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Aicha: profil d'une musulmane exceptionnelle

Biographie de ’Aïcha - عَائِشَة

Sa naissance

Aïcha, est la fille d’Abou Bakr as-Siddîq (que Dieu l’agrée) le premier compagnon du prophète Mohammed (paix et bénédiction de Dieu sur lui). Elle est née à la Mecque vers 614 et morte à la Médine vers 678. Elle est la 3ème épouse du prophète. Elle se convertit en bas âge durant les trois premières années de la révélation Coranique (la première année correspondant à 610). Elle fut la dix-neuvième convertie . Epouse favorite du prophète, elle rapporta de nombreux hadiths consignés par Al-Boukhari.

Son âge lors du mariage avec le prophète

L’âge de son mariage

L’âge d’Aïcha lors de son mariage est sujet à controverse.

    6 ou 7 ans

    Les hadith sahih rapportés tant par Muslim que par Boukhari rapportent que Aïcha s’est mariée à l’âge de 6 ou 7 ans et que le Prophète a eu des relations sexuelles avec Aïcha quand elle eut atteint l’âge de 9 ans : Aïcha a dit : « J’avais six ans lorsque le Prophète m’épousa et neuf ans lorsqu’il eut effectivement des relations conjugales avec moi. ». Muslim n°2547

    12 ans

    Selon Ibn Hajar, “Fatima a été née lorsque le Kabah a été reconstruit, quand le prophète avait 35 ans... elle était agée cinq ans plus qu’Aisha”. (Al-isabah fi tamyizi’l-sahabah, Ibn Hajar al-Asqalani, Vol. 4, p. 377, Maktabatu’l-Riyadh al-haditha, al-Riyadh, 1978)

    Si le rapport d’Ibn Hajar est effectif, Aisha a été née quand le prophète avait 40 ans. Si Aisha était marié au prophète quand il avait 52 ans, l’âge d’Aisha à son mariage serait de 12 ans.

    13 ans

    Selon At-tabari, les enfants de Abou-Bakr assiddik (dont Aicha et Asma) sont nes avant le debut de la revelation en periode pre-islamique, cad avant 610. En supposant que Aicha soit nee cette meme annee (cas le plus extreme), elle devait voir au moins 13 ans et non pas 9 ans vers 623! (et si elle etait nee avant 610 alors, elle serait agee de plus de 13 ans!)

    De plus selon Ibn Hajar al-asqalani: Fatima la fille du prophete est nee 5 ans avant le debut de revelation, cad vers 605; Fatima etait plus agée que Aicha de 5 ans donc, Aicha serait nee vers 605+5= 610 et elle devait avoir 13 ans vers 623 (date de son mariage avec le prophete)

    Enfin selon Ibn Hicham, Aicha s’est convertie, avant que Oumar ibn Al-khattab se convertisse a l’islam, la 1ere annee de la revelation de l’islam cad en 610 ap.JC, si en 623 date de son mariage, elle avait 9 ans, en 610 elle n’existait pas! car elle serait alors née en 614, on est loin donc du nombre 9!

    14 à 16 ans

    Si l’on se fie au tafsir (explications sur le Coran) tel que retrouvé dans les volumes de Bukhari, on voit qu’Aïsha ne pouvait avoir 9 ans lors du mariage. Aïsha déclare elle-même que lorsque la sourate la lune (sourate 54) fut révélée elle était une petite fille enjouée. Cette sourate fut révélée 9 ans avant l’hijra (émigration de la Mecque jusqu’à la ville de Médine pour fuir la persécution). Son mariage au prophète eut lieu 2 ans APRÈS l’hijra. Donc, elle ne pouvait avoir moins de 11 ans. De plus, Aïsha se décrit elle-même comme une petite fille enjouée 9 ans avant l’hijra et non comme un bébé. Certains juristes musulmans situent donc son âge autour de 14 ans et non 9 ans, ce qui est plus logique si l’on tient compte du fait qu’elle fut fiancée à Jaber avant Muhammad.

    Ibn Ishaq, dit qu’elle avait entre 14 ans et 16 ans

    17 ou 18 ans

    Selon Abda’l-Rahman ibn abi zanna’d: “Asma avait 10 ans de plus qu’aïcha (Siyar A`la’ma’l-nubala, Al-Zahabi, Vol. 2, p. 289)

    Selon Ibn Kathir : “ELLE [ Asma ] était plus agée que  sa soeur [ Aicha ] par 10 ans” ; (Al-Bidayah wa’l-nihayah, Ibn Kathir, Vol. 8, p. 371)

    Selon Ibn Kathir : “elle [ Asma ] a vu le massacre de son fils pendant cette année [ 73 OH ], comme nous avons déjà mentionné, et cinq jours plus tard elle est elle-même morte. Selon d’autres récits, elle est morte pas après cinq jours mais 10 ou 20, ou quelques jours plus de 20, ou 100 jours plus tard. Le récit le plus bien connu est celui 100 jours de plus tard. L’heure de sa mort, elle avait 100 ans d’age.” ; (Al-Bidayah wa’l-nihayah, Ibn Kathir, Vol. 8, p. 372, Dar al-fikr al-`arabi, Al-jizah, 1933)

    Selon  Ibn Hajar Al-Asq : “elle [ Asma ] a vécu cent ans et est mort dans 73 ou 74 AH.” ; (Taqribu’l-tehzib, Ibn Hajar Al-Asqalani, p. 654, Arabic, Bab fi’l-nisa’, al-harfu’l-alif, Lucknow).

    Selon presque tous les historiens, Asma, la soeur plus âgée d’Aicha avait 10 ans de plus qu’Aicha. Si Asma avait 100 ans dans 73 OH, elle devrait avoir eu 27 ou 28 ans à l’heure de la hijrah.

    Si Asma avait 27 ou 28 ans à l’heure de hijrah, Aicha devrait avoir eu 17 ou 18 ans. Ainsi, Aisha, étant de 17 ou 18 ans de à l’heure de Hijra, elle a commencé à cohabiter avec le prophète à 19 ou 20 ans.

La question est difficile pour des raisons d’incohérences chronologiques multiples, étant donné qu’il n’existait pas de calendrier à l’époque chez les Arabes de la péninsule arabique.

Au sujet de son mariage, elle a rapporté que peu avant qu’elle quitta la maison de ses parents, elle sortit dans la cour pour jouer avec une amie qui passait : "J’étais en train de jouer sur une bascule et mes longs cheveux flottant au vent étaient ébouriffés…", dit-elle. "Ils vinrent, me prirent de mon jeu et me préparèrent. " Ils la vêtirent d’une robe de mariée faite de fin tissu à rayures rouges de Bahrain et ensuite sa mère l’emmena à la maison récemment construite où des femmes des Ansars attendaient devant la porte. Elles l’accueillirent en disant : "Pour toujours et dans la joie, soit la bienvenue !"

 

Alors, en présence du Prophète (sallallâhou ’alayhi wa sallam), souriant, un bol de lait fut amené. Le Prophète (sallallâhou ’alayhi wa sallam) en but lui-même et en offrit à Aicha (radhyallâhou’anha). Elle refusa timidement mais il insista, elle but et offrit le bol à sa sœur Asma (radhyallâhou’anha) qui était assise à ses côtés. D’autres en burent aussi et ce fut simple et solennel. Il n’y eut pas de fête de mariage.

Sa jeunesse auprès du Prophète (paix et bénédiction de Dieu sur lui)

Son mariage avec le Prophète (sallallâhou ’alayhi wa sallam) ne changea pas son caractère enjoué. Ses jeunes amies venaient régulièrement lui rendre visite dans son propre appartement.

"J’étais en train de jouer avec mes poupées", dit-elle, "avec les filles qui étaient mes amies ; le Prophète (paix et bénédiction de Dieu sur lui) entra et celles-ci se sauvèrent hors de la maison. Il sortit les rechercher et les ramena, car il était satisfait pour ma sécurité qu’elles soient là."

’Aïcha (que Dieu l’agrée) dit : Un jour le Prophète (paix et bénédiction de Dieu sur lui) entra alors que j’étais en train de jouer avec mes poupées - il y avait également un cheval ailé parmi celles-ci- , et il dit : "Ô ’Aïcha, quel est ce jeu ?"
"Ce sont les chevaux de Salomon" dis-je, ce qui le fit rire.

Parmi les épouses du Prophète (sallallâhou ’alayhi wa sallam) à Madinah, c’était clair qu’Aicha (radhyallâhou’anha) était celle qu’il aimait le plus.

De temps en temps, l’un de ses compagnons demandait : "O Messager de Dieu (sallallâhou ’alayhi wa sallam), qui aimes-tu le plus au monde ?" Il ne donnait jamais la même réponse à cette question car il ressentait un grand amour pour ses filles et leurs enfants, pour Abu Bakr, pour Ali, pour Zayd et son fils Usamah. Mais de ses épouses, la seule qu’il nommait était Aicha (radhyallâhou’anha). Elle l’aimait aussi beaucoup en retour, et voulait souvent être rassurée quant à son amour pour elle.

Une fois elle lui demanda "Comment est ton amour pour moi ?". Il lui répondit : "Comme le nœud de la corde", voulant ainsi dire qu’il était fort et sûr. A maintes reprises ensuite elle lui demanda comment était le nœud, il lui répondait : "Alâ haaliha - de la même façon…"

 

Ainsi aimait-elle le Prophète (sallallâhou ’alayhi wa sallam), et son amour était "jaloux" ; elle ne pouvait supporter l’idée que les attentions du Prophète (sallallâhou ’alayhi wa sallam) puissent être données à d’autres plus qu’elle ne jugeait suffisant.

Elle lui demanda : "O Messager de Dieu (sallallâhou ’alayhi wa sallam), parle-moi de toi-même. Si tu étais entre les deux pentes d’une vallée dont l’une avait été donnée en pâture tandis que l’autre ne l’avait jamais été, laquelle choisirais-tu pour faire paître ton troupeau ?" "Sur celle qui n’a jamais été donnée en pâture", répondit-il. Elle dit : "…Et bien je ne suis pas comme tes autres épouses, chacune d’elle avait déjà été mariée sauf moi." Le Prophète (sallallâhou ’alayhi wa sallam) sourit et ne dit rien.

De sa jalousie Aicha dit des années plus tard : Je n’étais jalouse d’aucune autre épouse du Prophète (sallallâhou ’alayhi wa sallam) comme je l’ai été de Khadîdja (radhyallâhou’anha) parce qu’il faisait constamment allusion à elle, et parce que Dieu lui avait ordonné d’annoncer à celle-ci la bonne nouvelle d’une demeure au Paradis faite de pierres précieuses. Et chaque fois qu’il sacrifiait un mouton, il en envoyait un beau morceau à celles qui avaient été ses amies intimes. Plusieurs fois je lui dis : "C’est comme s’il n’y avait eu d’autres femmes au monde que Khadîdja."

 

Une fois, alors qu’Aicha (radhyallâhou’anha) s’était plaint et avait demandé à son époux pourquoi il parlait tant d’une "vieille femme Qouraïchite" (elle faisait par là allusion àKhadîdja), le Prophète (sallallâhou ’alayhi wa sallam) fut blessé et lui dit : "Elle fut l’épouse qui a cru en moi quand d’autres m’ont rejeté. Quand les gens m’accusaient de mentir, elle a affirmé ma sincérité. Quand j’ai été abandonné, elle a dépensé sa richesse pour soulager le poids de ma douleur."

 

En dépit de son sentiment de jalousie qui néanmoins n’était pas de nature destructrice, Aicha (radhyallâhou’anha) était vraiment une âme généreuse et patiente.

Elle supportait avec le reste de la famille du Prophète (sallallâhou ’alayhi wa sallam) la pauvreté et la faim, qui, souvent, durèrent longtemps. Pendant des jours interminables, aucun feu n’était allumé dans la maison du Prophète (sallallâhou ’alayhi wa sallam) qui était modestement meublée pour cuisiner ou cuire le pain, et ils vivaient simplement de dattes et d’eau.

Une fois, le Prophète (sallallâhou ’alayhi wa sallam) demeura loin de ses épouses pendant un mois car elles l’avaient attristé en lui demandant ce qu’il n’avait pas. C’était après l’expédition de Khaybar, quand une hausse des richesses aiguisa l’appétit de ceux qui étaient présents. De retour de cette retraite qu’il s’était lui-même imposé, il se rendit en premier à l’appartement d’Aicha (radhyallâhou’anha). Elle fut enchantée de le voir mais il lui annonça qu’il avait reçu une révélation qui lui ordonnait de leur proposer deux options. Il récita alors les versets suivants :

"O Prophète ! Dis à tes femmes : Si vous désirez la vie de ce monde et son faste, venez ! Je vous procurerai quelques avantages puis je vous donnerai un généreux congé. Si vous recherchez Dieu, son Prophète (sallallâhou ’alayhi wa sallam) et la demeure dernière, sachez que Dieu a préparé une récompense sans limite pour celles d’entre vous qui font le bien." (Sourate 33 / Versets 28-29)

 

Aicha (radhyallâhou’anha) répondit : "En effet, je désire Dieu, Son Prophète (sallallâhou ’alayhi wa sallam) et la demeure dernière." Et sa réponse fut suivie par toutes les autres.

Elle s’est tenue à son choix pendant la vie du Prophète (sallallâhou ’alayhi wa sallam) et après.

Plus tard quand les musulmans ont été gratifiés par d’énormes richesses, elle reçut un cadeau de cent milles dirhams. Elle jeûnait quand elle reçut cet argent… Elle distribua alors la somme entière aux pauvres et aux nécessiteux bien qu’elle n’ait aucune nourriture chez elle. Peu après, sa servante lui dit "Tu aurai pu acheter de la viande pour un dirham -et ne pas distribuer ainsi l’intégralité de l’argent reçu- , viande avec laquelle tu aurai pu rompre le jeûne…" "Si je m’en étais souvenu je l’aurais fait", répondit-elle.

L’affection du Prophète (sallallâhou ’alayhi wa sallam) pour Aicha (radhyallâhou’anha) dura jusqu’au dernier moment de sa vie. A la fin de sa maladie, il restait chez Aicha (radhyallâhou’anha), suivant la suggestion de ses épouses.

La bataille de Ouhoud

Anas (que Dieu l’agrée) rapporte : "Le Jour de Ouhoud, les Musulmans prirent la fuite, abandonnant le Prophète (paix et bénédiction de Dieu sur lui), j’ai vu ’Aicha Bint Abî Bakr et Oum Soulaym : elles avaient retroussé leurs jupes, et je voyais les bracelets de leurs chevilles. Elles sautaient, portant des outres, qu’elles vidaient dans les bouches des Musulmans ; puis elles retournaient les remplir, et revenaient les vider encore dans les bouches des Musulman". (Al-Boukhâri, Mouslim)

 

La calomnie

’Aïcha, la femme du Prophète, (que Dieu soit satisfait d’elle) a dit : Quand l’Envoyé de Dieu (paix et bénédiction de Dieu sur lui) voulait faire un voyage (ou une expédition), il faisait un tirage au sort entre ses femmes pour désigner celles qui l’accompagneraient. Lors d’une des expéditions qu’il entreprit, il procéda au tirage au sort et c’était moi que le sort avait désignée. Je partis donc avec l’Envoyé de Dieu (paix et bénédiction de Dieu sur lui). C’était postérieurement à la révélation du verset relatif à la prescription du voile et j’étais toujours dans mon palanquin, même lorsqu’on le descendait du dos du chameau. Quand l’Envoyé de Dieu (paix et bénédiction de Dieu sur lui) eut terminé cette expédition, nous prîmes le chemin de retour. Comme on était près de Médine lors du retour, le Prophète ordonna une nuit de se mettre en marche. A l’instant où l’ordre de marche était donné, je me levai et marchai jusqu’à ce que j’eusse dépassé les troupes pour satisfaire un besoin et en retournant, je me dirigeai vers ma monture. Comme je portai la main au cou, je me rendis compte que j’avais perdu mon collier de verroteries fabriqué à Zafâr. Je retournai pour rechercher mon collier et le désir de le retrouver me retint sur place. Les gens qui étaient chargés de ma monture soulevèrent mon palanquin et le chargèrent sur mon chameau, croyant que j’étais dedans. En effet, à cette époque les femmes étaient de poids léger; elles n’étaient pas encore devenues obèses, car elles ne mangeaient que peu. Aussi les gens ne trouvèrent-ils pas insolite la légèreté du palanquin lorsqu’ils le soulevèrent, d’autant plus que j’étais une toute jeune femme. Ils firent alors relever le chameau et partirent. Quand je trouvai mon collier, les troupes étaient déjà en marche. Je me rendis au camp où il n’y avait plus personne, j’allai alors droit à l’endroit où j’avais été installée pensant qu’en s’apercevant de ma disparition on reviendrait me chercher. Pendant que j’étais assise en cet endroit, je fus gagné par le sommeil et je m’endormis. Or Safwân Ibn Al-Mu’attal As-Sulamî Adh-Dhakwânî, qui était resté en arrière des troupes, après avoir marché toute la nuit, arriva le matin à l’endroit où j’étais. Apercevant la silhouette d’une personne endormie, il s’approcha de moi et me reconnut quand il me vit, car il m’avait vue avant que le port du voile n’eût été ordonné par le Coran et il dit : "Nous sommes à Dieu et nous retournerons à Lui". Sa voix m’éveilla et je me levai, cachant mon visage avec mon voile. Par Dieu, il ne prononça aucun mot autre que ceux qu’il avait prononcés à ma vue. Il fit ensuite agenouiller sa monture et lui foula les pattes de devant pour que je monte sur laquelle. Il tint son licou pour le mener et nous arrivâmes ainsi auprès des troupes qui venaient de camper au moment de la canicule de midi.
’Aïcha poursuivit : Des gens m’avaient calomnié (en m’accusant d’adultère) et parmi eux était ’Abdoullah Ibn ’Ubayy Ibn Salûl qui s’était chargé de la plus lourde part de la calomnie. Quand nous arrivâmes à Médine, je suis tombée malade pendant un mois, et c’est à ce moment que les gens répandaient les propos des calomniateurs, sans que j’en fusse au courant. Ce qui m’étonnait, durant ma maladie, c’est que je ne trouvais pas l’Envoyé de Dieu (paix et bénédiction de Dieu sur lui) aussi aimable avec moi qu’il l’était d’ordinaire quand je tombais malade. L’Envoyé de Dieu (paix et bénédiction de Dieu sur lui) entrait seulement chez moi, me saluait et me disait : "Comment allez-vous?". Cela me donnait des inquiétudes, mais je ne sus la fâcheuse nouvelle que lors de ma sortie après le rétablissement de ma santé. J’étais sortie avec Oum Mistah pour aller du côté d’Al-Manâsi’, qui nous servait de latrines. Nous n’y allions que de nuit. C’était avant que nous eussions des latrines à proximité de nos maisons. Nous suivions la coutume des anciens Arabes qui allaient satisfaire leurs besoins naturels dans des terrains vagues et, tout comme eux, nous répugnons à avoir les latrines près de nos demeures à cause de leur mauvaise odeur. Je partis donc en compagnie de Oum Mistah qui était la fille de Abou Ruhm Ibn Al-Muttalib Ibn ’Abd-Manâf; sa mère, bint Sakhr Ibn ’Amir était la tante maternelle de Abou Bakr As-Siddîq et son fils était Mistah Ibn ’Uthâtha Ibn ’Abbâd Ibn Al-Muttalib. Après avoir satisfait nos besoins, nous revenions, la fille de Abou Ruhm et moi, vers la maison et comme Oum Mistah trébucha sur le pan de son vêtement, elle s’écria : "Que Mistah Périsse!".
- "Fi! Que c’est mal, lui dis-je, d’injurier un homme qui a pris part au combat de Badr".
- "Hé! ma chère, me répondit-elle n’as-tu pas entendu ce qu’il avait dit?".
- "Et qu’est ce qu’il a dit?", demandai-je. Aussitôt elle me raconta ce que disaient les calomniateurs. Je devins alors plus malade et, quand je rentrai chez moi, l’Envoyé de Dieu (paix et bénédiction de Dieu sur lui) vint me rendre visite, il me salua, puis dit : "Comment allez-vous?".
- "Me permets-tu, lui demandai-je alors, de me rendre chez mes parents?". Je voulais à ce moment-là m’assurer auprès d’eux de la nouvelle. l’Envoyé de Dieu (paix et bénédiction de Dieu sur lui) m’accorda cette permission et je me rendis chez mes parents.
- "Chère maman, dis-je à ma mère, que racontent donc les gens?".
- "ma fille, me répondit-elle, ne t’en fais pas. Il est bien rare qu’une jolie femme aimée de son mari et ayant des co-épouses ne soit pas l’objet de leurs commérages".
- "Gloire à Dieu!, m’écriai-je, les gens ont-ils échangé de tels propos!". Et je passai toute la nuit à pleurer au point que je ne goûtai pas un seul instant de sommeil jusqu’au matin que je passai également à pleurer. L’Envoyé de Dieu, voyant que la révélation avait tardé à venir à ce sujet, manda ’Alî Ibn ’Abî Tâlib et Ousâma Ibn Zayd pour leur demander s’il devait se séparer de moi. Ousâma Ibn Zayd, étant sûr que j’étais innocente et sachant l’affection que le Prophète avait pour moi, dit à l’Envoyé de Dieu (paix et bénédiction de Dieu sur lui) : "Garde ta femme nous ne savons que du bien d’elle". Quant à ’Alî Ibn Abou Tâlib il dit : "Ô Envoyé de Dieu, Dieu ne t’a pas mis trop à l’étroit. Il y a beaucoup d’autres femmes. Interroge sa suivante, elle te dira la vérité". L’Envoyé de Dieu manda alors à Barîra et lui dit : "Ô Barîra, as-tu vu de ’Aïcha quelque chose qui suscite en toi le soupçon?".
- "Non, répondit Barîra, j’en jure par Celui qui t’a envoyé par la Vérité, je ne l’ai rien vu faire d’acte répréhensible, sinon qu’étant une toute jeune femme il lui arrive parfois de s’endormir auprès de la pâte à pain de la famille la laissant ainsi manger par les animaux domestiques". L’Envoyé de Dieu (paix et bénédiction de Dieu sur lui) se leva et résolut de demander ce jour-là une justification à ’Abdoullah Ibn ’Ubayy Ibn Salûl. Montant alors en chaire, le Prophète (paix et bénédiction de Dieu sur lui) dit : "Ô groupe de musulmans! Qui m’excusera (si je punis) un homme dont le mal a atteint ma femme? Par Dieu! Je ne sais que du bien sur le compte de ma femme, et l’on me parle d’un homme sur le compte duquel je ne sais que du bien et qui n’est jamais entré chez ma femme autrement qu’avec moi". Alors Sa’d Ibn Mu’âdh Al-’Ansârî se leva et dit : "Ô Envoyé de Dieu, moi, je t’excuserai et s’il appartient à la tribu des ’Aws, nous lui trancherons la tête; si c’est un de nos frères de la tribu des Khazraj, ordonne ce que tu voudras et nous le ferons".
A ces mots, Sa’d Ibn ’Ubâda le chef des Khazraj, qui était un homme vertueux, mais dont le zèle tribal plongeait dans l’ignorance, se leva et s’adressa à Sa’d Ibn Mu’âdh en disant : "Tu as menti; et j’en jure par Dieu que tu ne le tueras pas et que tu ne peux pas le faire".
A son tour, ’Usayd Ibn Hudayr, le cousin de Sa’d Ibn Mu’âdh, se leva et, s’adressant à Sa’d Ibn ’Ubâda en disant : "Tu as menti. Par Dieu nous le tuerons; car toi tu n’es qu’un hypocrite qui plaide la cause des hypocrites". Les deux tribus des ’Aws et des Khazraj furent si excitées, qu’elles furent sur le point de se combattre, alors que l’Envoyé de Dieu (paix et bénédiction de Dieu sur lui) était encore en chaire. L’Envoyé de Dieu (paix et bénédiction de Dieu sur lui) ne cessa de les apaiser jusqu’à ce qu’ils gardèrent le silence et alors il se tut. Tout ce jour-là, je le passai en larmes et je n’y goûtai aucun instant de sommeil. La nuit suivante, je la passai également dans cet état à tel point que mes parents crurent que mes larmes me briseraient le cœur. Pendant qu’ils étaient assis auprès de moi et alors que j’étais encore en larmes, une femme des ’Ansâr demanda de me voir. Je la fis entrer chez moi, elle s’assit et commença à pleurer à son tour. Nous étions dans cet état lorsque l’Envoyé de Dieu (paix et bénédiction de Dieu sur lui) entra, salua, puis s’assit. Il ne s’était plus assis auprès de moi depuis qu’on avait colporté des propos sur mon compte et cela avait duré un mois sans qu’aucune révélation ne se fût produite à mon sujet. En s’asseyant, l’Envoyé de Dieu (paix et bénédiction de Dieu sur lui) prononça l’attestation de foi, puis dit : "Ô ’Aïcha! Il m’est parvenu telle et telle chose sur ton compte; si tu es innocente, Dieu t’innocentera; si tu as commis quelque faute, demande pardon à Dieu et repens-toi, car quand le Serviteur reconnaît ses péchés et se repent, Dieu accepte son repentir". A peine l’Envoyé de Dieu (paix et bénédiction de Dieu sur lui) eut-il achevé ces paroles, que mes larmes cessèrent de couler et je ne versai plus un seul pleur. M’adressant à mon père, je le priai de répondre à l’Envoyé de Dieu (paix et bénédiction de Dieu sur lui).
- "Par Dieu!, me répondit-il, je ne sais pas que dire à l’Envoyé de Dieu (paix et bénédiction de Dieu sur lui)".
Alors, me tournant vers ma mère, je la priai de répondre à l’Envoyé de Dieu (paix et bénédiction de Dieu sur lui).
- "Par Dieu, répondit-elle, je ne sais pas que dire à l’Envoyé de Dieu (paix et bénédiction de Dieu sur lui)".
Je répliquai alors que j’étais encore très jeune et que je ne retenais pas beaucoup du Coran : "Par Dieu, je sais que vous avez entendu raconter cette histoire (à mon sujet), qu’elle s’est gravée en vous-même et que vous y avez ajouté foi. Si je vous dis que je suis innocente - et Dieu sait que je le suis - vous ne me croirez pas; mais si j’avoue que j’ai commis un tel péché - et Dieu sait que je suis innocente - vous me croirez. Par Dieu! Je n’ai à dire de ma situation que ces paroles du père de Joseph : {(Il ne me reste plus donc) qu’une belle patience! C’est Dieu qu’il faut appeler au secours contre ce que vous racontez!} - "Cela dit, je me retournai et m’étendis sur mon lit. A ce moment, par Dieu, je savais que j’étais innocente et que Dieu m’innocenterait; mais, par Dieu! Je n’aurais jamais cru que Dieu ferait descendre à mon sujet une révélation. Il me semblait que j’étais trop insignifiante, pour que Dieu révélât des versets à mon égard. Cependant, j’avais espéré, que l’Envoyé de Dieu (paix et bénédiction de Dieu sur lui) verrait pendant son sommeil une vision dans laquelle Dieu me déclarait innocente. Par Dieu! L’Envoyé de Dieu (paix et bénédiction de Dieu sur lui) ne sortit - pas plus que personne des gens de la maison -, avant d’avoir reçu la révélation et d’avoir été saisi de l’état qui accompagnait toute révélation; même dans un jour d’hiver, les gouttes de sueur tombaient en abondance et étaient si grosses que les perles, tant est lourd le fardeau de la Parole divine quand elle descend. Dès que cet état eut quitté l’Envoyé de Dieu (paix et bénédiction de Dieu sur lui), il se montra souriant et les premières paroles qu’il prononça furent celles-ci : "Réjouis-toi, ’Aïcha quant à Dieu, Il te déclare innocente".
- "Va vers lui", me dit alors ma mère.
- "Par Dieu! répondis-je, je n’irai pas à lui et c’est Dieu Seul que je dois louer, c’est Lui qui a déclaré mon innocence". Dieu, ajoute ’Aïcha révéla les dix versets qui commencent ainsi : {Ceux qui sont venus avec la calomnie sont un groupe d’entre vous}. Quand Dieu eut révélé ceci pour déclarer mon innocence, Abou Bakr As-Siddîq qui donnait des subsides à Mistah parce que celui-ci était de ses parents et était pauvre, dit : "Par Dieu! Je ne lui donnerai plus jamais aucun subside après ce qu’il a dit de ’Aïcha".
C’était alors que Dieu révéla ce verset : {Et que les détenteurs de richesse et d’aisance parmi vous, ne jurent pas de ne plus faire des dons aux proches.... N’aimez-vous pas que Dieu vous pardonne?}
D’après Habân Ibn Mûsa, ’Abdoullah Ibn Al-Mubârak a dit : "Ce verset du Livre de Dieu est le plus qui donne de l’espoir". Abou Bakr a dit : "Certes, je désire que Dieu me pardonne". Et il renouvela à Mistah la pension qu’il lui faisait et affirma qu’il ne la lui supprimerait jamais.
’Aïcha poursuit : l’Envoyé de Dieu (paix et bénédiction de Dieu sur lui) avait interrogé à mon sujet Zaynab bint Jahch, une des femmes de l’Envoyé de Dieu (paix et bénédiction de Dieu sur lui) et lui dit : "Ô Zaynab que sais-tu (de ce sujet) et qu’as-tu vu?".
- "Ô Envoyé de Dieu, répondit-elle, je garde mon ouïe et ma vue du péché (c-.à.d. je ne dirai que ce que j’ai vu et entendu). Je ne sais que du bien (d’elle)". Or Zaynab était la seule parmi les femmes de l’Envoyé de Dieu (paix et bénédiction de Dieu sur lui), qui rivalisait avec moi de beauté et de rang, mais Dieu la préserva (de mentir à mon sujet) à cause de sa piété. Quant à sa sœur Hamna bint Jahch, elle soutint les propos des calomniateurs, voulant ainsi débarrasser sa sœur de sa rivale, aussi périt-elle avec les calomniateurs. (Mouslim n°4974)

La mort du Prophète (paix et bénédiction de Dieu sur lui) auprès d’elle

L’affection du Prophète (paix et bénédiction de Dieu sur lui) pour ’Aïcha (رضي الله عنها) dura jusqu’au dernier moment de sa vie. A la fin de sa maladie, il restait chez ’Aïcha (رضي الله عنها), après avoir demandé l’autorisation de ses épouses.

Sa mort (58 H.)

Elle est morte en 58 après l’hégire, au cours du 17e nuit de Ramadan à l’issue de la dernière prière nocturne.

Son enterrement

Elle avait demandée a être enterrée de nuit. (al-Hakim 4/6-7, Ibn Sa’ad 8/76-77, Siyar al-A’lam an-noubala 2/192 et d’autres sources)

Elle a été enterrée dans le cimetière Jannat al-Baqi’ à Médine, à côté d’autres compagnons du prophète (paix et bénédiction de Dieu sur lui).

Profil d’une femme exceptionnelle, imprégnée d’une force inébranlable et
d’un savoir impressionnant

l’histoire nous montre que Aicha, n’avait jamais cessé d’utiliser son intelligence pour
s’imprégner du sens de la révélation coranique…
A chaque révélation coranique elle était la première à questionner le
prophète sur le comment et le pourquoi des versets…C’est pour cela qu’elle
devint par la suite l’une des plus grandes interprètes du Coran, tout
simplement parce qu’elle a fait preuve d’un usage permanent de la raison
critique…
Que dire aussi d’un cursus comme le sien, celui d’une Alima ou savante, qui
a été à l’origine de la transmission mais surtout de l’élaboration et de la
codification (thawtik assuna) de ce vaste patrimoine de la tradition
prophétique ou Ahadiths qui se transmet jusqu’à nos jours dans les plus
grandes universités islamiques du monde.
C’est en partie grâce à elle que cette deuxième source de législation en
islam qui est la SUNNA ou tradition du Prophète est entre nos mains
aujourd’hui…Elle fut, de l’avis de tous les savants, la plus grande savante du
Hadith qu’a connu le monde musulman. (elle aurait transmit plus de 2210
hadiths)…
Elle fut après la mort du prophète sa véritable héritière spirituelle…
Sa demeure fut, jusqu’à sa mort, un lieu de rencontre culturel, de débats et
de savoir où elle y a enseigné à plusieurs générations de théologiens
musulmans.
Sa participation et ses prises de position politiques sont simplement
impressionnantes aussi bien pour l’époque que pour qui connaît le statut
socio-politique des femmes musulmanes d’aujourd’hui, et ce malgré le fait
que de nombreux commentateurs musulmans ont relégué cette contribution
dans un recoin de l’histoire … Car une femme qui marque l’histoire par son
savoir religieux c’est encore acceptable et cela peut passer… mais une
femme qui se mêle de politique c’est tout simplement une aberration… C’est
même de l’ordre du tabou…Or, Aicha, a participé durant toute sa vie, aux
affaires politiques de l’époque et son avis était toujours pris en
considération… Plus que cela, elle personnifia la première révolte d’une
femme contre un pouvoir politique en place… C’est ce que rapporte
l’histoire, lors de sa célèbre sortie sur un chameau, forte de sa notoriété
spirituelle et politique, et entourée d’une armée d’hommes fidèles, contre
l’Imam Ali gendre du Prophète et Emir des croyants…Une bataille
d’hommes ou elle a tenue à être présente afin de protester contre l’ordre
politique établi et ou elle incarna un véritable « leadership politique »…
Mais l’histoire écrite par des hommes, que le féminin, surtout quand il se
revendique politique, dérange, ont immortalisé cet évènement tragique de
l’histoire sous le nom banal de « bataille du chameau » (par référence au
seul chameau présent à cette bataille en l’occurrence le sien)…Et ce, afin de
ne pas garder en mémoire le nom d’une femme pour un évènement politique
de cette envergure !!! Terrible constat d’une histoire musulmane
décidemment misogyne !!!
Aicha fut aussi connue pour avoir, à son époque, exercer la fonction de
MUFTI ou jurisconsulte (celui qui émet des avis juridiques en religion ou
fatawas) en notera en passant que le terme est au masculin et malgré le fait
que Aicha fut l’une des premières personnes à avoir exercer cette fonction,
on ne connaîtra plus de femmes Muftis, du fait que l’accès à cette fonction
leur a toujours été interdit et ce jusqu’à aujourd’hui…
Il serait trop long de décrire ici toutes les contributions historiques de Aicha,
mais l’on peut citer en résumé quelques unes comme sa grande maîtrise de
la langue arabe et de ses subtilités dont elle avait une haute connaissance et
nul ne semblait l’égaler en la matière… Elle était aussi connue pour son
grand amour pour la poésie arabe… Sa contribution dans l’exégèse
coranique était aussi considérable….
 il s’agit bien là d’une femme émancipée au sens le
plus profond du terme…Et si l’on devait comparer ce degré d’émancipation
à la une de notre modernité il serait approprié de décrire Aicha comme une
femme émancipée même si elle a vécu il y a 14 siècles….Que signifie au
juste ce terme tellement utilisé aujourd’hui dans le jargon féministe ? Si il
signifie avant tout la capacité des femmes à parler pour elles mêmes, la
capacité des femmes à investir les domaines intellectuels et politiques, et
bien l’on peut avancer sans risque que Aicha a bel et bien était une femme
émancipée.
Alors comment expliquer qu’il y a
14 siècles au tout début de l’histoire de l’islam des femmes comme Aicha
étaient au devant de la scène et contrairement à ce que l’on prétend ces
femmes n’illustraient pas l’exception mais elles étaient plutôt la norme !!
Des femmes qui ont vécu l’avènement de l’islam comme une libération !!
Par quel travers d’esprit, l’islam est-il devenu de nos jours une religion qui
brime la femme et qui détient la palme d’or si ce n’est le monopole de la
soumission des femmes et de leur aliénation… ?
Il est clair que la femme musulmane se retrouve actuellement « otage »
malgré elle entre deux mondes : un monde musulman interne dans lequel on
lui a usurpé beaucoup de ses droits si ce n’est tous ses droits et un monde
extérieur non musulman ou elle est représentée comme le prototype par
excellence de la femme opprimée condamnée sans merci à une
représentation stéréotypée implacable !

Sources:

http://www.musulmane.com/modules.php?name=News&file=article&sid=29

http://www.islamopedie.com/biographies/compagnes/aicha.php

http://www.asma-lamrabet.com/Articles/fr/A%20propos%20de%20Aicha.pdf

  • e6un7

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