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Sunnisme et Chiisme

       

Le sunnisme est actuellement majoritaire dans le monde musulman: 85 % des musulmans sont sunnites . Il n'en a pas toujours été ainsi. Il y a eu des époques où les sunnites étaient moins nombreux.

Sunnisme vient de Sunna, qui désigne la manière de vivre du Prophète. Les chiites ont eux aussi une Sunna, mais c'est préférentiellement la Sunna transmise par 'Alî, et non la Sunna transmise par d'autres proches de Mohammed.

C'est l'islam des belles-familles du Prophète qui prirent le pouvoir après le décès du Prophète en 632: Aboû Bakr (père de Aïcha, épouse du Prophète, donc beau-père du 

Prophète), 'Omar (père de Hafsa, épouse du Prophète), 'Othmân (gendre du Prophète, car il épousa successivement deux filles du Prophète, Umm Kulthûm et Ruqayya), par opposition à l'interprétation de l'islam donnée par les partisans d'Ali. Ali était le cousin et gendre du Prophète, puisqu'il épousa Fâtima, fille du Prophète, qui lui donna deux fils, Hussein et Hassan (qui étaient donc les petits-fils du Prophète), héros du chiisme.

 

Le sunnisme est fondé sur les Six Livres de la Sunna:

* Bukhârî (m. 256/870): al-Djâmi' as-Sahîh (en abrégé Sahîh), 7397 hadiths dont 2762 différents ( il y a, en effet, de nombreux doublets). Un hadith est un dit du Prophète ou sur le Prophète (voir ici)

 

* Muslim (m. 261/875): al-Djâmi' as-Sahîh, environ 4000 hadiths différents, beaucoup plus si on compte les doublets

 

* Abu Dâwûd (m. 275/889): Kitâb as-Sunan, 5273 hadiths

 

* Tirmidhî (m. 279:892): Kitâb al-Djâmi', 3956 hadiths)

 

* Nasâ'i (m. 303/915): Kitâb as-Sunan, environ 2800 hadiths.

 

* Ibn Mâdja (m. 273/886): Kitab as-Sunan: 4341 hadiths.).

 

Il y a quatre écoles théologico-juridiques dans l'islam sunnite, toutes fondées au 8ème et 9ème s. :

 

1) L'école hanéfite (fondée par Abû Hanîfa)

 

2) L'école malékite (fondée par Mâlik ben Anas)

 

3) L'école chafé'ite (fondée par Châfi'î ou Shâfi'î) (1)

 

4) L'école hanbalite (fondée par Ahmad ben Hanbal) (1)

 

Le sunnisme est une confession qui a voulu se tenir à l'écart de tout extrémisme. Il s'est opposé historiquement aux mouvements qui voulaient légitimer le meurtre politique ou le terrorisme. Même pendant la période coloniale où l'agression européenne était pourtant évidente, les autorités sunnites ont refusé d'appeler au djihâd armé (voir ici ). Seuls de petits groupes isolés l'ont fait.

 

A la suite de Ghazâlî (m. en 1111) s'est imposée la doctrine qu'il fallait obéir à un calife ou à des princes même débauchés, pourvu que ces autorités maintiennent le cadre islamique de l'Etat. Cette obéissance vaut mieux qu'un risque de guerre civile. Le sunnisme ne professe pas le droit à la révolte contre des autorités même dévoyées.

 

A l'époque classique le sunnisme était dirigé par un calife, dont l'autorité s'affaiblit après 1258. Le califat n'avait plus qu'une autorité nominale, lorsqu'il fut supprimé le 3 mars 1924 par Mustapha Kémal Atatürk.

 

Un des traits les plus remarquables du sunnisme est son refus de toute hiérarchie. Contrairement au chiisme très fortement hiérarchisé, le sunnisme ne comporte pas de hiérarchie.

 

Cependant un consensus se dégage pour considérer le doyen de l'Université d'Al-Azhar au Caire comme étant la première autorité sunnite: il s'agit actuellement (2007) du Cheikh Tantaoui. En deuxième position l'ancien doyen de la Faculté de théologie de Damas: le Cheikh Mohammed Sa'îd Ramadân El-Bouti. On cite souvent en 3ème position, le Cheikh al-Qardaoui (prédicateur très médiatique, Qatar).

 

A part les divergences sur la Sunna et sur la nature et le rôle du califat (sur ce dernier point voir ici), les sunnites et les chiites ont le même Coran, la même liturgie des cinq prières quotidiennes (sauf la confession de foi qui est pour les sunnites: J'atteste qu'il n'y a pas d'autre divinité que Dieu et que Mohammed est Son Prophète, à laquelle les chiites rajoutent: et que 'Ali est l'Ami de Dieu), les mêmes cinq piliers (sauf la confession de foi), et les mêmes grandes fêtes (notamment la Fête de la fin du jeûne du Ramadân, et la Fête du sacrifice). Les chiites ont en outre des fêtes qui leur sont propres (voir ici).

 

Imâm désigne dans le sunnisme simplement le fidèle qui dirige la prière: c'est l'imâm des cinq prières (imâm al-khams). Cet imâm est à distinguer de l'imâm de la prédication du vendredi (imâm al-khutba). Dans le chiisme, ces deux imams sont appelés mollah.

 

Les chiites constituent actuellement 15 % de l'islam. Ils sont majoritaires en Iran, en Irak et chez les musulmans du Liban.

 

Le terme vient de l'arabe chî'at 'Alî (= le parti d'Ali).

 

La raison première de l'opposition entre sunnites et chiites tient à la question du califat. Pour les kharédjites, n'importe quel musulman, digne et apte, pouvait être élu à la suprême dignité. Les sunnites avaient limité le cercle de l'éligibilité aux membres de la tribu du Prophète (les Qoréich).. Les chiites, eux, étaient partisans de la succession héréditaire de droit divin.

 

Pour les sunnites, le calife n'est que le souverain temporel chargé de de protéger le cadre religieux de l'Etat, mais sans magistère religieux.

 

Chez les chiites, l'Imam (c'est ainsi que s'appelle le calife ) possède une science surhumaine, son enseignement a valeur définitive. Il est impeccable, infaillible, il connaît les choses cachées. Pour les sunnites, l'impeccabilité et l'infaillibilité sont réservées aux prophètes et la connaissance des choses cachées à Dieu

 

Coran et hadith.

 

Les chiites n'admettent pas l'intégrité de la recension du Coran par Othman. Elle aurait été expurgée des passages favorables à Ali. Mais en pratique, ils doivent s'en contenter, puisqu'il n'y a pas d'autre recension du Coran.

 

Une autre source de la théologie et du droit, sont les traditions ou hadîth. Ces traditions ont souvent le même contenu que chez les sunnites, mais leur chaîne de garants (isnâd) est plus courte et remonte en général à Ali ou à un Imam. Les recueils de hadiths des chiites (Al-Kulayni, en iranien, etc..) sont donc différents de ceux des sunnites.

 

La troisième source de théologie et de droit, le consensus chez les sunnites, n'existe pas dans le chiisme, puisque l'Imam est infaillible. Les chiites ont leurs propres écoles de droit. Les différences entre les écoles chiites et sunnites sont peu importantes. La plus connue est celle concernant le mariage temporaire (mut'a), fondée sur Coran 4.24 (recension d'Ibn Mas'ûd et d'Ibn Ubayy), maintenu par les chiites et abrogé par les sunnites.

 

Glorification d'Ali

 

Pour les chiites, Mohammed n'est pas mort dans les bras d'Aïcha, mais dans les bras de sa fille Fâtima, femme d'Ali. C'est Ali qui joua le rôle principal aux obsèques: il lava le corps du Prophète et l'oignit de camphre.

 

Alors que le sunnisme présente Ali comme un personnage falot, pour les chiites Ali est le prototype de la bravoure sur le champ de bataille. Sa sagesse était prodigieuse et son habileté calligraphique extraordinaire. Il accomplit des miracles extraordinaires: guérisons instantanées de blessures terribles, résurrections, apparitions après sa mort afin de châtier ses ennemis.

 

La doctrine de l'Imamat (c-à-d du califat chiite)

 

L'Imam (c-à-d le calife) est le continuateur de la mission de Mohammed. Il est le seul à connaître le sens intime (ésotérique) de l'islam, communiqué secrètement, selon les chiites, par Dieu à Mohammed lors de son Ascension (en 621), puis par Mohammed à Ali, et transmis par celui-ci à ses successeurs. Il a une autorité doctrinale définitive faisant loi pour l'interprétation du Coran et de la Sunna.

 

L'Imam est infaillible et exempt de péché et d'erreur ('isma). La certitude de ce qu'il enseigne est absolue.

 

L'Imam est médiateur (médiation = tawassul). en particulier Husayn (Hussein), fils d'Ali et de Fâtima (et donc petit-fils du Prophète), mort à Karbalâ' (Kerbéla, actuellement en Irak) en 680, tué par l'armée du calife sunnite Yazîd. La mort de Husayn est considérée comme rédemptrice. Husayn ben 'Alî est mort pour son peuple. Ce sacrifice est fêté durant les dix premiers jours du mois de Muharram.

 

La ghayba (occultation de l'Imam). Le dernier des Imams n'est pas mort, mais a été "occulté". C'est "l'imam du Temps". Malgré son absence corporelle, il est le chef de la Communauté et a les moyens de transmettre aux siens l'expression de sa volonté. Selon Sohravardi, il est présent incognito, mais il ne peut révéler sa présence, car il perdrait immédiatement sa puissance spirituelle. L'inauguration du premier parlement iranien au 19ème s. eut lieu sous la protection et en présence de l'Imam caché.

 

L'Imâm mahdî est l'Imam caché, lorsqu'il réapparaîtra, à la fin des temps.

 

Les fêtes spéciales du chiisme

 

a) le 18 Dhû l-Hijja, fête de l'investiture d'Ali par Mohammed

 

b) le 10 Muharram: martyre de Husayn à Karbalâ'. Ce sont des cavalcades et des flagellations. les pénitents se frappent la poitrine nue: on s'inflige des coups de couteaux sur le crâne rasé, le sang coule sur les habits blancs. La foule vocifère, les invocations à Husayn pleuvent, les femmes hurlent.

 

c) pélerinages particuliers: à Médine, outre les tombes de Mohammed et de sa fille Fâtima, il y a les tombes des Imâms Hasan, 'Alî Zayn al-'Âbidîn, Muhammad al-Bâqir et Dja'far as-Sâdiq

 

d) Le mausolée d'Ali se trouve à Nadjaf (Nédjef), au sud de Kerbéla.

 

e) La tombe de Husayn se trouve à Kerbéla. A Machhad (Méchhed) se trouve la tombe de l'Imâm 'Alî al-Ridâ. C'est le grand centre des études chiites en Iran avec Qom.

 

Les chiites se divisent notamment en duodécimains et septimans.

 

La hiérarchie

 

Les chiites sont organisés de manière hiérarchique, alors qu'il n'y a pas de hiérarchie dans le sunnisme. Voici la hiérarchie du chiisme duodécimain

 

Au sommet de la pyramide, il y a le Grand-Âyatollâh (= "signe de Dieu"), puis viennent les âyatollâh (qui sont un collège de docteurs en théologie qui se cooptent entre eux), les hojjat al-islâm (=preuve de Dieu") et les simples mollâh-s, équivalents des imâms de mosquée du sunnisme.

 

Quelques Grands Âyatollâh se voient décerner par leurs pairs le titre de marja' at-taqlîd ("référence en matière de tradition à suivre", apte à prendre des décisions théologico-juridiques). Ils sont à la tête d'une Hawza. La Hawza à la laquelle la plupart des chiites font allégeance est celle de Nadjaf, où se trouve le mausolée d'Ali. Actuellement (2007) le marja' le plus reconnu est Ali Sistani. C'est un quiétiste et un constitutionnaliste qui s'oppose au primat du religieux sur le politique.

 

La doctrine constitutionnaliste a été énoncée par Mirza Naïni, au début du 20ème s. Cette doctrine s'oppose à celle de la velayat-e faqîh. Figures de proue du mouvement constitutionnaliste: Mohammed Tabatabaï, Mohsen al-Hakim, Abou l-Qasim Khoei et Ali al-Sistani.

 

La velayat-e faqîh signifie en persan "le gouvernement par le théologien érudit". Cette doctrine a été codifiée dans les années 1960-1970 par le grand-âyatollâh Rawhallâh Khomeyni. Elle érige en dogme la tutelle du clergé sur la masse des croyants. Le guide n'est pas soumis aux aléas de la politique. Il fixe les orientations qui s'imposent aux croyants.

 

Le premier guide suprême de la Révolution fut Khomeyni, auquel succéda à partir de 1989, Ali Khamenei, guide suprême à vie.

 

© Ralph Stehly, Professeur d'histoire des religions, Université Marc Bloch, Strasbourg

 

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Commentaires (2)

1. islamiates 27/08/2011

Merci pour vos précisions

2. Dr MOHAMED LAMINE BARRY 26/08/2011

Assalamou alaykoum wa R wa B
Merci et félicitations pour tout cer que vous faites pour mieux faire connaître l'Islam. Votre article a le mérite de ne pas accuser les chiites d'adorer 'Ali ou de le préférer au Prophète; c'est en effet ce que d'autres disent... je pense qu'il faut affirmer clairement que les chiites eux aussi s'appliquent à pratiquer la Sunnah (plutôt qu'une Sunnah)du Prophète MOUHAMMAD (P); la différence étant que les Sunnites se réfèrent à tout compagnon quel qu'il soit, tandisque les chiites se réfèrent à 'Ali ibn Abi Tâlib (Karramallah wadihah).

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