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Le Martyr en Islam


La Vérité sur le Martyr dans l'islam par alert-production

Étymologiquement, le mot chahid provient des lettres radicales sh. h. d. lesquelles signifient la présence, le savoir et l’acte d’informer. Sa forme admet, selon les grammairiens, deux possibilités : d’être le nom actif (fâ’il) ou le nom passif (maf’ùl). Dans le premier cas, Shahid est l’intensif de shahid dont le sens général est d’être témoin. L’individu se veut témoin et agit dans ce sens. Pour le second, sa passivité est rendue positive par la sacralisation formulée dans les textes. La racine sh. h. d. se décline en plusieurs formes, lesquelles soulignent un champ lexical important. Celles-ci désignent des réalités différentes mais s’attachent au sens étymologique.

2 La notion de témoignage « Shahada » exprimée aussi par la racine sémitique sh. h. d. prend en langue arabe un sens capital. L’importance du témoignage en terre d’Islam, constitue la singularité de la religion coranique. Témoigner est un acte de foi, plusieurs fois répété dans le Coran. Dans la mort le doigt levé de la main droite[1] [1] L’importance du côté droit (ou de la main droite) sur...
 symbolise les paroles de la « Shahada ». Ainsi, dans l’Islam, la racine sh. h. d. est dans la profession de foi : shahada, qui est l’acte par lequel le musulman atteste (ashhadu) qu’il n’y a de Dieu que Dieu et que Mohamed est son prophète. Le martyr (chahid) est celui qui est mort d’avoir porté le témoignage. Le terme de martyr en grec comme témoin de Dieu mérite une attention particulière en Islam.

3 Cette définition a provoqué une confusion entre Islam et Chrétienté dans la conception du martyr. Structuré par le paradigme intensif « fa’il », donnée au martyr de la foi, la dénomination chahid (littéralement : « témoin ») ne recouvre pas la conception de celui qui témoigne par le sang dans la théologie chrétienne. Le corps du martyr en Islam passe au second plan dans la mesure où, comme le disent les versets, le martyr ne meurt jamais. « Ne dites pas que ceux qui sont tués dans la voie de Dieu sont morts. Non, ils sont vivants ; mais vous ne le comprenez pas » (Coran II. 149)[2] [2] Toutes les citations coraniques dans ce texte proviennent...
 Plus loin encore, ce verset de la sourate de la Génisse se répète dans la sourate Al-Ahram : « Ne crois surtout pas que ceux qui sont tués dans le chemin de Dieu sont morts. Ils sont vivants. Ils sont pourvus de biens auprès de leur seigneur. Ils sont heureux de la grâce que Dieu leur a accordée. Ils se réjouissent parce qu’ils savent que ceux qui viendront après eux et qui ne les ont pas encore rejoints n’éprouveront plus aucune crainte et qu’ils ne seront pas affligés ».

4 Cependant, il est certain que le Coran parle de récompense en faveur de ceux qui meurent pour la cause de Dieu (fi sabil Allâh). Le « shah’id » à pour signification dans la vulgate musulmane : celui qui combat au service de Dieu afin que la parole divine soit plus haute, jusqu’à ce qu’il soit tué.

5 Une confusion persiste chez les savants musulmans en ce qui concerne les hadith évoquant en « faveur martyr ». Pour les uns, l’évocation du martyr dépasse les 400 hadith (al-fayrûzabâdî). Pour les autres (al-Hindi), les hadith relatifs au djihad dépassent les 600.

6 Les hadith liés à ce qui provoque le « statut » de martyrs mérite une analyse approfondie surtout sur le plan sémantique. L’exemple du hadith « al-iq » est suffisant pour illustrer l’importance de cette étude.

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7 Selon Ibn Abbas, le prophète a dit : « celui qui tombe amoureux – tout en restant chaste et en se contentant – puis meurt sera considéré martyr »[3] [3] Tarikh Baghdâd, Vol. 5, p. 262. ...
 Ce hadith est écrit par al-Khatîb dans « at-târikh ». Al-Khatîb rapporte que selon Aisha : « Celui qui tombe amoureux tout en restant chaste puis meurt mourra martyr ». Une autre version de ce même hadith est noté par al-Daylamî : « Un amour sans défiance est une expiation des péchés ».

8 Ce hadith est abondamment populaire auprès des savants musulmans. Chacun à sa manière construit une figure du « martyr ». Il est difficile d’analyser les différentes questions liées à des différentes figures du martyr.

Les juristes musulmans et le martyr

9 L’imam al-shafi’î désigne le martyr comme : « celui qui est tué en combattant des mécréants et n’ayant comme motif que celui-là ». Il ajoute que le martyr est celui qui meurt pendant une bataille contre les mécréants. L’expression « pendant la bataille » s’exclut donc celui qui a survécu à cette bataille. Quant à l’expression « contre les mécréants », il exclut celui qui est mort lors d’une bataille opposant des musulmans entre eux, tels que les insurgés.

10 Quant à celui qui est mort en plein champ de bataille en voulant défendre sa vie et ses biens, Abû-Hanifa le considère martyr mais Al-Shafî’î dit ceci : « Bien qu’il puisse être nommé martyr, il ne demeure pas pour autant un martyr auquel il n’est pas fait de toilette ». Les Hanfîtes et al-Shafî’î, sont d’accord sur le fait que celui qui est tué lors d’une bataille l’opposant à des insurgés musulmans est considéré comme martyr, se referant à Ali. Ce dernier n’a pas procédé au lavage de ses compagnons.

11 Les juristes musulmans interprètent la tradition du prophète jusqu’à inventer un classement des martyrs. Ainsi, ils les partagent en deux camps. Les martyrs d’ici-bas et les martyrs de l’au-delà. Mais une question se pose alors : sur quel critère, ces juristes attribuent le statut de martyr ?

12 La tradition musulmane a apporté plusieurs critères dont les principaux sont les suivants :

  • Le martyr sera parmi ceux qui seront portés témoins avec le prophète pour ou contre les communautés précédentes.
  • L’âme du martyr sera aussi présente dans la maison de la paix et auprès de leur seigneur. Quant aux autres âmes, elles ne peuvent être au paradis qu’au jour du jugement dernier.
  • Le martyr est témoin de la vérité devant Dieu jusqu’à qu’il soit tué en l’attestant.
  • Le martyr voit les anges qui l’assistent au moment de sa mort ;
  • Ainsi Dieu et ses anges témoignent le mérite d’être au paradis…

Nous observons que toutes ces raisons apportées par les uns et les autres se résument sur un cas précis : le musulman mort en combattant. Mais, il existe d’autres catégories de martyrs. Pour illustrer ceci, nous citons deux exemples : Selon Hurayra, le prophète a dit : « les martyrs sont au nombre de cinq : l’homme mort suite à une maladie du ventre ; l’homme mort par la peste ; le noyé, le mort sous des décombres et enfin celui qui est mort au service de Dieu »[4] [4] Hadith rapporté par al-Boukhari (vol. 1, p. 167). ...
 13-Néanmoins, les juristes musulmans attribuent un statut particulier aux martyrs tombés aux champs de bataille. Ainsi, une abondante littérature traite des vertus du martyr : le Coran ; la sunnah et les récits historiques en discutent. Les jeunes musulmans font l’éloge. Exemples : Les péchés d’un martyr seront effacés. Les martyrs seront toujours vivants. Le jour de la résurrection, l’âme d’un martyr réintègre son corps.

14 Une majorité de jeunes islamistes voit dans la mort au combat le sommet des aspirations du croyant et la meilleure façon de quitter la vie. On dit souvent que le meilleur martyr est celui qui combat et meurt au premier rang. De ce fait, le martyr devient le moyen le plus efficace pour accéder au rang de modèle, de singularité[5] [5] Depuis le début des années 1990, nous observons la présence...
 Aujourd’hui, on emploie souvent la notion de martyr, kamikaze, bombe humaine, suicide bombers, le volontaire de la mort ou en arabe shahid, (shahida au féminin) ou tout simplement terroriste. L’emploi de ces mots n’est pas neutre et correspond autant à des univers de représentations culturelles et linguistiques qu’à des choix politiques.

15 Cette glorification coranique de l’image du martyr n’est pas l’apanage des combattants islamiques. Aussi bizarre que cela puisse paraître, le pouvoir l’invoque pour ses victimes dans le but de rappeler sa légitimité historique, fondée sur les martyrs de la guerre de libération. L’État invite à leur respect et à la glorification de leur héroïsme[6] [6] Il est fréquent d’entendre de nombreux dirigeants du...
 Ainsi, on décerne la médaille de martyr de la guerre de libération nationale à la mémoire des shouhada à leurs veuves et fils. C’est le cas des martyrs de la libération nationale en Algérie. Sans l’indépendance, ces shouhada auraient rejoint au mieux, la liste des historiques Imseblen[7] [7] Les imseblen sont des combattants qui, avant la bataille,...
 morts en 1857, 1871 ou lors d’autres guerres intestines, sans compter les morts des deux guerres mondiales dont il n’est pas de bon ton de parler et ceux de toutes les vendettas inter villageoises. Le terme Imseblen, antécédent à celui de chahid, montre que la notion de morts pour la patrie et pour Dieu, préexistait à l’indépendance nationale et explique la spécificité de la sacralité locale par rapport à ce que clame le national. Très peu de villages possèdent réellement des moudjahidin, lors même qu’ils ont connu un nombre conséquent de shouhada. Localement, (surtout au niveau villageois) la notion de chahid, comme celle d’imseblen, n’a comme consécration que la mort. La notion de moudjahid ou d’ancien combattant est une invention relativement récente, un compromis entre une notion religieuse et un concept national. Elle semble même empruntée aux anciens combattants des guerres mondiales européennes. Les termes de chahid et de moudjahid sont d’ailleurs trop scripturaires pour être employés et compris par le groupe social avant l’indépendance. A l’indépendance, l’intervention de l’État algérien à travers ses représentants, ALN (armée) et FLN (parti), marque la fin d’un système local de référence.

16 Le chahid, héros de la lutte pour l’indépendance, est le fondement de l’idéologie nationaliste algérienne, glorifié et instrumentalisé par le gouvernement. L’indépendance a imposé le constat suivant : L’Algérie, grâce à ses shouhada et ses moudjahidin, dans l’ALN et le FLN, a vaincu le colonialisme.

17 La question : sont-ils morts pour la patrie ou pour Dieu ? n’a pas de réponse. Ils sont morts pour Dieu au nom de la patrie et pour la patrie au nom de Dieu.

18 Le martyr tire sa substance de la religion (Islam), mais il est au-delà de la religion. La reprise de cette notion dans le vocabulaire politique et institutionnel de l’Algérie indépendante montre qu’elle n’échappe pas aux mutations que connaît le monde musulman depuis des siècles.

19 Les premières mutations du djihad et du chahid ne datent pas de l’irruption dans l’aire arabo-musulmane de l’État nation. Les premières questions sont internes à l’Islam. Elles datent de la rupture de l’unité islamique et de l’avènement à partir du II siècle/ VIII siècles d’États indépendants. La question est alors posée de la nomination des guerres survenues entre eux. Djihad ou non ? Par ailleurs, l’Islam a servi à légitimer la lutte des nouveaux croyants devenus dominants, le djihad s’accélère pour devenir « plus rapide et plus évident avec les dynasties omeyyade et abbaside »[8] [8] Arkoun Mohammed In : l’Islam : religion et société,...
suite
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20 Le second type de mutations que connaît le chahid est extérieur à la religion musulmane. Il est lié au rapport colonial. J.- P. Charnay écrit : « après les défaites de la période coloniale, le concept canonique de Djihad fut mis en sommeil en raison du malheur du temps dans la littérature nationaliste »[9] [9] Charnay Jean-Pierre, l’Islam et la guerre. De la guerre...
 La division du monde arabo-musulman en territoires divers et sous divers impérialismes définit le nouveau cadre de la résistance, du combat et n’efface pas les cadres préexistants.

En guise de conclusion

21 Les références coraniques et prophétiques sont nombreuses au sujet du martyr. Toutefois le débat se concentre sur la question de savoir quelle est la noble cause pour laquelle il est digne de se sacrifier ?

22 Il est important de faire la distinction entre l’Islam sunnite et l’Islam chi’îte quant à la place du martyr. Le chi’îsme a établi un corpus théorique mettant en avant le martyr[10] [10] Mohammad Ali Amir-Moezzi et Christian Jambet, Qu’est-ce...
 La tradition chi’îte a toujours cultivé le culte du martyr, en faisant de lui le militant de la justice sociale et politique. En revanche, le sunnisme, tend à faire du martyr un simple degré de singularité parmi d’autres. Certains sunnites comme Abd al-jabbar ira jusqu’à dévaloriser le martyr ; en s’appuyant sur des textes interdisant de souhaiter la mort de soi (ou à des autres) et le suicide[11] [11] Cet interdit du suicide est commun à toutes les religions...

Notes

[ 1] L’importance du côté droit (ou de la main droite) sur le côté gauche (ou de la main gauche) est liée à la symbolique liée à ces deux côtés et à ces deux mains. Le côté droit est considéré comme le côté pur, celui de la bienfaisance et de la grâce surnaturelle, tandis que le côté gauche, est celui des forces maléfiques et de la disgrâce, et est réputé « impur ». Dans la culture islamique, c’est la main droite qu’on pose sur le Coran pour prêter serment. C’est la main droite que l’on serre pour saluer ou qu’on utilise pour manger. La main gauche est celle utilisée pour nettoyer les impuretés. Sur cet aspect voir Atmane Aggoun, Les musulmans face à la mort en France, Éditions Vuibert, 2006, pp. 34-35.Retour

[ 2] Toutes les citations coraniques dans ce texte proviennent de la traduction de Jacques Berque, Le Coran, Essai de traduction, Paris, Albin Michel, 1995.Retour

[ 3] Tarikh Baghdâd, Vol. 5, p. 262.Retour

[ 4] Hadith rapporté par al-Boukhari (vol. 1, p. 167).Retour

[ 5] Depuis le début des années 1990, nous observons la présence de femmes dans des attentats suicides. A cet égard, voir les deux enquêtes sur la participation des femmes dans le cas de la Palestine et de la Tchétchénie. - Victor Barbara, Shahidas, les femmes Kamikazes de Palestine, Paris Flammarion, 2003. - Julia Yusik, Les fiancées d’Allah. Le drame des femmes Kamikazes tchétchènes, Ed de La cité, Paris 2003.Retour

[ 6] Il est fréquent d’entendre de nombreux dirigeants du Maghreb et du monde arabe, désignant l’Algérie comme le pays « du million et demi de martyrs ».Retour

[ 7] Les imseblen sont des combattants qui, avant la bataille, s’engageaient par serment collectif sur le Coran à lutter jusqu’à la mort. Sur cette figure « Imsebel-martyr », voir l’article de N. Robin, Revue Africaine, n° 8, année 1874, OPU Alger, p. 401.Retour

[ 8] Arkoun Mohammed In : l’Islam : religion et société, Paris : CERF, 1982, p. 60.Retour

[ 9] Charnay Jean-Pierre, l’Islam et la guerre. De la guerre juste à la révolution sainte, Paris : Fayard 1986, p. 13.Retour

[ 10] Mohammad Ali Amir-Moezzi et Christian Jambet, Qu’est-ce que le chi’îsme ?, Paris : Fayard, 2004, 387 p.Retour

[ 11] Cet interdit du suicide est commun à toutes les religions monothéistes et considéré comme un des plus grands péchés que puisse commettre un croyant.Retour

Atmane Aggoun « Le Martyr en Islam. Considérations générales », Etudes sur la mort 2/2006 (n° 130), p. 55-60.

 

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