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Polémique à propos du prophète Shu’aïb

 

 

Allah (I) évoque l’histoire du prophète Shu’aïb (r) dans plusieurs passages de Son Livre. Ce dernier fut envoyé au peuple de Madian. Le Coran nous apprend notamment : (le peuple des vergers traita les Messagers de menteurs.).[1] Selon la plupart des exégètes, il s’agirait des habitants de Madian bien que d’autres estiment que le Coran relate en fait deux histoires différentes. Or, le Verset suivant nous présente l’un des épisodes de l’histoire de Mûsâ en ces termes : (Et lorsqu’il atteignit les sources de Madian, il y trouva un groupe de gens qui y puisait de l’eau. Il y trouva également deux femmes à l’écart qui retenaient leurs moutons. Il leur demanda : « Que vous arrive-t-il ? »… ).[2] Moïse s’en tint au plus long des deux termes qui lui furent proposés, mais rien n’indique dans ce passage que le vieillard en question était Shu’aïb (u) ou encore un prophète. Les anciennes écritures juives et chrétiennes ne précisent pas que cet homme était un prophète et il ne nous est rapporté d’aucun Compagnon –que ce soit ibn ‘Abbâs ou un autre – que le beau-père de Mûsâ était le prophète Shu’aïb. Les annales provenant de ces derniers affirment plutôt que Shu’aïb et le vieillard de Madian étaient deux personnes différentes.

Dans son exégèse, Sunaïd ibn Dâwûd, l’un des Sheïkh d’el Bukhârî, rapporte selon ibn ‘Abbâs que l’homme dans l’histoire de Moïse s’appelait Yathrâ. El Hajjâj et d’autres spécialistes l’épellent ainsi : Yathrûn. Shu’aïb el Jubbâî affirme dans ce registre : « Les deux jeunes filles se prénommaient Laïyâ et Saghûra.[3] Musâ s’est marié à Saghûra fille de Yathrûn, le prêtre de Madian ; un prêtre était le titre désigné au savant. D’après une certaine version, selon ibn ‘Abbâs, ce dernier s’appelait Yathrûn ou Yathrâ. »

Pour ibn Jarîr (e-Tabarî), l’une des deux filles se prénommait Laïya ou peut-être Sharfâ, et l’autre portait le nom de Saghûra. Quant à leur père, il règne une certaine divergence sur son identité. Certains avancent qu’il s’appelait Yathrûn. Yathrûn était le nom du vieillard qui a loué les services du fils adoptif de Pharaon ; il était le cousin de Shu’aïb. Abû ‘Ubaïda affirme que Yathrûn était le cousin du Prophète Shu’aïb (r). D’autres exégètes, tels qu’il est rapporté notamment par ibn ‘Abbâs, le dénommaient Yathrâ.


El Hasan fait le commentaire suivant : « Certains savants présument qu’il s’agit du prophète Shu’aïb, mais en réalité il fut simplement le seigneur du puits à cette époque. » Pour ibn Jarîr, il n’est pas possible d’accéder à une telle information si ce n’est par l’intermédiaire de la révélation et dans le cas présent, il n’y a aucune information à ce sujet. Ainsi, les différents ouvrages de Tafsîr (exégèses) rapportent par le biais de chaînes narratives, le savoir venant du Prophète (r) et des Successeurs ; aucun d’entre eux n’informe, que l’homme dont il est fait mention dans l’histoire de Mûsû serait le Prophète Shu’aïb (r). Par contre, ils nous offrent par le biais d’un certain nombre de chaînes narratives certifiées, les paroles d’el Hasan el Basrî précédemment citées. Elles répondent en fait à ceux qui penseraient le contraire. E-Tha’labî certes assume effectivement le contraire, mais il ne faut pas tenir compte de ses dires, car ce dernier recense tout et n’importe quoi. Ainsi, prétendre qu’il s’agit de Shu’aïb, c’est parler de ce dont on ignore, mais aussi revient à parler avec aucune information sur le sujet provenant du Prophète (r), des Compagnons, ou des savants musulmans de référence. En outre, une telle allégation va à l’encontre des annales certifiées qui remontent à ibn ‘Abbâs et à el Hasan el Basrî. Sans compter qu’elles vont à l’encontre des détails sur la question fournie par les « gens du Livre », qui démentent à l’unanimité qu’il puisse s’agir de Shu’aïb. La Thora et l’Évangile parlent d’un certain Yathrûn qui ne correspond pas au prophète de Madian évoqué dans les anciennes écritures.

Plus d’un savant mentionne que Shu’aïb était d’origine arabe. Il existe même sur la question un certain Hadith qui remonte au Messager d’Allah (r). D’après Abû Hâtim et d’autres compilateurs en effet, Shu’aïb était un arabe tout comme Hûd et Sâlih, tandis que Moïse était hébreu ; ils ne parlaient donc pas la même langue. Le Texte du Coran formule pourtant que le prophète hébreu s’est adressé aux deux jeunes filles et à leur père sans l’intervention d’un traducteur. S’il a pu régner un amalgame, c’est en raison de la présence à Madian de deux personnes différentes dans le Coran ; Shu’aïb et le beau-père de Mûsâ en l’occurrence. Le Coran nous enseigne notamment qu’Allah a décimé le peuple de Shu’aïb, par un châtiment du ciel. Dès lors, il n’y avait plus d’habitants à Madian. Shu’aïb ne pouvait rester seul dans un endroit désert. Certains savants avancent qu’une fois leurs peuples décimés, les prophètes venaient finir leurs jours à la Mecque. shu’aïb, Hûd, et bien d’autres auraient leur tombe dans les Lieux saints.

Or, à l’époque de Mûsa, Madian était habité par son futur beau-père. Il ne s’agissait pas des habitants des lieux dont le Coran fait mention dans l’histoire de Shu’aïb. Même selon l’hypothèse que Shu’aïb était simplement le cousin du gendre de Moïse, il n’existe aucune annale certifiée pour l’appuyer. Il n’est pas possible d’opposer ce genre d’hypothèses aux paroles certifiées d’ibn ‘Abbâs sur la question. Toutes les annales qui présument que Shu’aïb, le vieil homme, ou encore Jibrîl auraient offert le fameux bâton de Mûsâ, n’ont aucune origine textuelle. Abû Bakr –je pense qu’il s’agit d’el Hadhalî – est l’auteur des paroles suivantes : « J’ai interrogé ‘Ikrima au sujet du bâton de Mûsâ, il m’a répondu qu’Âdam l’avait dans les mains lorsqu’il fut chassé du Paradis. Jibrîl l’aurait pris par la suite pour le remettre à Moïse, lors d’une rencontre au cours d’une certaine nuit. » E-Suddî relate pour sa part, dans son fameux Tafsîr, que le vieillard de Madian ordonna à ses filles de demander à Mûsâ de ramener un bâton. Un ange ayant pris forme humaine lui en aurait confié un, etc. il aurait eu une dispute avec son beau-père et les deux hommes auraient demandé à un tiers d’arbitrer en eux ; Mûsa contrairement à son beau-père, en aurait supporté le jugement (ou aurait été capable de porter le bâton NDT) et qu’il était plus à même de respecter ses engagements.

Si Shu’aïb avait été cet homme, il ne serait pas entré en conflit avec Moïse, il n’aurait pas regretté de lui avoir donné…, et il n’aurait pas cherché un arbitre entre eux. Par ailleurs, avant son avènement, Mûsâ ne pouvait pas être plus loyal qu’un prophète, car si Shu’aïb était prophète, cela n’était pas encore le cas pour lui. Il ne pouvait être meilleur qu’un prophète avant de recevoir lui-même la révélation. Zaïd souligne certes qu’il était déjà connu que Mûsâ serait un prophète, mais dans l’hypothèse ou ses paroles soient fondées, cela ne prouve rien. Les prêtres et les moines en effet avaient à leur savoir certains signes précurseurs à la prophétie. Ils étaient capables d’annoncer l’avènement éventuel d’un prophète avant sa venue effective, mais certes Allah est plus savant !

Il est répandu certes chez bon nombre de gens auxquels il échappe les subtilités du savoir et les moyens textuels et rationnels de fonder des preuves, que Moïse était le gendre de Shu’aïb. Cependant, il serait irraisonnable de se fier à ce genre de jugement. Cette opinion est tout au plus rapportée par certains savants, mais le fait est que d’autres savants s’y opposent ; en cela, elle ne fait pas plus autorité que la leur. Il incombe donc de soumettre cette divergence aux preuves (tant textuelles que rationnelles). Dans cet ordre, certaines gens assument que les deux messagers évoqués dans la Surate Yâsîn comptent parmi les apôtres du Messie (u). Habîb le charpentier aurait cru en eux, mais l’élite des savants musulmans ou même les « gens du Livre » considèrent ces fables comme complètement aberrantes. Allah nous enseigne en effet que les habitants de cette cité où ces messagers se sont rendus ont goûté à la Colère céleste, dans le verset suivant : (Si ce n’est un Cri, et les voilà éteints (morts).).[4]

Antioche est la première cité, après l’élévation du Messie, qui a vu ses habitants sont convertir à la religion chrétienne, suite au prêche de deux des Apôtres. Après cette période, aucun châtiment ne s’est abattu sur eux, à l’unanimité des musulmans et des « gens du Livre ». Comment est-il permis d’avancer dès lors, que les deux messagers auxquels fait allusion le Coran étaient les messagers du Christ !

Par ailleurs, au début de l’ère chrétienne deux apôtres se sont bien rendus à Antioche, comme le reconnaissent les chrétiens eux-mêmes. Or, à cette époque Habîb le charpentier était déjà mort. Les deux messagers en question dans le Coran vécurent avant l’époque de Jésus. La cité dont certains disent que c’était Antioche, et où ils se trouvaient a été anéantie par le châtiment. Quant à Habîb, il a cru à ces deux fameux messagers. Antioche fut construite (ou reconstruite) par la suite. C’est dans cette ville où les deux Apôtres de Jésus se sont rendus pour faire leur prêche. Il faut savoir que les Apôtres ne sont pas des messagers d’Allah pour les musulmans. Ils étaient les messagers du Christ comme les Compagnons étaient les messagers du Prophète (r). Dire que ces deux messagers étaient des apôtres, c’est offrir un argument aux chrétiens auquel il serait difficile (à l’auteur d’une telle parole) de répondre convenablement. Nous avons développé dans notre réfutation aux chrétiens que les Apôtres n’étaient pas des messagers contrairement aux chrétiens qui les considèrent comme des messagers au même titre, voire ayant plus de valeur, qu’Abraham et Moïse ; ce qui pour les musulmans est une impiété. Nous avons ainsi exposé les idées égarées des chrétiens.

 

 

Traduit et adapté pour islamhouse par :

Karim ZENTICI

Relu par Abu Hamza Al-Germâny

 

www.islamhouse.com

 

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[1] Les poètes ; 176
[2] Les récits ; 23
[3] Dans les Tafsîr d’E-Tabarî et d’ibn Kathîr, elle s’appelle Sâfûrâ.
[4] Yâsîn ; 29


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