter le Livre de Dieu et l’étudier, la Paisibilité descend sur eux, la Miséricorde les enveloppe, les anges les entourrent et Dieu les mentionne dans Son Assemblée". (Muslim).

Le Messager de Dieu, paix et bénédiction de Dieu sur lui, a dit : "Celui qui récite habilement le Coran sera avec les Anges nobles et obéissants ; tandis que celui qui le récite péniblement en bégayant, aura une double récompense". (Al-Bukhârî & Muslim)

D’après Othmân Ibn `Affân, que Dieu l’agrée, le Messager de Dieu, paix et bénédiction de Dieu sur lui a dit : "Les meilleurs parmi vous sont ceux qui apprennent le Coran et l’enseignent". (Al-Bukhârî).

Abdullâh Ibn Mas`ûd a dit : "Certes tout éducateur aime que son éthique soit respectée. Et l’Ethique de Dieu c’est le Coran".

Certains savants dirent au sujet de l’exégèse du verset "Dis : ‹De la grâce d’Allah et de Sa Miséricorde ; Voilà de quoi ils devraient se réjouir. C’est bien mieux que tout ce qu’ils amassent›" : il s’agit de l’Islam et du Coran.

On dit à Abd Allâh Ibn Mas`ûd : "Tu ne fais pas beaucoup de jeûnes surérogatoires". Il répondit : "Cela m’empêche de réciter le Coran et la récitation du Coran m’est plus agréable".

On relate que lorsque les gens du Yémen sont arrivés à Médine du temps d’Abû Bakr Le Très Véridique, ils ont entendu la récitation du Coran et se mirent à pleurer. Abû Bakr leur dit : "Nous étions comme cela, mais les cœurs ont durci".

Ces traditions montrent combien grand est l’amour des croyants pour le Coran. Ils se concurrencent pour l’apprendre, pleurent à son écoute et cherchent la proximité de Dieu en le récitant. C’est pour cela qu’il est une révélation récitée en permanence, une lumière qui guide, une guidance appliquée et une éthique mise en pratique. En effet, la récitation du Coran ne signifie pas le fait de prononcer ses mots uniquement, mais c’est aussi la soumission aux sens qui en émanent, le respect de ses ordres et l’éloignement de ses interdits.

Au sujet du verset "Nous allons te révéler des paroles lourdes (très importantes)", l’un des juristes dit : "C’est la connaissance de son sens, son application et le fait d’honorer ses droits comme il se doit".

Nombreux sont les hadîths montrant la valeur de l’application du Coran et l’éthique que doivent observer ceux qui l’apprennent.

Al-Hâkim a rapporté que le Messager de Dieu paix et bénédiction de Dieu sur lui a dit : "Celui qui récite le Coran recueille la mission prophétique dans son cœur, mais il ne reçoit pas de révélation. Celui qui a appris le Coran ne doit s’emporter par la colère quand les gens le font, ni tomber dans l’ignorance avec les ignorants, car il porte en lui la Parole de Dieu".

Selon Abû Dharr : "J’ai dit au Messager de Dieu, paix et bénédiction de Dieu sur lui : Recommande-moi quelque chose. Il me dit : "Je te recommande la crainte révérentielle envers Dieu, car c’est la base de toute chose. Je dis : Ô Messager de Dieu, recommande-moi autre chose encore. Il me dit : je te recommande la récitation du Coran. C’est pour toi une lumière sur terre et un trésor au ciel". (Ibn Hibbân)

Le Coran fut l’école qui a formé ces hommes qui ont dirigé le monde : ils ont établi une civilisation éternelle et ont teinté le monde par le Coran, les Enseignements du Tout Miséricordieux et la guidance du Prophète Muhammad, paix et bénédiction de Dieu sur lui.

P.-S.

Traduit de l’arabe de `Ulûm Ad-Dîn Al-Islâmî (Les sciences de la religion islamique) de Dr. `Abd Allâh Shehâtah, éditions Al-Hay’ah Al-`Âmmah Al-Misriyyah lil-Kitâb, 3ème édition, 1998. ISBN 977-01-5786-4.

Notes

[1] Ce hadîth est également narré par l’Imâm Muslim dans son Sahîh.

[2] Sourate 96, Al-`Alaq, versets 1 à 5.

[3] Waraqah Ibn Nawfal était le cousin paternel de Khadîjah.

[4] Sourate 28, Al-Qasas, Les récits, verset 7.

[5] Sourate 5, Al-Mâ’idah, verset 111

[6] Sourate 16, An-Nahl, Les abeilles, verset 68.

[7] cf. Tafsîr Al-Qurtubî, 60/20

[8] Sourate 4, An-Nisâ’, Les femmes, versets 163 et 164.

[9] Sourate 42, Ash-Shûrâ, La consultation, verset 51.

[10] Sourate 26, Ash-Shu`arâ, Les poètes, versets 193 et 194.

[11] Sourate 53, An-Najm, L’étoile, versets 3 et 4.

[12] Abd Ar-Rahîm Fûdah in Al-Wahy wa Al-Qur’ân, la Révélation et le Coran, p. 9

[13] Sourate 28, Al-Qasas, Les récits, verset 86.

[14] Sourate 19, Maryam, Marie, verset 64.

[15] Sourate 18, Al-Kahf, La caverne, versets 23 et 24.

[16] Sourate 17, Al-Isrâ’, Le voyage nocturne, verset 85.

[17] cf. Sourate la Caverne (18) pour les deux récits.

[18] Al-Bukhârî & Muslim. Dans Sahîh Muslim : Jâbir ibn `Abd-Allâh Al-’Ansârî, qu’Allah les agrée tous deux, rapporte que l’Envoyé d’Allah, paix et bénédiction de Dieu sur lui, inclut la suivante tradition dans son récit sur la période où la Révélation fut interrompue : "Tandis que je marchais, j’entendis une voix qui venait du ciel. Levant alors les yeux, j’aperçus l’Ange qui était venu me trouver à Hirâ’ ; il était assis sur un siège entre le ciel et la terre". Le Prophète, paix et bénédiction de Dieu sur lui, repartit : "Effrayé à cette vue, je rentrai chez moi en criant : "Enveloppez-moi ! Enveloppez-moi !" Et on m’enveloppa d’une pièce d’étoffe. Et c’est à cette occasion qu’Allah — A Lui la puissance et la gloire — révéla ces versets : O, toi (Muhammad) ! Le revêtu d’un manteau ! Lève-toi et avertis. Et de ton Seigneur, célèbre la grandeur. Et tes vêtements, purifie-les. Et de tout péché, écarte-toi. — par (tout péché), on entend : (les idoles). Après cela, la Révélation reprit avec ardeur et continua sans interruption.

[19] Al-Burhân : 1/198.

[20] Sourate 96, Al-`Alaq, L’adhérence, verset 1.

[21] Sourate 5, Al-Mâ’idah, verset 3

[22] Sourate 75, Al-Qiyâmah, La résurrection, versets 16 à 19.

[23] 1/313, Manâhil Al-`Irfân, de Az-Zurqânî.

[24] 1/234, Manâhil Al-`Irfân.

[25] 1/235, Manâhil Al-`Irfân.

[26] Sourate 15, Al-Hijr, verset 10.

[27] Sourate 31, Luqmân, verset 22.

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