referencer site web - referenceur gratuit -

Islam, christianisme et Judaïsme: existe-t-il une morale universelle?

La morale de l'Islam - Réalisme et transcendance

26-allah_gif-anime.gif

Une définition de la morale

Morale : La morale est un ensemble de règles de conduite, de relations sociales qu'une société se donne et qui varient selon la culture, les croyances, les conditions de vie et les besoins de la société. Éthique et morale ont des sens proches et sont souvent confondus, l'éthique serait l'étude de la morale.

En un sens philosophique, la morale est la théorie normative des actions humaines. Elle porte principalement sur la finalité de l'action et cherche à résoudre les questions qui peuvent se poser dans la délibération et la prise de décision :

Que dois-je faire ?
Qu'aurais-je dû faire ?
Y a-t-il des limites à mes actions ?

Les philosophes divisent la morale en trois domaines dont les limites ne sont pas toujours parfaitement fixées :

  • Méta-éthique : entendue comme la recherche des origines et du sens de nos concepts moraux ;
  • Morale ou éthique normative, qui concerne les critères de nos comportements (habitudes, devoirs, conséquences de nos actes) ;
  • Morale ou éthique appliquée, application des deux premières à des problèmes spécifiques et controversés (par exemple, avortement, environnement, droits des animaux, etc.).

 

LA MORALE DE L’ISLAM - Réalisme et transcendance

"Vous avez été la meilleure communauté apparue parmi les hommes. vous ordonnez le bien, vous combattez le mal, et vous croyez en Dieu" (Al Imrane. 110).

"J’ai été envoyé pour parfaire les qualités morales de l’homme", disait le Prophète. Voilà qui place la morale au centre de la mission et de la pratique de l’islam.
En effet, la morale de l’Islam répond à un triple objectif existentiel :
1) élever l’homme dans ses vertus morales intrinsèques, c’est-à-dire dans les qualités de cœur qui conditionnent son comportement : la foi, la générosité, la miséricorde, la patience, la véracité...
2) engager l’homme dans l’accomplissement correct de sa mission de khilafa qui consiste à gérer la Terre et ce qu’elle contient parmi les êtres et les choses, en luttant contre le mal et pour le bien.
3) instituer une communauté humaine totalement imprégnée par cette mission morale de lutte pour le bien et contre le mal, conformément à la qualification conditionnelle du verset coranique cité en exergue.
Nous allons développer le contenu de ces trois objectifs.

Premier objectif : promouvoir l’homme dans ses vertus morales fondamentales.

Ces vertus se situent à cinq niveaux : physique, psychologique, intellectuel, social et spirituel. Chacun de ces niveaux constitue une base indispensable à l’action morale, c’est-à-dire à l’accomplissement de la mission existentielle de l’homme sur terre.
Bien que le Coran insiste particulièrement sur ces vertus, les Musulmans les ont bien souvent négligées et se sont cantonnés dans l’aspect formel et légaliste de la pratique religieuse. C’est pourquoi il nous a paru important de les bien rappeler, en nous référant, bien entendu, au texte coranique :

 

  •  les vertus que l’on peut qualifier de physiques, sont celles qui assurent à notre organisme la capacité fonctionnelle d’accomplir ses obligations tant vitales que sociales et religieuses. C’est pourquoi le Coran nous enseigne de nombreuses règles d’hygiène qui font partie des vertus du musulman : propreté du corps, des vêtements et des lieux de séjour et de prière, interdiction des aliments et des boissons toxiques ou malsaines. Rappelons-nous ce verset qui est un des premiers révélés à l’intention du Prophète Mohammad : "O toi qui te drapes dans ton manteau, lève-toi et prêche ! Glorifie ton Seigneur, rends propres tes vêtements et éloigne-toi de toute souillure" (Al moudathir. 1 à 5)
    Rappelons-nous aussi les règles de tempérance et d’économie "mangez et buvez, mais n’allez pas aux excès de prodigalité" (Al A’raf. 31) ;
  •  les vertus psychologiques s’expriment dans la prédisposition intime de la conscience aux bonnes actions. En décrivant les croyants, le Coran leur désigne les vertus fondamentales : la miséricorde (marhama), qui est amour et compassion, la patience (sabr) qui est courage, endurance et courage à l’effort, la véracité (al hak) qui est amour du bon, du juste et du vrai, la fidélité (ouafa) qui est constance dans l’engagement, qu’elle soit parole donnée à l’homme ou obéissance promise à Dieu...
    "Ceux qui croient en Dieu et qui font le bien, ceux qui se recommandent entre eux la patience et la miséricorde" (Al Balad. 16-17).
    "Ceux qui se recommandent entre eux d’être justes et miséricordieux" (Al Asr.3)
    "Ceux qui sont fidèles à leur engagement, et qui sont patient dans l’adversité, dans la douleur et dans le combat" (Al Baqara.177) ;
  •  Les vertus intellectuelles reviennent comme un leitmotiv combien oublié pourtant. La raison et la conscience donnent à l’homme sa véritable dimension humaine. Non seulement, c’est par elle qu’il domine le monde, mais c’est par elle aussi, qu’il découvre Dieu et se rapproche de Lui. "Ceux qui craignent Dieu, ce sont les savants" (Fatir.28).
    "Dis : est-ce que se valent ceux qui savent et ceux qui ne savent pas ? Ceux qui méditent, ce sont les gens doués d’intelligence" (Al Zoumour.8). Combien de versets demandent à l’homme de parcourir l’espace et d’étudier l’univers dans ses lois et dans ses mouvements, dans ses manifestations vivantes et dans son histoire !

    - les vertus sociales sont celles qui lient les hommes entre eux à travers l’ensemble de leurs relations. Elles sont l’expression appliquée des vertus fondamentales : respect, générosité, amour fraternel et miséricorde, solidarité et compassion... Nous y reviendrons plus loin.

  •  Quant aux vertus spirituelles, elles sont le commencement et la fin et placent l’homme dans sa dimension transcendantale. Elle sont le lien qui lie l’homme à son Créateur, non seulement par l’esprit, mais aussi par la charge (amana) dont il a été dépositaire.
    Les vertus spirituelles se situent au niveau de la conscience religieuse et se manifestent dans la foi, qui est connaissance et amour de Dieu et dans la soumission à Dieu (Islam) qui est obéissance par la prière et par l’action.
    Les manifestations intérieures de la foi sont désignées par des mots difficilement traduisibles tels que "khouchou’" qui est prosternation de l’esprit devant Dieu ; "tadharou’" qui est invocation suppliante de Dieu ; "ikhlas" qui est adoration sincère et exclusive de Dieu.
    Ces vertus, inséparables de la pratique de la foi, ont été particulièrement ressenties et vécues dans la spiritualité musulmane, non pas seulement celle des mystiques soufis mais de tous les hommes pieux, depuis le Prophète lui-même et ses compagnons vénérés, jusqu’aux croyants sincères qui vivent autour de nous.
    Mais la foi est un tout ; on ne peut en séparer les manifestations intérieures, qui sont amour et crainte adorative de Dieu, de son aspect extérieur représenté par la discipline rituelle et la pratique de la morale sociale.
    La foi, c’est aussi la grâce rendue à Dieu, en reconnaissance (chokr) de la vie qu’Il nous a donnée, de la dignité qu’Il nous a conférée en tant qu’hommes, de la charge dont Il nous a honorés, par la khilafa sur terre, de la Révélation par laquelle Il a guidé notre raison et notre intelligence, enfin de la promesse qu’Il nous a faite d’une heureuse compensation dans l’Au-delà.

    Deuxième objectif : engager l’homme dans l’accomplissement de sa mission de khilafa ou gérance de la terre

    Celle-ci signifie la responsabilité de gestion et implique l’épreuve permanente de lutte pour la défense du bien et la lutte contre le mal, dont la communauté croyante est spécialement dépositaire : "Il faut que se constitue en vous une communauté qui veille sur la justice, qui ordonne le bien et qui combat le mal et qui croit en Dieu" (Al Imrane.104)
    Mais qu’est-ce que le vrai, le juste, le bien, le mal ? Vérité en deçà, mensonge au-delà, comme disait Pascal. Du point de vue de l’islam, la morale, avec toutes ses qualités qui lui sont rattachées comme la vérité, la justice, le bien, c’est l’accomplissement par l’homme de la fonction existentielle pour laquelle Dieu l’a créé. En ce sens, le bien, c’est ce qui est conforme à cette mission, et le mal ce qui lui est opposé.
    Mais comment reconnaître le bien ? L’histoire des hommes et même celle des religions ne semblent pas donner de réponse évidente pour tous et partout. Pourquoi ? Parce que le bien n’est ni une notion objective que la raison seule pourrait définir, ni une notion subjective que l’instinct seul pourrait découvrir. Elle est une relation d’équilibre entre trois sources de connaissance qui ne sont pas exclusives, mais complémentaires.
    1) Les données de l’instinct qui nous font voir bon tout ce qui est conforme à nos besoins naturels et à nos désirs. Ces mêmes données nous font voir le mal dans tout ce qui contrarie ces besoins et ces désirs.
    2) Les données de la raison s’expriment dans la connaissance objective de ces besoins, de ces désirs, dans leur relation avec le monde qui nous entoure. La raison peut nous faire juger bon, non seulement ce qui est conforme à nos vœux, mais aussi ce qui est conforme à l’ordre universel, la nature, la société. La raison domine l’instinct en ce sens que ce qui a pu apparaître comme un bien subjectif, peut être considéré comme un mal vu du point de vue objectif. Il peut me paraître bon de jouir d’un bien que je convoite. La morale objective me dira que ce bien appartient à un autre et que je dois négocier avec lui l’autorisation d’en jouir. Si l’instinct reste néanmoins prédominant, je serais tenté d’utiliser la violence pour jouir de ce bien.
    La raison alliée à la passion peut même m’induire en erreur, si elle me dit que le possédant de ce bien est un ennemi et que je peux légalement utiliser la force pour m’emparer de ce bien.
    3) La révélation m’apporte un autre niveau de connaissances qui situent mon comportement, non plus seulement en fonction de mes désirs et des implications morales de ces désirs dans mes relations avec les autres, mais aussi en fonction d’un but transcendant ces désirs, et qui est la raison même de mon existence. La morale religieuse domine donc l’instinct et la raison et, sans les renier, elle les place dans un ordre moral conforme à la finalité de l’existence et aux fins de cette existence. La morale se conformera ainsi à des prescriptions révélées par Dieu Lui-même, qui discipline mon instinct et corrige ma raison pour les diriger dans la trajectoire de la foi. Car Lui seul connaît absolument ce qui est bien et ce qui est mal. Son enseignement guide nos actions vers le bien. "Il peut vous arriver de détester une chose dans laquelle se trouve votre bien et il peut vous arriver d’aimer une chose dans laquelle se trouve un mal pour vous. Dieu sait et vous ne savez pas" (Al Baqara. 216).
    Dans la perspective religieuse, le bien devient tout ce qui favorise l’épanouissement de l’homme dans sa quadruple dimension : physique, intellectuelle, morale et spirituelle. Le mal, c’est tout ce qui peut le contrarier. L’appréciation du bien et du mal, est donc un équilibre entre les trois types de connaissance et de tendance.
    Lorsque le déséquilibre se fait au profit de l’instinct, il asservit à la fois la raison et la religion. Lorsque le déséquilibre se fait en faveur de la raison pure, il peut asservir à la fois la nature biologique de l’homme et sa dimension spirituelle. Lorsque le déséquilibre se fait au profit de la religion formelle, il sacrifie à la fois la nature et la raison. Ce n’est pas là l’ordre voulu par Dieu, car Dieu a créé la nature, la raison et la foi, dans une harmonie existentielle elle-même liée à la finalité de la création. C’est dans cette voie d’équilibre et d’harmonie que nous oriente le message coranique.
    Cependant, l’épreuve morale de l’homme n’est pas simple. A la fois soumis à la volonté de Dieu qui s’exprime dans l’ordre de la création et responsable personnellement de ses actes et de leurs implications, de par la raison dont Dieu l’a pourvu, et de par la charge morale dont il est dépositaire, il se trouve confronté à des tensions multiples souvent contradictoires.
    Pour être maintenue dans la droiture de la voie enseignée par Dieu, la morale n’est donc pas laissée à la libre appréciation subjective ou même objective de chaque individu.

    Dr Ahmed Aroua.
  • e6un7

     


     

La morale Chrétiènne

Le bonheur est un maître mot de l'Evangile. Si certains d'entre vous disent la prière enseignée par Jésus, ils disent : "Père, que ton Règne vienne". Qu'est-ce que le Règne de Dieu, autrement dit son Royaume, sinon que sa volonté se fasse ? Pour parler de la volonté de Dieu, non pas à partir de notre imagination, il faut prendre acte de ce Dieu a fait. Le premier acte de Dieu qui se constate dans l'histoire est d'avoir choisi comme ami Abraham, puis son fils, Isaac et son fils Jacob, le père des douze tribus du peuple Israël. Lorsque ce peuple fut esclave en Egypte, il l'a libéré et mené dans un pays (Israël) où il a pu croître et grandir. Dire "la volonté de Dieu", c'est reconnaître ce que Dieu fait quand il conclut amitié avec son peuple, et le libère de toute servitude intérieure et extérieure. Pour dire que cette volonté est universelle, la Bible commence en présentant comme porche d'entrée une image : l'humanité placée en Eden,un jardin de délice, où tout est parfait. Chercher le bonheur, c'est réaliser ce que Dieu veut en se référant à sa volonté de bonheur qui est exprimée dans le terme d'alliance.

I. L'appel au bonheur et les choix nécessaires

Pour savoir ce qu'est le bonheur, il est commode de voir ceux dont nous disons qu'ils n'ont pas accès au bonheur. Les images qui nous viennent du monde le montrent : ne sont pas heureux ceux qui manquent de ce qui fait l'homme humain : la nourriture, le vêtement, la demeure, le travail, le loisir, la communication avec autrui. Pas de bonheur sans cela ! Est-ce que le bonheur se réduit à cela ? Ce serait aller trop vite que de dire oui, car si le bonheur requiert comme nécessaire les biens que je viens de nommer, il ne s'y réduit pas.

1. L'expérience humaine est paradoxale : trop de nourriture, trop de luxe, trop de travail, trop de loisir, trop de solitude et trop de relations ne rendent pas heureux. Il y a un creux dans la vie qui fait que les biens que l'on consomme ne mènent pas au bonheur.

"Assez vu. La vision s'est rencontrée à tous les airs.

Assez eu. Rumeurs des villes, le soir, et au soleil, et toujours.

Assez connu. Les arrêts de la vie - O rumeurs et Visions !

Départ dans l'affection et le bruit neufs !" (Rimbaud, Illuminations, p. 183)

Pour dire cette expérience, les psychologues distinguent soigneusement entre le désir et le besoin. Le besoin est ce qui vient combler un manque : le pain pour l'affamé, l'eau pour s'assoiffé, le soin pour le malade,... Mais une fois l'eau bue, le pain mangé, le soin reçu,... quelque chose manque que ne vient pas combler un supplément de nourriture, de boisson ou de démonstrations d'affection. Il y a autre chose dans la vie humaine : le désir. Le propre du désir est de n'être jamais rassasié et de ne se satisfaire d'aucun bien de consommation. "Assez vu... Assez eu... Assez connu...", écrivait Rimbaud. Il faut aller plus avant. Il faut aller vers ce qui ne se quantifie pas.

2. Telle est l'énigme de la vie humaine ; elle est en mouvement vers un bonheur que rien ne permet de rassasier dans l'immédiat, car le désir humain porte sur l'infini.

On peut le nier et dire que l'homme est fou de désirer et bâtir en conséquence une morale du consentement à ce qui est fini et limité. Se contenter de ce que l'on a, voire tuer son désir. Mais c'est alors résignation et vie triste et terne. Les religions sont emplies de cette résignation présentée comme la source du bonheur. De fait, à cesser désirer on ne connaît plus le tourment de vivre ou du moins, car il n'est pas possible de ne plus désirer - ce serait mourir - il faut que le désir soit le plus terne possible.

La morale chrétienne, au sens traditionnel du terme, ne suit pas cette voie. Elle reconnaît l'infini du désir et le convertit en désir d'infini. Ce désir d'infini se mesure à un être infini : Dieu. L'horizon de la vie chrétienne est de réaliser sa vie de manière à être à l'image de Dieu. Le message moral de la Bible est résumé par Jésus en ces termes : "Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait" (Mt 5,47).

Est-ce possible ? Oui, mais il faut donner là quelque explication. En effet, parler de perfection est source d'illusion, si on s'évade de la réalité pour rêver et ignorer ses limites. En effet la condition humaine a des limites. Les connaître, c'est accéder à son humanité. Telle est la situation difficile de la condition humaine : l'homme porte en lui un désir infini et ce désir se trouve placé dans des réalisations finies.

3. Aussi sur cette route, il y a une exigence qui prend la forme de la Loi. Le mot de loi est d'emploi difficile. Il faut l'expliquer

La loi morale est une loi qui exprime la réalité des choses. Dans la nature, les choses ne sont pas données dans le chaos, mais dans l'ordre - et l'on peut, en connaissant les lois, prévoir ce qui viendra et les effets des actes posés. De même en humanité, il y a des exigences inscrites dans la réalité humaine. Si en physique les objets suivent les lois sans les connaître et donc de manière infaillible, en humanité, il n'en va pas de même. On ne peut suivre la loi, si on ne la connaît pas et si on ne veut pas la suivre. Pour cette raison, la morale apparaît par manière de loi prescriptive.

Il faut bien entendre cet aspect. Parce qu'il y a un désir infini et des réalisations particulières, il y a des choix. Pour qu'un choix soit humain, c'est à dire non imposé par contrainte, il doit être une réponse à un appel. Aussi, un mot est au centre de la morale chrétienne qui est fondée sur la Bible, le mot parole. L'homme est un être appelé. Dieu l'appelle au bonheur. Il l'appelle à choisir la voie qui va à la vie ou la voie qui va à la mort. Il y a une morale parce qu'il y des choix à faire.

Cette parole n'est pas seulement une invitation vague, elle marque des limites et des interdits. Pour cette raison, les paroles sont dites par des négations. Contrairement à ce qui est pensé par beaucoup, la formulation négative n'enferme pas. Au contraire ! elle ouvre sur un infini. Dire : " il faut faire comme ceci, comme cela et pas autrement", c'est enfermer. Dire : "Ne fais pas cela", c'est montrer où est la source du malheur et laisser une entière liberté pour faire selon son jugement.

Je prends un exemple : des parents offrent à leur enfant un vélo. Ils lui donnent la possibilité d'aller plus loin, plus vite, de découvrir le monde qui l'entoure et donc de grandir. Mais comme l'enfant est encore inexpérimenté, ils lui interdisent d'aller sur une voie rapide où il risque de se faire écraser. S'ils ne lui disaient rien et si l'enfant se faisait écraser, ils seraient responsables. Les paroles dites par Dieu sont du même ordre. Elles appellent l'homme à la vie. Elles lui donnent un espace d'autonomie et d'initiative. Ce don est confirmé par des interdictions.

Ainsi la Loi donnée par Dieu, parce qu'elle exprime un volonté de bien et de bonheur, donne des interdits. Ils sont bien connus. Il suffit de les dire pour voir qu'elles sont au service de la vie. "Tu ne feras pas de Dieu une idole !Tu ne tueras pas ! Tu ne voleras pas ! Tu ne mentiras pas ! Tu ne prendras par la femme de ton prochain !..." Le malheur du monde (la guerre, la famine, le désespoir,...) atteste que ces paroles montrent un chemin de vie. Elles sont comme des indications de points dangereux sur une route accidentée.

Tous les interdits que l'on appelait jadis dans le catéchisme "les commandements de Dieu" et que la Bible appelle des "paroles" sont le correlât de la volonté de Dieu qui veut que l'humanité arrive au bonheur par un chemin qui soit celui que chacun décide.

II. La liberté et la conscience

Être humain, pleinement humain, telle est l'idéal moral du chrétien. Telle est la volonté de Dieu qui veut que l'homme réalise les richesses de son être. Ce point demande à être explicité, car il est évident que chacun ne peut réaliser à lui seul tout ce que les hommes peuvent faire. Le chemin est singulier et limité. Je ne peux pas tout faire au même moment. Il en va de la vie comme d'un arbre qui grandit. Les premières branches poussées deviendront les branches maîtresses et on ne peut ensuite les modifier. Mais cette image pêche si on la durcit. Car le propre de l'homme est d'être capable de réfléchir et donc d'intérioriser.

1. L'être humain est humain dans la mesure où il possède en lui-même les fondements de son action. Etre humain, c'est agir par soi-même. C'est cela être libre. Le propre de la morale chrétienne est de faire en sorte que le projet de Dieu sur l'homme ne soit pas extérieur à l'homme. Dieu ne veut pas constituer un peuple docile, mais un peuple saint. Ce qui tout autre chose.

Le mot qui dans la Bible exprime ceci est le mot coeur. La Loi donnée par Dieu est faite pour être inscrite dans le coeur, à l'intime de chacun. Le coeur est l'intérieur de la vie de chacun : les convictions, les intuitions, le rapport à autrui libre de toute convoitise.

• La relation à autrui est dite par l'expression "coeur de chair" par opposition à "coeur de pierre". Le coeur de pierre est endurci. Il ne perçoit pas la détresse d'autrui, tout occupé de ses intérêts et avantages. La pierre est le symbole de l'endurcissement sans relation à autrui. Le coeur de pierre est sourd d'une surdité pire que celle des oreilles. Le coeur de chair peut se caractériser par la notion d'ouverture et de vulnérabilité. Ouverture, c'est-à-dire, écouter, entendre, accueillir accepter un point de vue irréductible au sien. La vulnérabilité est le fait d'être touché, ému par autrui, se réjouissant de sa joie et souffrant de sa souffrance.

• La relation à soi-même ou intériorité. la caractéristique de la loi nouvelle est l'opposition entre la lettre et l'esprit. Quand la Loi est extérieure, elle n'est pas encore vraie. Elle blesse. "Voici venir des jours où je conclurai avec la maison d'Israël une nouvelle alliance. Non pas comme l'alliance que j'ai conclue avec leur pères, le jour où je les pris par la main pour les faire sortir du pays d'Egypte. Voici l'alliance que je conclurai avec la maison d'Israël. Je mettrai ma loi au fond de leur être et je l'écrirai sur leur coeur" (Jer 31,31-33)

• Le troisième point est la relation à Dieu. Ce ne doit pas être une relation formelle, mais une relation d'amitié et de réciprocité dans la confiance. C'est le sens du mot alliance : Dieu donne son Esprit qui transforme les coeurs.

2. La morale est devenue vraiment chrétienne lorsqu'elle cesse d'être un fardeau qui pèse de l'extérieur, mais lorsqu'elle est devenue une force intérieure, une liberté qui se structure. Cela ne veut pas dire que tout soit facile. Mais la difficulté vient de ce que l'activité et libre et passe par des choix. Ce sont les choix qui nous façonnent. Nous sommes créateurs de ce que nous sommes : nous devenons ce que nous avons choisi d'être. A partir d'un donné premier, nous choisissons et ce choix nous donne notre visage définitif.

• Nous choisissons de vivre. Nous aurions pu mourir ou consentir à notre mort.

• Nous choisissons de grandir, physiquement, affectivement, spirituellement ou intellectuellement.

• Nous choisissons des relations.

• Nous choisissons nos propres activités.

3. Un terme apparaît alors : celui de conscience. La conscience est un élément important de la morale chrétienne. Le terme désigne largement la connaissance de soi. Il désigne en morale une dimension plus particulière, lié au fait que la Loi est générale. Elle vaut pour tous et en toute circonstance.

Elle est générale, aussi il ne suffit pas de connaître la Loi. Il faut une autre connaissance, plus précise, plus particulière, plus circonstanciée. C'est la conscience morale. Ce n'est pas une application de la Loi, mais la connaissance de la situation où doit se prendre une décision. La science porte sur les exigences générales. La conscience porte sur les conditions précises. La conscience juge des éléments où doit se prendre une décision : soi-même, les autres, les conséquences. Par exemple, je dois perfectionner ma connaissance d'une langue vivante et donc mettre en oeuvre un apprentissage qui doit respecter des règles pédagogiques. Mais les règles pédagogiques ne suffisent pas à organiser ma vie en fonction de ce que je suis, de ce que sont les autres autour de moi et des conséquences que cela entraîne. Je peux par exemple aller faire un séjour linguistique à l'étranger, mais ai-je le droit de partir compte tenu de mes finances, de ce que mon absence peut entraîner pour ma famille,... ? Autre exemple, un médecin connaît sa médecine et la thérapie de telle maladie. Mais il ne doit pas donner le même traitement à tous ses patients ; il doit analyser le cas particulier où se trouve le patient. Un tel jugement précis et unique relève de la conscience.

La morale chrétienne dit qu'il faut en toute chose suivre sa conscience. Cela permet de prendre une décision. La conscience n'est pas la décision. Celle-ci demande un engagement de la volonté. Je puis agir selon ma conscience ou l'écarter. Je puis savoir ce qui est bien et ne pas le faire. Je ne veux pas. Telle est ma liberté.

III. Nature et grâce ; le Royaume de Dieu.

La morale est concrète. Elle demande des actes. Or agir ne fait pas seulement changer la situation extérieure. Agir transforme celui qui agit. Physiquement l'entraînement fortifie le corps. Intellectuellement les exercices fortifient l'intelligence. Affectivement les relations justes fortifient la volonté.

1. Dans la morale traditionnelle, on a repris le mot latin virtus (vertu) pour dire l'heureux effet de cette action sur soi-même. Ce sont les qualités personnelles de celui qui devient libre.

Quatre qualités fondamentales ont été systématisés par les philosophes et les moralistes : la force, la tempérance, la justice, la prudence.

1. La force est la qualité d'un être qui ne faiblit pas dans l'adversité et reste ferme dans ses choix. La force n'est pas la dureté ou l'intransigeance, mais la capacité de tenir contre la dispersion, l'usure, la distraction ou la tentation. Le fort n'est pas malléable au gré de l'opinion de la majorité. Il ne pense pas comme pense le dernier bulletin télévisé ou le dernier article du journal. Il pense par lui-même, librement.

2. La tempérance désigne la qualité d'un être qui maîtrise les sollicitations qui lui viennent de l'extérieur : la nourriture, la boisson, le désir sexuel, la consommation d'excitants ou de somnifères,... Est tempérant celui qui sait prendre le plaisir qu'il faut, à la mesure de la vérité de la situation. Est tempérant celui qui use de son corps, de son intelligence et de son coeur de manière libre et assurée.

3. La justice vient de ce que nul n'est seul au monde. Est juste celui qui sait reconnaître autrui comme tel. Il ne le réduit pas à être à son service. Il le respecte pour ce qu'il est ; dans l'échange des services, il sait ce qui est dû à l'autre. Justice se réalise vis-à-vis de tout autre : les hommes, à commencer par les plus proches, mais aussi les lointains, les vivants, la terre, ... En tout le juste reconnaît la vérité d'autrui et l'objectivité des relations.

4. La prudence enfin est la qualité de l'action et de la décision prise au bon moment et pour le mieux.

2. Cette construction de soi par soi se fait aussi dans le domaine de la relation à Dieu.

Un jour Jésus a été abordé par un homme qui lui demanda : "Que dois-je faire pour avoir la vie éternelle". Le texte de l'Evangile nous dit que Jésus regarda cet homme avec affection, en effet, il venait de dire l'infini de son désir devenu désir de l'infini : la vie éternelle partagée avec Dieu. Jésus lui rappela la Loi : "Tu ne tueras pas, tu ne mentiras pas, tu ne seras pas adultère,..." Cet homme dit qu'il avait fait cela depuis toujours. Aussi Jésus lui dit : "Une seule chose te manque, libère toi de tes biens, donne aux pauvres et viens, suis-moi". La parole de Jésus nous montre qu'au delà des qualités qui sont le fait de toute morale (la force, la maîtrise de soi, la justice, l'action), il est un autre ordre : celui de la relation à Dieu.

La relation à Dieu est libre et volontaire. Elle demande donc à être humaine, fruit d'humanité. Pour cette raison, elle ne grandit que si on le veut et si on ratifie volontairement. Pour cette raison, en morale chrétienne on parle de foi, d'espérance et de charité, comme des actes qui font l'homme plus conforme au projet de Dieu sur lui. Par la foi, il connaît Dieu, par la charité il l'aime, par l'espérance, il l'attend comme son vrai bonheur.

Dieu se donne, il se donne à celui qui l'accueille librement. Il se donne et celui qui le reçoit grandit par lui-même. Un vrai croyant est un homme plus libre et plus humain.

3. La morale chrétienne donne le primat à l'amour. Or l'amour est actif. Dans l'Evangile selon saint Matthieu, la première parole publique de Jésus est celle de bonheur (chap. 5) ; la dernière parole de Jésus est un tableau de la fin des temps (chap. 25). Le Christ ressuscité viendra faire le jugement. Tous sortiront du séjour de la mort et se présenteront devant le Christ-Roi. Il y aura séparation des bons d'avec les méchants. Ce scénario est classique au temps de Jésus. Il n'a rien d'original ; Jésus se contente de le reprendre. Par contre, il y ajoute une nouveauté ; elle concerne le critère du jugement. Il y aura une surprise. Le Christ-roi déclare : "Ce que vous avez fait au plus petit d'entre mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait ! J'étais nu et vous m'avez vêtu ; j'étais affamé et vous m'avez nourri ; j'étais malade et vous m'avez soigné, prisonnier et vous m'avez visité, étranger et vous m'avez accueilli !"

En lisant cette liste d'actions, nous pensons aux grands malheurs du monde : famines, sécheresses, guerres et déportations,... Certes ! mais l'immensité de ce malheur et notre propre faiblesse risque de nous décourager ou de servir d'alibi à notre comportement. Il s'agit de tous.

Tout homme en effet naît dans la situation de précarité dite par le texte. Le petit d'homme vient au monde démuni de tout. Si personne ne l'accueille, ne le nomme, ne le nourrit, ne le vêt, ne le soigne et ne le protège, il meurt. Les six actes demandés par Jésus sont universels. Nous en avons été les bénéficiaires. A nous de donner ce que nous avons reçu !

Mais attention à ne pas entendre ces actes dans la seule dimension matérielle, car ce qui fait l'homme c'est la relation. Les six domaines relevés par l'Evangile sont liés à une démarche de rencontre et de parole. Ils déterminent une action qui est une relation. L'homme ne vit pas que de pain, de lait, de soin médicaux, ... il vit de la parole qui les porte et leur donne sens. Il n'y a pas d'un côté le matériel et de l'autre le spirituel ; mais l'un et l'autre mêlés dans un acte qui s'ouvre sur l'infini. L'homme ne vit pas que de pain, aussi Dieu, en même temps qu'il donne les biens matériels (la terre des vivants), donne sa parole, ; elle est dans la Bible et dans l'intime du coeur.

Conclusion

Le maître mot de la morale chrétienne est le mot Parole. La morale est une parole d'appel et d'ouverture. Elle appelle au bonheur et en donne la possibilité. Elle marque des limites et suscite des choix. Plus encore, l'évangile de Jean résume l'action de Jésus en reconnaissant qu'il est la Parole de Dieu, c'est à dire la parfaite expression de Dieu. La Parole (en grec le Logos, en latin le Verbe) s'est faite humaine, un homme, Jésus qui nous permet d'être à l'image de Dieu et d'accéder au bonheur. Ceci est un don. Nous avons pouvoir de l'accepter et de le faire fructifier.

 

>Jean-Michel MALDAMÉ o.p.

e6un7

 

Page Top

La morale Juive

381128-2679779038787-1385624884-2907033-1874310027-n.jpg

La religion juive ou judaïsme, pareille en cela à la plupart des religions très anciennes, consiste bien plutôt en un ensemble de pratiques qu'en un système de dogmes bien définis. Sa grande originalité, son titre principal devant l'histoire, consiste d'une part, à avoir incorporé les lois morales au code des pratiques cérémonielles sanctifiées et imposées par la religion, puis d'avoir élaboré le monothéisme. En revanche, il n'y a jamais eu de credo juif. Les treize articles de foi, rédigés par Maïmonide et adoptés par la plupart des synagogues, n'ont pas de caractère officiel; un philosophe, Crescas, les a réduits à huit; un autre, Allbo, à trois (existence de Dieu, révélation divine, peines et récompenses de la vie future); un penseur du XIXe siècle, James Darmesteter, n'en admettait que deux : unité divine et messianisme, qui s'appellent dans la langue moderne unité de forces et croyance au progrès.

Au fond, le dogme de l'unité divine est seul irréductible; la doctrine de l'immortalité de l'âmeet des peines et récompenses de l'autre vie est entièrement post-biblique, la croyance au Messie a valu aux Juifs tant de déceptions et d'avanies, tantôt pour l'avoir cru arrivé, tantôt au contraire pour avoir refusé de le reconnaître, qu'ils ont fini par la reléguer au second plan ou lui substituer une conception philosophique plus large.

 

Le Décalogue résume la morale juive. Les pratiques cérémonielles ont les unes leur fondement direct dans la Bible, d'autres sont d'introduction plus récente ou sont nées d'une exégèse subtile des préceptes bibliques : telle est la pratique des tefillin ou phylactères portatifs, de la mezouza appliquée aux portes des maisons, etc. Beaucoup de pratiques bibliques semblent d'origine païenne ou sont de simples conseils d'hygiène, d'une valeur toute relative, convertis arbitrairement en préceptes religieux : telles sont la plupart des lois alimentaires et des lois de pureté. Ces dernières, liées au culte du Temple, sont presque toutes tombées en désuétude; les premières sont encore observées par un grand nombre de Juifs et entraînent une organisation spéciale de l'abattage et du commerce de la boucherie (viande Kasher). La plus importante des pratiques est la circoncision : c'est une erreur cependant de croire que son omission retranche un Juif de la communauté.

 

Le rituel des prières est abondant. Le Juif pieux prie trois fois par jour. La prière principale est le Schema, composé de trois fragments du Pentateuque. Le Schemoné Ezréh (18 bénédictions) est récité également tous les jours. Certaines prières sont particulières à certaines fêtes ou aux néoménies; d'autres se récitent avant et après les repas, aux enterrements, en souvenir des morts (Kaddisch), etc. Pratiques et prières individuelles constituent le culte privé. Le culte public, longtemps moins important, consiste essentiellement dans la prière en commun et dans l'observation des fêtes. Les synagogues sont les locaux où l'on se réunit pour prier ensemble; il faut dix personnes mâles pour que la prière ait le caractère d'un office public. Outre les prières proprement dites, cet office comprend des cantiques, des psaumes dont le choix diffère d'un rite à l'autre. Dans les synagogues, les deux sexes sont rigoureusement séparés et les hommes ont la tête couverte; les dévots revêtent le taled (manteau).

 

La principale fête est le Sabbat, qui revient tous les samedis; elle est surtout caractérisée par l'abstention complète de tout travail et un service divin plus solennel à la synagogue : à cette réunion, on lit publiquement, d'après le «rouleau sacré», une des cinquante divisions hebdomadaires (paraschôt) établies dans le Pentateuque, - cette lecture est faite par sept fidèles appelés à tour de rôle; - on termine par un chapitre correspondant des prophètes (aftara). Le Sabbat, comme les autres fêtes, commence et finit le soir, au coucher du Soleil, ou plutôt «à l'heure de la nuit close» (Les Jours et les nuits).

 

Les autres fêtes d'origine biblique, dont plusieurs ont été adoptées par l'Église chrétienne, sont :

 

1° Pâque (Pesakh, ou Pessah), qui dure huit jours et commence le 15 Nisan (septième mois) : La Pâque est l'ancienne fête du printemps, rattachée au souvenir de la sortie d'Égypte; pendant toute sa durée, on mange du pain sans levain;
2° Pentecôte (Schebouoth, c.-à-d. Semaines), cinquante jours après Pâques, la Pentecôte est l'ancienne fête des prémices;

 

3° Nouvel an (Rosch-ha-Schana), le premier Tisri, annoncé par le son du cor (schofar);

 

4° Jour des Expiations (Yom Kippour), dix jours après le nouvel an, consacré au jeûne, à l'inaction et aux pénitences;

 

5° Fête des Cabanes ou tabernacles (Soukkoth), cinq jours après Kippour; elle dure sept jours; c'est l'ancienne fête de la récolte des fruits et des vendanges : de là, l'usage des tentes dressées en plein air, l'offrande du cédrat et du loulab (palme).

 

Des fêtes plus récentes sont Pourim (14 Adar, censé ment en souvenir du triomphe d'Esther sur Aman) et Ha noukka (25 Kislev, en souvenir des victoires des Machabées). Il y a encore cinq jours de jeûne peu rigoureux qui commémorent divers événements désastreux de l'histoire israélite.
-

 

Juifs, Israélites, Hébreux...
On appelle proprement Juifs les personnes qui professent la religion juive, judaïque ou mosaïque. A l'origine, ce terme (hébreu Yehoudim, arabe Yahoûd, grec Ioudaoi, latin Judaei, ancien français Juis; italien Giudei, espagnol Judios, allemand Juden, hollandais Joden, anglais Jews, turc Tchifout, etc.) désignait uniquement les membres de la tribu de Juda, l'une des principales tribus israélites ou hébraïques, qui donna son nom à l'un des deux royaumes nés du démembrement de l'empire de David et de Salomon (vers 975 av. J.-C.).

 

Les « Judéens », déportés par Nabuchodonosor sur les bords de l'Euphrate (588 av. J.-C.), profitèrent partiellement de la permission que leur donna Cyrus de rentrer dans leur ancien pays (536) qui prit bientôt le nom de Judée. Pendant la durée du second Temple, la communauté, puis l'État groupé autour de Jérusalem s'intitula officiellement « association des Juifs » (Kheber ha-Yehoudim); par extension on appela aussi Juifs les peuples voisins convertis de gré ou de force à la religion mosaïque et les nombreux prosélytes, de peuples divers, que le judaïsme fit dans tout le bassin de la méditerranée.

 

Après la chute définitive de Jérusalem (70 et 135 ap. J.-C.), le sens politique du mot Juifs disparut, le mot n'eut plus qu'un double sens ethnique et religieux qu'atteste au IIIe siècle Dion Cassius (Hist. rom., XXXVII, 17). En effet, les idées de nationalité et de religion étaient si étroitement unies dans les habitudes d'esprit des Anciens, que les Juifs même dispersés, même mêlés de nombreux éléments étrangers, continuèrent à se considérer comme une nation et à être traités comme telle. Cette conception et cette désignation ont prévalu pendant tout le Moyen âge et pendant une partie des temps modernes; elle a subsisté plus durablement dans les pays musulmans; mais dans les pays où les lois discriminatoires dont ont été victimes pendant des siècles les Juifs ont disparu (ce que l'on a appelé au XIXe siècle l'émancipation des Juifs), le nom de Juifs ne désigne plus qu'une confession religieuse, fortifiée par une communauté d'origine réelle ou fictive.

 

La flambée de l'antisémitisme apparue vers 1880, et dont le paroxysme aura été l'assassinat méthodique perpétré à partir de 1941 par les Nazis de 5 à 6 millions de Juifs, avait conduit ceux-ci à s'intituler volontiers Israélites, un terme qui renvoit au concept de "nation d'Israël", forgé dès le XIIIe s. av. J.-C.), et qui n'avait pas la signification fâcheuse attachée par les préjugés au nom de Juifs : en France, le nom « Israélite » s'est même imposé dans le langage officiel. Ailleurs (Roumanie, Russie, Grèce, Italie), on se sert concurremment avec le nom Juifs du terme Hébreux qui a le défaut d'éveiller une idée purement ethnique et linguistique, car il n'y a pas de « religion hébraïque ». Le terme correspond au nom d'un peuple initialement nomade, les Hébreux, qui vivaient à la périphérie de l'empire babylonien au deuxième millénaire avant notre ère (avant de s'installer en Palestine vers le XVIIIe s. av. J. C), qui parlait une langue sémitique, l'hébreu, proche de celles de Babylone (l'akkadien) ou d'autres populations comme celle des Phéniciens.

 

Les ministres du culte ne sont plus, comme autrefois, les prêtres et les lévites, mais les rabbins ou docteurs, assistés par les officiants (chantres ou hazan, opérateurs, etc.). Le mode de recrutement des rabbins varie suivant les pays. En France (en 1900), ils sortent du séminaire de Paris (jadis à Metz) et sont nommés par le gouvernement sur la proposition du Consistoire central. Le territoire français est divisé en 12 circonscriptions dirigées chacune par un consistoire qui se compose d'un «grand rabbin», de 2 rabbins et de 3 membres laïcs élus au suffrage universel des fidèles. A la tête de la hiérarchie est le grand rabbin de France. Les rabbins sont salariés par l'État; les autres institutions religieuses (écoles, oeuvres de charité et de patronage, etc.) sont entretenues par des souscriptions privées; dans certains pays, la taxe des funérailles et la taxe de la boucherie fournissent d'importantes ressources. En Prusse (toujours à la même époque), les Juifs sont légalement contraints de contribuer aux dépenses des communautés. En dehors des fêtes et des alliées, les rabbins assistent encore aux mariages, aux obsèques et y prononcent des bénédictions ou des prières. Ils s'abstiennent de bénir les mariages mixtes, mais ceux-ci n'entraînent aucune déchéance, aucun anathème; l'excommunication (herem) n'est d'ailleurs plus guère usitée qu'en Palestine.

 

Au Moyen âge, le culte juif avait surtout un caractère domestique, qui ne manquait pas d'une certaine poésie touchante; aujourd'hui que l'observance des pratiques a perdu beaucoup de terrain, le judaïsme a éprouvé le besoin de rehausser l'éclat et l'intérêt de son culte public. De là l'introduction de l'orgue dans les synagogues, le développement de la prédication rabbinique, la cérémonie de la confirmation ou initiation religieuse, etc. Certaines communautés dites réformées (à Berlin, Francfort, New York, etc.) ont opéré des changements bien plus radicaux : les sexes prient réunis, les hommes ont la tête découverte; la lecture de la Bible, les principales prières se font dans la langue du pays; parfois même le service du Sabbat est transféré au dimanche : ce Judaïsme réformé diffère peu du protestantisme libéral. A l'opposé des réformés sont les «orthodoxes» qui rejettent toutes les innovations dans le culte et s'en tiennent strictement aux vieilles traditions. La lutte a surtout été vive en Allemagne, où les opinions radicales étaient représentées par Geiger et HoIdheim, le conservatisme à outrance par S.-R. Hirsch et Hildesheimer, le «juste milieu» par Jacobsen, Frankel et Sachs. L'absence de toute autorité centrale dans le judaïsme n'a pas permis de réaliser l'uniformité dans le culte. Les synodes rabbiniques n'ont abouti à aucun résultat.

 

Outre les synagogues réformées, qui sont encore en petit nombre, le judaïsme n'a guère produit qu'une hérésie importante : le Karaïsme, né en Babylonie au VIIIe, siècle, et qui rejette l'autorité du Talmud. Cette secte, sorte de protestantisme juif, autrefois fort répandue, et qui a produit une vaste littérature, ne compte plus que 5 ou 6 000 adhérents, presque tous en Crimée, en Galicie (Haliez) et en Lituanie : ils ne se marient qu'entre eux. Les anciennes hérésies des Sabbatiens, Crypto-Sabbatiens, Zoharistes n'existent plus; quant aux hassidim ou dévots, assez répandus en Russie, ce sont des Juifs rabbanites qui se distinguent par l'exaltation de leur piété, leur mysticisme et la joie bruyante qu'ils apportent dans les cérémonies religieuses. Cette secte, qu'on peut comparer assez exactement à l'Armée du Salut, a pris naissance à la fin du siècle dernier avec Israël Baal Schem et Dob Beer; ses rebben exercent encore une grande influence. Les Samaritains de Naplouse (Palestine), réduits à quelques centaines, descendent d'un mélange d'Hébreux et de colons assyriens établis sur le territoire de Samarie. Le Pentateuque samaritain, seule autorité religieuse qu'ils reconnaissent, diffère par endroits du texte reçu. Le Judaïsme des Falachas d'Abyssinie, des Beni Israël de l'Inde, des Juifs de Chine, est vague et rudimentaire plutôt que sectaire.

 

Il ne faut pas confondre les rites avec les sectes. Dans les cadres mêmes du,Judaïsme rabbinique, il y a des variantes dans l'interprétation de certaines pratiques, dans les détails de l'office divin, etc. : ces variantes constituent les rites. Les deux principaux sont le rite allemand ou askenazi (Allemagne, Autriche, Russie, France du Nord) et le rite portugais ou sefardi dont les rites italien et levantin sont des variantes. On cite encore les rites comtadin, romain, grec, oranais. Les rites diffèrent aussi par le rituel des prières et la manière de prononcer l'hébreu. (M. Vernes, c. 1900).

 

Histoire littéraire et religieuse
Le judaïsme n'a pas connu de véritable Moyen âge dans le sens de stagnation intellectuelle qu'on attache d'ordinaire à ce mot. Il en a été préservé grâce au caractère particulier qu'avait pris sa religion à la suite du retour de Babylone et plus encore après la ruine du Temple de Jérusalem. L'observation et par conséquent l'étude de la loi divine faisaient le fond de cette religion; le Credo, le culte public ne venaient qu'en seconde ligne, et dès l'époque asmonéenne les docteurs de la loi, les savants étaient plus considérés que les prêtres. Avec la chute du Temple disparut le seul endroit où légalement le culte divin pouvait être pratiqué: le sentiment religieux se rejeta avec d'autant plus d'ardeur vers la Loi, devenu le vrai sanctuaire du judaïsme déraciné, le palladium de la nationalité errante, l'unique héritage d'un cher et glorieux passé. La récitation, l'étude de la Loi tinrent lieu de cérémonies religieuses : de là le nom d'école (Schule) donné en Allemagne et en France aux lieux de prière. On s'efforça de préciser, de développer la Loi non seulement dans ses dispositions restées d'un usage pratique, comme le droit civil et pénal, les fêtes, les observances privées, mais encore dans celles qui, liées au culte du Temple, n'avaient plus qu'un intérêt rétrospectif. Cette occupation, poursuivie avec ardeur pendant plusieurs siècles, parlait à la fois à la raison et au sentiment; on peut dire qu'entre les docteurs ou rabbins et la masse des fidèles, il n'y a jamais eu qu'une question de degré : tout Juif instruit étant plus ou moins rabbin. L'étude approfondie de la Torah et de la "loi orale", bientôt codifiée à son tour, conduisit aux recherches de grammaire, de philosophie religieuse, d'histoire, de sciences exactes et naturelles; la poésie et l'homilétique naquirent au service du culte transformé; ainsi fut reconstitué par et pour la religion tout le cycle des genres littéraires.

 

Naturellement toutes ces branches de la littérature n'ont pas été cultivées partout ni toujours avec la même ardeur et le même succès; le centre actif de la littérature des Juifs s'est plusieurs fois déplacé, comme le foyer de leur civilisation; on peut dire, en gros, que là où les Juifs ont été le plus libres et le plus heureux, leur littérature a eu le plus d'éclat et de variété. Presque partout les persécutions ont entraîné la décadence des écoles, la migration des rabbins célèbres, l'affaiblissement rapide de la production scientifique. Jusqu'au Xe siècle, le siège des études est encore en Orient : d'abord en Palestine, puis, à partir du IIIe siècle, en Babylonie. Là s'élaborent la Mischna, les deux Talmuds, les commentaires et les consultations des gaonim. Puis la civilisation et la science juives émigrent vers l'Occident: en Égypte (école du Caire), dans l'Afrique du Nord (école de Kairouan), en Espagne (écoles de Cordoue, Lucena, Tolède, Barcelone), en Italie, dans le midi de la France (Narbonne, Lunel, Posquières, Montpellier, etc.).

 

De là le goût des études rabbiniques se propage dans la France du Nord et dans les pays rhénans : les écoles de Mayence et de Champagne (Troyes, Ramerupt) jettent un vif éclat au XIe et au XIIe siècle : le nom de Raschi (R. Salomon ben Isaac, de Troyes, 1040-1105), est justement célèbre. Dans ces régions, la littérature rabbinique est purement juridique et exégétique; en Espagne, au contraire, et dans le Languedoc, à l'étude de la Bible et du droit canonique juif se joignent celles de la grammaire, de la poésie, de la philosophie religieuse; la littérature juive est ici étroitement associée à la littérature arabe, dont elle imite tous les genres, s'approprie tous les progrès. Au reste, la littérature rabbinique a toujours eu un caractère international : les oeuvres écrites en arabe ne tardent pas à être traduites en hébreu, et plusieurs rabbins illustres mènent une existence nomade, leur vie se partage entre divers pays, diverses parties du monde; l'hospitalité des mécènes a joué un grand rôle dans la production littéraire des Juifs. Maïmonide (R. Moïse ben Maimon, 1135 -1204), né à Cordoue, mort en Égypte, est le plus grand nom du judaïsme médiéval, qu'il domine par son génie d'organisation scientifique, son rationalisme à la fois hardi et sensé. La décadence commence dans la France du Nord avec la condamnation du Talmud (1240) et l'expulsion de 1306, dans la France du Midi avec l'expulsion de 1394, en Espagne avec les persécutions de 1391 et 1412. A la fin du XVe siècle, les rabbins espagnols émigrent en Italie, en Crète, en Turquie, en Palestine (école de Safed), ou s'élaborent des oeuvres importantes. En Allemagne, la littérature juive, comme le judaïsme lui-même, a toujours en quelque chose de sombre et d'étriqué. La Pologne et les pays voisins deviennent, à partir de la fin du XVIe siècle, le foyer de la population juive et des études juridiques qui y sont cultivées avec plus d'ardeur et de subtilité que de bon sens jusqu'à nos jours.

 

 

e6un7

 

Existe il une morale universelle?

165515-195474500468425-100000176307304-829914-7928491-n.jpg

Lorsque l'on parle de « morale », il faut s'en­tendre préalablement sur la signification que l'on donne à ce terme, au risque d'être incompris. En effet, la morale recouvre une notion subjective qui a beaucoup évolué au cours des âges et dont l'ap­proche varie considérablement d'un individu à l'autre. Par ailleurs, elle peut se décliner sous des angles multiples, selon le domaine auquel elle s'applique. C'est ainsi que l'on parle couramment de «morale religieuse », de « morale politique », de « morale économique », de « morale scientifique », etc., ces diverses morales étant d'ailleurs parfois contradictoires, pour ne pas dire opposées. Cela dit, il n'est pas raisonnable de rejeter l'idée même de morale sous prétexte qu'elle correspond à un concept quelque peu arbitraire. Je pense en effet que tout individu possède un sens moral, car celui-ci fait partie intégrante de l'âme humaine, dans ce qu'elle a de plus divin. Ce que l'on appelle communément la « voix de notre conscience » en est d'ailleurs l'expression. D'une manière générale, on peut dire que ce sens est d'autant plus éveillé que la personne concernée est évoluée spirituellement. C'est ce qui explique pourquoi les mystiques et les philosophes ont toujours accordé une grande importance à l'éthique, comme en témoignent nombre de livres et de traités consacrés à ce sujet depuis la plus haute Antiquité.

Dans la plupart des ouvrages de référence, l'éthique est définie comme étant la «science de la morale», et la morale elle-même comme étant la « science du bien et du mal». Étant donné qu'il n'existe pas de définition absolue du bien et du mal, une approche aussi manichéenne de la morale est ambiguë et dénote une connotation plus religieuse que philosophique. C'est ce qui explique en partie pourquoi nombre de personnes la rejettent désormais. D'un point de vue rosicrucien, elle ne correspond aucunement à la soumission à des dogmes religieux plus ou moins arbitraires, mais s'apparente tout simplement au respect de soi-même, d'autrui et de l'environnement. Vous conviendrez certainement qu'une telle conception de la morale devrait convenir à toute personne sensée. Se respecter soi-même, c'est ne pas s'avilir physiquement, mentalement ou spirituellement par des comportements ou des attitudes indignes de notre statut d'être humain. Par voie de conséquence, respecter autrui, c'est ne pas porter atteinte à sa dignité physique, mentale ou spirituelle. Enfin, respecter l'environnement, c'est évidemment ne pas mettre la nature en péril, mais au contraire la préserver pour les générations futures. Quiconque s'efforce de cultiver ces trois niveaux de respect donne lui-même l'exemple d'une personne digne et respectable, pour ne pas dire morale.

Toute personne, quelle que soit sa nationalité, sa religion, sa position sociale, ses opinions politiques ou autres, peut cultiver le respect d'elle-même, d'autrui et de l'environnement. Vue sous cet angle, nous pouvons dire qu'il existe effectivement une morale universelle accessible à tout être humain. Si je dis « accessible », c'est parce que cette morale universelle correspond à un idéal de comportement que l'on ne peut atteindre qu'en travaillant sur ses faiblesses, ce qui suppose d'avoir la volonté de se parfaire sur le plan humain et d'exprimer le meilleur de soi-même. Elle est donc à la fois un code de vie et un état de conscience. De toute évidence, il est difficile de s'y conformer au quotidien, car nous sommes imparfaits et vivons dans un monde encore très éloigné de la Société idéale. De leur côté, les Rosicruciens s'efforcent de se parfaire et de donner l'exemple d'une éthique digne de ce nom, À cet effet, ils pratiquent assidûment, non pas l'alchimie matérielle, qui avait pour but de transformer les métaux vils en or, mais l'alchimie spiri­tuelle, qui consiste à transmuter chacun de leurs défauts en sa qualité opposée. Ce faisant, ils en viennent graduellement à penser, à parler et à agir avec moralité, au sens que nous avons défini précédemment.

Serge Toussaint

e6un7

Sous-pages :

1 vote. Moyenne 5.00 sur 5.

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site