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Le soufisme,doctrine et "tarikat"


Le soufisme avec Eric geoffroy par supervielle

 

Avant que le mot Soufisme apparaisse au IIIe - IVe siècle de l’Hégire, la recherche  vers la réalisation spirituelle donna naissance à diverses voies et degrés hiérarchiques en progression vers un état pour atteindre l’état de WALI soit défenseur de la foi, terme arabe, dont le sens approximatif est ‘proximité’, ‘amitié’, ‘assistance divine’, ‘Maître’ et ‘saint’. Dans le Coran il est dit : (2 :257) « Dieu est le Wali de ceux qui croient. Il les fait sortir des ténèbres vers la lumière » et aussi (7 :197) « Dis… C’est Dieu mon Wali qui a fait descendre le Livre ; c’est Lui qui assiste les hommes de bien (Salihin) ». Et enfin dans un Hadith Qudsi (Dieu qui parle par la bouche du Prophète) il est dit : « Mon serviteur ne cesse de s’approcher de Moi par des œuvres surérogatoires jusqu’à ce que Je l’aime, et lorsque Je l’aime, c’est Moi qui suis son ouie par laquelle il entend, sa vue par laquelle il perçoit, sa main par laquelle il saisit et son pied avec lequel il marche ; s’il Me sollicite, Je lui cherche refuge en Moi. Je lui accorderai certainement Ma protection. » C’est ainsi que les Maîtres de l’Islam se mirent à la recherche de voies et des degrés pour s’approcher de la connaissance de Dieu, toutefois sachant qu’il n’y a pas d’espoir de l’atteindre dans son entier. Dans le courant du IIXe et IXe siècle différentes écoles se développèrent dans les grands centres de l’empire musulman tels que Basra avec Hasan Basri (m.728) le premier maître Soufi, Rabia al Adawiyya (m.801) la première sainte femme Soufie, Bagdad avec Junayd (910), al-Halladji Mansur (m.922) Soufi qui déclara ‘EN EL-HAK’ soit ‘Je suis Dieu’ et qui fut torturé et exécuté, en refusant d’abjurer. A Nishapour et au Khorassan Deux voies principales se développèrent dont la Futuwah, une chevalerie spirituelle et la Malamatiyya qui prônait : « ne montrer rien de bien et ne cacher rien de mal » afin d’échapper à toute sorte d’ostentation.

 

D’après de nombreux auteurs le mot SOUFI dérive du mot arabe SUF qui veut dire laine parce que les Soufis portent des vêtements de laine. Une autre étymologie est le mot ‘safâ’ qui veut dire pureté. Une légende veut que le grand théologien de l’Islam orthodoxe, Al-Gazali (m. 1111), qui vivait à Bagdad, se promenant un jour dans les prés rencontra un pauvre berger qui était assis tranquillement sur l’herbe en train de jouer de la flûte. A le voir tellement démuni et aussi tellement heureux, il décida brusquement de troquer son somptueux habit avec la bure en laine du berger et se retira en une retraite religieuse à Jérusalem, Médine et la Mecque pendant dix ans après quoi il revint pour enseigner les voies à suivre pour atteindre la connaissance de Dieu.

 

Dans la conception soufie, l’approche de Dieu s’effectue par degrés. Il faut d’abord respecter la loi du Coran. En effet il est dit : « Mon Seigneur n’a interdit que les turpitudes, tant apparentes que secrètes ». Ce n’est qu’un préalable qui ne permet pas de comprendre la nature du monde par la lecture littérale du Coran. C’est par l’enseignement du Maître à l’élève que celui-ci s’initie vers la voie soufie. Pour les soufis, toute existence procède de Dieu et Dieu seul est réel. Le monde créé n’est que le reflet du divin. ‘L’univers est l’Ombre de l’Absolu’. Percevoir Dieu derrière l’écran des choses implique la pureté de l’âme. Seul un effort de renoncement au monde permet de s’élancer vers Dieu. ‘L’homme est un miroir qui, une fois poli, réfléchit Dieu’. Le Dieu que découvrent les soufis est un Dieu d’amour et on accède à Lui par l’Amour. ‘Qui connaît Dieu, L’aime ; qui connaît le monde y renonce.’ ‘Si tu veux être libre, sois captif de l’Amour.’

 

A l’origine le soufisme comprenait des maîtres de croyance sunni dont la grande majorité était d’origine arabe ou persane, contrairement au shiites pour qui la voie prophétique n’avait pas pris fin. Ces soufis suivaient une voie ascétique, avec qui, les jeunes adeptes recevaient leurs enseignements. Par la suite des voies pour atteindre l’extase et atteindre par ce moyen la connaissance de Dieu, soit les tarikat furent définies. C’est alors que les maîtres Shii’s originaires du Khorasan qui refluèrent vers l’Anatolie à partir du XIe siècle fondèrent cette fois-ci des ordres tels que les Dervishes Tourneurs, initiés par Mevlana Djellaledini Roumi à Konya, les Dervishes Hurleurs par Rifai, les Bekdashis par Hadji Bekdash Veli qui furent des plus  importants parmi une trentaine qui essaimaient le monde musulman. A ces ordres de tendance Shii-Alevi se joignirent divers bardes tels que Yunus Emre, Kaygousouz Abdal etc..

Le ‘tassawwuf’ qui veut dire ‘faire action de soufisme’ nécessite une voie qui y mène vers le soufisme ; c’est la ‘tarikat’. De fameux soufis définissant le tasawwuf comme suit :

Al-Junayd : « Il consiste à s’approprier tout caractère noble et se défaire de tout caractère vil ».

Al-Ansari : « Le tasawwuf est une science qui permet de connaître les états de purification des âmes, le raffinement des caractères et l’anoblissement de l’apparence ainsi que le for intérieur, afin d’atteindre le bonheur éternel ».

Le fameux orientaliste Henry Corbin définit les trois conditions qui résultent en une ascèse spirituelle qui est le soufisme. C’est la ‘shariat’ soit les données littérales de la Révélation. la ‘tarikat’ soit la voie mystique et enfin la ‘hakikat’ soit la vérité spirituelle comme réalisation personnelle. La nécessité d’ajouter deux conditions supplémentaires à la ‘shariat’ fait du soufisme une protestation éclatante, un témoignage irrémissible de l’Islam spirituel contre toute tendance à réduire l’Islam à la religion légalitaire et littéraliste. La recherche de la vérité spirituelle, soit la ‘hakikat’ demande un Amour profond et constant pour le Créateur dont Hafiz le déclare si bien dans ces deux vers :

«  Il n’a pas de fin dans mon aventure avec mon aimé,

    Y a-t-il une fin quand il n’y a pas de commencement ? »

Et Roûmi d’affirmer :

« Si j’essaye de décrire l’Amour en ne cessant pas de raconter,

   Cent siècles passeraient, qu’encore je n’aurais pas terminé. »

 

Afin de comprendre sommairement la pensée des maîtres soufis je vais m’attarder sur l’enseignement de quelque uns des plus éminents car l’étude détaillée du soufisme dépasserait de loin le contenu de ce travail.

 

C’est à Basra que s’est développé le ferment religieux qui envahit le monde musulman donnant naissance au soufisme. Le plus vénéré parmi les tous premiers fut Hasan Basri (m. 728) et qui fut aussi un des grands maîtres de loi et aussi théologien.

 

L’une des grands ascètes de Basra fut une femme, Rabia al-Adawiyya (m.801).  Quatrième fille d’une pauvre famille vivant à la lisière du désert d’Arabie, elle fut vendue comme esclave et éduquée comme danseuse et joueuse de flûte pour qu’elle s’exhibe à l’occasion des fêtes de mariage pour le compte de ses propriétaires qui obtenaient un  profit de cette activité. A partir de sa trente huitième année d’age, elle s’adonne à une vie contemplative et refusa de s’exhiber et jouer de la flûte pour entretenir des gens. Mise en vente, puisque non profitable, elle fut recueillie par un saint homme qui voulu la marier. Rabia le remercia et lui dit : « Si tu désire quelque chose de moi pour la Face d’Allah, Il te récompensera, mais si tu désire quelque chose de ma propre personne, je n’ai rien à te donner. J’ai tout ce dont j’ai besoin de mon Dieu Bien Aimé, et je n’ai besoin de rien de quelque personne humaine. » Elle  resta donc célibataire durant toute sa vie. La tradition veut qu’elle eu comme maître Hasan Basri, malgré que ce dernier serait un petit enfant quand elle commença à s’adonner au soufisme.   

 

Dans le courant de sa vie de soufie, elle développa une doctrine mystique contemplative d’un ardent amour de Dieu qui se révèle vers ceux qui lui profèrent un Amour profond. Pour illustrer sa doctrine je citerai les deux extraits suivants : Rabia dit :

« J’ai vu le Prophète dans mon songe qui me dit : O Rabia, est-ce que tu m’aimes ? Je répondis : O Prophète de Dieu, qui pourrait ne pas t’aimer ? Mais mon amour pour Dieu m’accapare à tel point qu’aucune place ne reste pour aimer ou hair un autre que Lui. »

Quelqu’un demanda à Rabia : Qu’est-ce que l’amour ? Elle répondit :

« L’Amour est arrivé depuis l’Eternité et se dirige vers l’éternité. Et il n’est personne dans les soixante dix milles univers qui ait bu une goutte sans qu’il soit enfin des comptes absorbé dans Allah. Et c’est à cet occasion que nous arrive ces mots :’Il les aime et ils l’aiment’. »

Et encore Rabia dit :

« O ! Dieu, Si je Te vénère par peur de l’Enfer, que je sois brûlé dans les Enfers,

Et si je Te vénère dans l’espoir du Paradis,

Exclue-moi du Paradis.

Mais si je te vénère pour Ta propre Personne,

Accorde moi Ta Beauté Eternelle. »

Sept ans avant sa mort, Rabia s’établit à Jérusalem dans une maisonnette sur le mont des Oliviers et on lui permit d’enseigner dans la Mosquée d’ al-Aksa. Elle mourut en 801 et ses adeptes construisirent une tombe près de la Cathédrale de l’Ascension qu’on peut encore visiter.

 

Une figure tragique du soufisme du Xe siècle fut Huseyin ibn Mansur al-Hallaj dont Louis Massignon a publié une thèse en quatre volumes, naquit dans un petit village dans le sud de la Perse en 857. Son père était un cardeur de coton d’où son nom de ‘Hallaj’ cardeur de coton en persan et en turc aussi. Dès son jeune age il suivit le Sheykh al-Tastari à Basra et puis à Baghdad où il devint l’élève du fameux soufi al-Junayd qui lui enseigna le recueillement et l’ascétisme. Al-Hallaj fut très vite investi dans son cœur par l’Amour de Dieu et déjà en jeune age déclarait :

            « Je suis Celui que j’aime, et Celui que j’aime est Moi.

               Nous sommes deux esprits qui demeure dans un corps,

               Si vous me voyez, c’est Lui que vous verrez,

               Et si c’est Lui que vous voyez, vous nous verrez tout les deux. »

 

Il faut comparer ces propos avec ceux du grand mystique Maître Eckhart (1260-1327)

« Un avec l’Un, un venant de l’Un, un dans l’Un, et, dans l’Un, Un éternellement. » 

 

Après un pèlerinage d’une année à la Mecque, al-Hallaj retourna à Bagdad et se rendit immédiatement à la maison de al-Junayd. Ayant frappé à la porte, al-Junayd demanda : qui est là ? et la réponse fut ‘Ana el-Haqq’ (Je suis la Vérité). Et al-Junayd de répondre : « Mon très cher al-Hallaj ! prend garde concernant le Secret de Allah. Ne le transmet pas à ceux qui ne peuvent pas le comprendre. Et fais attention ; il arrivera un moment où tu auras mis le feu à un morceau de bois ». al-Hallaj de répondre : « Le jour où je verrai une lueur sur ce morceau de bois, tu sera alors investi d’habits de l’orthodoxie ».

Par la suite il se met à prêcher d’une ville à l’autre jusqu’au Khorasan, les Indes et le Turkistan. Son exaltation, les sacrifices qu’il s’inflige et la Folie de Dieu qui l’habite et qu’il essaye de transmettre à ses élèves produisent la vindicte des autorités religieuses et des soufis qui l’accusent de sorcellerie. De retour à Baghdad il est emprisonné et condamné à mort. En 922 il fut supplicié, décapité, crucifié et son corps brûlé, dont les cendres furent jeté dans le Tigre.

Al-Hallaj, laissa de nombreux poèmes dans lesquels il évoque son Unité avec Dieu dont quelques courts textes. (Traduction du Divan par Louis Massignon) :

 

« Ton esprit s’est emmêlé à mon esprit, comme l’ambre s’allie au musc odorant,

Que l’on te touche, on me touche ; aussi, Toi, c’est moi, plus de séparation ».

 

« Je suis devenu Celui que j’aime, et Celui que j’aime est devenu moi ! Nous sommes des esprits, infondus en un seul corps.

Aussi, me voir, c’est Le voir, et Le voir, c’est nous voir. »

 

« Ah ! est-ce moi, est-ce Toi ? Cela ferait deux dieux. Loin de moi, loin de moi la pensée d’affirmer ‘deux’. »

 

 « J’ai vu mon Seigneur par les yeux de mon cœur, et j’ai dit : ‘Qui es Tu ?’ Il répondit : ‘Toi’. »

 

Et enfin avant d’être mis à mort il énonça :

« Maintenant il n’est aucune barrière entre la Vérité et moi,

   Ou aucune nécessité de démonstration,

   Ou une preuve de la révélation,

   Maintenant, éblouissante dans son entier, la lueur de la Vérité,

   Vacillant, moins de lumière. »

 

Ibn Arabi (m. 1280 à Damas) est né en Espagne, originaire d’une famille arabe du Yémen qui s’est installé en Espagne immédiatement après la conquête musulmane. Très jeune il s’établit à Damas où il mourut.

Il développa la théorie du ‘Vahdeti vucut’, soit l’unicité des existants, qui se résume en une notion du panthéisme. Il fut le chantre du monisme existentiel pour le quel il fut qualifié de hérétique par Ibn Tammiya juriste de l’Islam, qui réfuta ses théories en 34 volumes qui font encore aujourd’hui école dans des pays tel que l’Arabie Séoudite.. Pour lui, il n’y a qu’une seule réalité ontologique derrière toutes les manifestations de l’universel. Il dit : « Mon cœur est capable de devenir toutes les formes distinctes : il est le cloître, un temple pour les idoles, une prairie pour les gazelles, la Kaaba pour le pèlerin, les Tables de la Loi de Moise, aussi le Coran ; Amour est mon credo ; de quelque côté que se tournent mes chamelles, amour est toujours mon credo et ma foi. »   ( 11 )

 

Le Grand al-Gazali, maître de la théologie orthodoxe de l’Islam et aussi un des premiers maîtres soufis a reçu son éducation du Maîte al-Juvayni à Nishapour. Education profondément religieuse basé sur le postulat que tout dépend de Dieu avec les principes suivants : La réalité de Dieu et que la réalité de tout autre entité est crée par Dieu. Quand le fameux Vezir Selchoukide, Nizam-ul Mulk fondateur de nombreuses écoles pour la diffusion du Sunnisme et de l’Asharisme dont la plus fameuse à Bagdad, fit appel à al-Gazali pour la diriger. Al-Gazali avait alors 34 ans et son maître al-Juveyni mort, son éducation était terminée. C’est alors qu’il combattit contre les théories des émanations. A la suite de l’assassinat de Nizam, al-Gazali abandonna sa position de directeur d’école avec les honneurs qui y découlaient et retira en une vie contemplative. Il raconte ainsi cet épisode :

« J’ai aussi compris que je ne pourrais pas espérer au bonheur éternel à moins de craindre Dieu et rejeter toute passion, ce qui correspondrait à couper toute attache avec le monde. Je devait abandonner toute illusion de vie dans le monde pour diriger mon attention vers ma maison éternelle, avec un désire intense de Dieu le plus Puissant. Cela consistait à abandonner toutes honneurs et richesses, et aussi s’éloigner de toute chose qui occupe usuellement une personne et qui le maintient ici bas. »

C’est ainsi qu’après 10 ans de retraite al-Gazali se considéra prêt à suivre la voie soufie. Il raconte les conditions à suivre dans cette voie dans son ‘Livre de la pauvreté et du renoncement’ qu’on pourrait appeler le manuel du Renoncement.

Pour y accéder à l’état mystique qui mènerait à la connaissance de Dieu, al-Gazali postule qu’il faudrait traverser trois degrés, dont :

            Premier degré : On pratique le renoncement au monde en se battant contre son désir d’y rester.

            Deuxième degré : C’est celui qui renonce spontanément au monde.

            Troisième degré : C’est le plus élevé qui consiste à renoncer à son renoncement et par conséquent avoir abandonné tout. C’est l’état dénommé ‘FANA’ soit l’état où la personne perd tout contact avec son environnement matériel tout en restant éveillé et en pleine possession de ses sens pour concevoir le Divin. Et al-Gazali d’analyser en détail chacune des mesures à prendre pour arriver au but.

Pour Al-Ghazali  « la plénitude vers Dieu » est :

« L’état le plus élevé, c’est d’être effacé de l’effacement. »

 

Deux ordres Soufi’s se sont développés en Anatolie, à partir du XIIe siècle, principalement parmi les peuplades Turques du Khorassan qui furent refoulées par l’avance de l’invasion Mongole. Ce sont les MEVLEVI et les BEKDASHI. L’étude détaillée de ces deux ordres ainsi qu’un parallèle avec la Franc-maçonnerie, ainsi que la personnalité du philosophe Riza Tevfik, Dervish Bekdashi et Franc maçon  a fait l’objet d’une étude détaillée par notre F. Thierry Zarcone qui fut pendant quelques années attaché au Centre des Etudes Anatoliennes à Istanbul.

 

Les peuplades Turques du centre Asiatique et du Khorassan s’adonnaient au Chamanisme et l’Animisme. Elles furent converties à l’Islamisme par des dervishes errants nommés Kalender à la tendance Shiite tout en conservant certaines coutumes d’origine. ( 12a

 

L’ordre des Mevlevi, aussi connu comme l’ordre des ‘Dervishes Tourneurs’ fut fondé par Mevlana Cellaledini Roûmi, fils d’un père soufi de Khorassan qui émigra vers l’Anatolie, et s’établit à Konya. C’est son fils, Sultan Veled qui structura l’ordre qui existe encore de nos jours. Son oeuvre maîtresse est le ‘Mesnevi’,  énorme traité composé d’environ 36.000 vers, traduit en de nombreuses langues et commenté par tous les penseurs de l’Islam. Il traite principalement du profond Amour mystique envers son maİtre Shems Tebrizi et la douleur qu’il ressentit quand celui-ci le quitta brusquement. On peut visiter son tombeau, où repose aussi son fils, à Konya, mausolée, surmonté d’une coupole conique revêtue de faiences bleues.

 

Les trois premiers vers du ‘Mesnevi’ se présentent comme suit :

« Ecoute ce ney qui se plaint,

   Il nous parle de la séparation,

  ‘Depuis que l’on m’a séparé (coupé) du roseau,

    hommes et femmes se lamentent en écoutant mes cris’. »

Le NEY est une flûte en roseau, d’environ un mètre de long, au son plaintif, considéré divin. C’est l’instrument sacré qui accompagne principalement les cérémonies soufis. La valeur numérique de ses lettres est 60, qui un chiffre sacré pour les shiites et ismaélites, comme nous l’avons expliqué plus haut. Très souvent le ney est accompagné d’un luth au long manche que les bardes d’Anatolie utilisent comme accompagnement en déclamant.

 

Pour Roûmi, la Voie vers Dieu c’est l’Amour intense envers Dieu et les êtres, aussi l’abandon des attaches avec ce monde. La métempsychose fait partie de leurs croyances :

« Je suis mort minéral, et suis devenu plante

Je suis mort plante, et je me suis relevé animal,

Je suis mort animal, et suis devenu homme.

Pourquoi craindrais-je ? Quand j’ai été amoindri en mourrant ?

Pourtant, je mourrai encore une fois, comme homme, pour planer

Avec les Anges bienheureux ; mais même après l’état d’ange

Il faudra que je passe au-delà. Tout périt, sauf Dieu.

Quand j’aurai sacrifié mon âme-ange,

Je deviendrai ce que nul esprit, jamais, n’a conçu.

O, laissez-moi ne pas exister ! Car la Non-existence prochaine :

« Nous retournerons en Lui ».

 

Pour l’Amour :

« L’Astrolabe des mystères de Dieu, c’est l’Amour. »

 

Aussi :

« L’Aimé est tout en tout ; l’amoureux se contente de le voiler,

L’Aimé est tout ce qui vit, l’amoureux, une chose morte. »

 

Comprendre Dieu :

« Puis-je expliquer l’Ami à quelqu’un pour qui Il n’est point Ami ? »

 

Se connaître soi même :

« Si tu n’as pas vu le diable, regarde ton propre moi. »

 

A la recherche de l’Unique :   

« Je ne suis pas de ce monde, ni de l’autre, ni du paradis, ni de l’enfer,

Je ne suis ni d’Adam, ni d’Eve, ni de l’éden, ni de rizwan,

Ma place est d’être sans place, ma trace d’être sans trace ;

Ce n’est ni le corps ni l’âme, car j’appartiens à l’âme du Bien-Aimé.

J’ai renoncé à la dualité, j’ai vu que les deux mondes sont un ;

Un seul je cherche, Un sel je sais, Un seul je vois, Un seul j’appelle.

Il est le Premier, Il est le Dernier, Il est le Manifeste, Il est le Caché. »

 

Un autre ordre soufi toujours vivant est celui des Becktashis. Il fut fondé au XIIIe siècle par Hadji Becktas Veli qui faisait partie d’une famille chiite Turque du Khorassan fuyant vers l’ouest la poussée Mongole. Hadji Becktas se réfugia d’abord dans l’un des forts tenu par les Assassins où il reçu l’enseignement ismaélien et remonta la hiérarchie jusqu’à recevoir le titre de Dai. La tradition veut qu’il fut envoyé en Anatolie pour former des adeptes à l’enseignement ismaélite.

 

L’ordre des Becktashis est fondé sur une organisation initiatique, où le récipiendaire traverse des degrés dans l’initiation pour être ceint en fin de compte du ‘peshtamal’ le tablier. L’organisation est proche du Compagnonnage

Occidental dont le pendant est l’Ahilik. Malgré que le Coran est toujours considéré la base de l’enseignement, les Becktashis ne se sentent pas obligé à appliquer les préceptes de l’Islam tels que le jeune du Ramadan, les cinq prières par jour, etc… Chez les Ottomans, les Janissaires faisaient partie de cet ordre qui devint à tel point important qu’il imposait ses préférences dans le choix du Vizir et des ministres. Quand Mahmut II liquida l’organisation des janissaires, l’ordre des Becktashis perdit de son influence et continua à exister en tant qu’ordre initiatique à base religieuse dont l’ésotérisme s’apparente de l’ismaélisme. Le Becktashi, philosophe et Franc Maçon, Grand Maître du Grand Orient de l’Empire Ottoman, Riza Tevfik qui vécu au début du XXe siècle précise :

« Puisque toute chose est une ombre illusoire, il est naturel que nous recherchions dans notre propre être, le vérité. Ainsi dès lors que nous reconnaissons que le monde entier ne se compose que de fausses illusions et qu’il se trouve être ‘l’ombre des ombres’, alors il ne reste, en vérité qu’une seule chose dont nous ne pouvons douter le moins du monde ; notre propre moi, c'est-à-dire notre conscience. »

Et aussi :

« L’existence de chaque chose, c’est ton propre être,

   Ce qui te voit le mieux, c’est ton propre œil,

   C’est ta propre parole qui gouverne cette matière,

   Ton corps est un Trône, le Sultan est en toi. »

 

Le barde Yunus Emre qui a vécu lui aussi en Anatolie dans le courant du fin XIIIe – XIVe siècle doit être aussi considéré comme un soufi de tendance shiite dont la recherche de la connaissance de Dieu passe par l’Amour. Sa vie est connue par les récits de ses contemporains et ses dates de naissance et de sa mort ne sont connues qu’approximativement. Il laissa des centaines de poèmes écrits en langue turque, langue populaire, tandis que le persan était alors la langue officielle des Selchoukides. Probablement de nombreux poèmes d’autres bardes luis furent attribués. Le thème principal de ses poèmes est toujours l’Amour profond qu’il professe envers l’Unique, et l’humanisme aussi.

Un exemple à la recherche de l’Amour de Dieu:

« Moi, je marche en me consumant, l’amour m’a peint au sang,

   Je ne suis ni intelligent, ni fou, vois ce que l’amour a fait de moi,

   Parfois je vole comme le vent, parfois je cours les rues,

   Parfois je dévale comme des torrents, vois ce que l’amour a fait de moi, ……………………

   Pauvre Yunus, je suis un misérable, des pieds à la tête l’amoureux,

   Je suis le vagabond de ma ville aimée, vois ce que l’amour a fait de moi. »

 

Le compositeur turc contemporain, Adnan Saygun, a composé un Oratorio en s’inspirant des poèmes de Yunus Emre dont, entre autres :

«O Mon Dieu ! je t’implore, donne moi ton amour et ta joie,

Que ta grâce m’accorde ton amour et ta joie,

Toi, enivre moi, moi qui ne me reconnais pas,

Pour plonger mon âme en Toi, donne moi ton amour et ta joie,

Sur le chemin vers Toi les amoureux brûlent de ton désir,

Leur âme s’enivre, accorde moi ton amour, et aussi ta joie. 

Purifie, ô Seigneur, mon cœur, effaces-en l’amour d’ici bas.

Donne-moi ton amour, ton amour et ta joie. »

 

En 1991, l’UNESCO ayant déclaré l’année 1991, année pour la commémoration du sept cent cinquantenaire de la naissance de YUNUS EMRE, un séminaire fuıt organisé à l’Université Grégorienne Pontificale, et à cette occasion l’orchestre National d’Ankara et son cœur sous la direction du compositeur turc

 Hikmet Simsek a exécuté au Vatican, l’oratorio Yunus Emre dans les salons du Palais de Castel Gondolfo devant sa Sainteté le Pape.

 

Faire une étude comparative des divers ordres et voies du soufisme dépasse de loin le cadre de travail. Je me suis efforcé d’abord à présenter en grandes lignes ce qu’est l’islam et son Livre le Coran avec son dogme de l’Unicité exclusive de Dieu qui est le fondement de tout ésotérisme et mysticisme islamique ; et puis j’ai essayé de présenter la pensée ismaélienne qui représente une exégèse ésotérique des plus développée de la pensée religieuse et enfin quelques exemples dans la sublimation de la pensée pour atteindre la connaissance de l’UN, par la tradition soufie.

 

Je voudrai terminer par ces quelques vers de Roûmi :

« Reviens, reviens toujours,

Qui que tu sois, reviens.

Mécréant, ou idolâtre,

Oublie tout, et viens,

Notre Assemblée n’est pas 

L’Assemblée du désespoir,

Et si tu as cent fois renié,

Reviens à nouveau. »

http://www.freemasons-freemasonry.com/esoterisme_islam.html

  • e6un7

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