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L’homme et la femme dès leur création dans le Hadith

Les récits et les hadiths sur la création d’Adam et d’Ève, de même que ceux qui traitent de la façon dont s’est opérée la multiplication de leur progéniture, sont divergents. Cependant, on peut remarquer que dès la création du premier couple de l’humanité, les jalons des rapports homme-femme ont été posés. L’histoire de la création d’Adam et d’Ève, malgré les divergences qui marquent ses péripéties, nous permet d’entrevoir les prémices de ces rapports qui sont, dès le départ, fonction de la nature différente de chacun des deux conjoints.

Ainsi, Zurârah Ibn A‘yan rapporte que lorsqu’on dit à l’Imam al-Sâdiq (p) qu’il y avait des gens qui affirmaient qu’Allah –Il est puissant et sublime- créa Hawwâ’ de la dernière côte gauche d’Adam, l’Imam (p) dit : « Allah est au-dessus et éloigné de telles affirmations. Ceux qui disent de pareilles choses insinueraient qu’Allah –Il est béni et exalté- aurait été incapable de créer pour Adam une épouse autrement que de sa côte, et permettraient par conséquent aux mauvaises langues de dire qu’Adam accomplissait le coїt entre ses différentes parties, si Ève avait été créée de sa côte! Qu’ont-ils donc ces gens pour parler ainsi! Qu’Allah soit arbitre entre eux et nous!» Et l’Imam al-Sâdiq (p) d’expliquer (de relater l’histoire de la création) : «Lorsqu’Allah –Il est béni et exalté- a créé Adam d’argile et qu’Il a demandé aux Anges de se prosterner devant lui, Il l’a mis en état de sommeil. Puis Il a créé pour lui Hawwâ’ (Ève) et l’a placée dans le creux qui se trouve entre ses deux fémurs, afin que la femme dépende de l’homme. Ève se mit alors à bouger et Adam s’est rendu compte de son mouvement. Là on demanda à Ève de s’écarter de lui. Adam la regarda et vit une belle créature qui lui ressemblait, sauf qu’elle était femelle. Il lui parla et elle lui répondit dans son langage. Il lui demanda : « Qui es-tu? » Elle répondit : « Une créature qu’Allah a créée comme tu vois ». Adam dit alors : « Ô Seigneur ! Qui est cette belle créature dont la proximité et la vue me font plaisir? » Allah –Il est béni et exalté- Dit : « Ö Adam ! Elle est mon esclave Hawwâ’ ! Aimerais-tu qu’elle soit avec toi pour te faire plaisir, te parler et dépendre de toi ? » Adam répondit : «Oui, Seigneur! Et je Te remercierai et je Te louangerai pour cela tant que je vivrai ». Allah-Il est puissant et sublime- lui dit : « Demande-Moi alors de t’accorder sa main, car elle est Mon esclave et elle pourrait être ton épouse pour satisfaire ton désir aussi. » Allah plaça alors le désir en lui, après lui avoir appris toutes choses auparavant. Adam dit : «Je Te demande de m’accorder sa main, ô Seigneur. Et que dois-je faire pour obtenir Ton consentement ? » Allah –Il est puissant et sublime- lui répondit : «Tu as Mon consentement contre ton engagement de lui apprendre les aspects de Ma Religion ». Adam répondit : «Je m’y engage, si telle est Ta Volonté me concernant ». Allah –Il est puissant et sublime- dit : «Oui, Je le veux et Je vous marie. Étreins-la donc ». Sur ce, Adam interpella Ève : «Viens près de moi ». Elle répondit : «Non, c’est à toi de venir vers moi ». Allah –Il est puissant et sublime- ordonna à Adam d’aller vers elle, sans quoi, les femmes eussent dû prendre l’initiative elles-mêmes d’aller vers les hommes pour leur demander leur main. Telle est l’histoire d’Ève –que les prières d’Allah soient sur elle. »[12]

Al-Çadûq, qui cite ce hadith, commentant le verset coranique suivant : « Ô hommes! Craignez votre Seigneur qui vous a créés d'un seul être, et a créé de celui-ci son épouse, et qui de ces deux-là a fait répandre (sur la terre) beaucoup d'hommes et de femmes»[13] dit : «Selon le Hadith, Allah –Il est puissant et sublime- a créé de l’argile de cet être son épouse… »[14] avant d’ajouter : «Quant au hadith qui indique qu’Ève a été créée de la côte gauche d’Adam, il est juste et signifie qu’elle a été créée de l’argile amputée de la côte gauche d’Adam, raison pour laquelle l’homme a une côte de moins que la femme »[15].

Concernant la continuation de la dynastie d’Adam et de sa progéniture, al-Çadûq, citant Zurârah, écrit : «Selon l’Imam al-Sâdiq (p), Adam eut un enfant nommé Chîth, ou Hibat-ullâh en arabe (le Don d’Allah). Il fut le premier héritier-présomptif (waçiy) humain sur terre. Puis, il eut un second fils, Yâfith. Lorsque les deux fils eurent atteint la puberté, Allah –Il est puissant et sublime- voulant assurer la multiplication et la continuation du genre humain, d’une part, l’interdiction du mariage entre frères et sœurs, d’autre part, fit descendre du Paradis l’après-midi du jeudi, une houri nommée Nazlah, et ordonna à Adam de la marier à Chîth. Ce fut fait. Ensuite, le lendemain après-midi, Allah –Il est puissant et sublime- fit descendre du Paradis une autre houri appelée Manzilah et Il ordonna à Adam de la marier à Yâfith. De ces mariages, Chîth eut un garçon et Yâfith une fille. Lorsque les deux enfants nés ainsi atteignirent la puberté, Allah-Il est puissant et sublime- ordonna à Adam de marier la fille de Yâfith au fils de Chîth. Adam exécuta la Volonté d’Allah. L’élite de prophètes et d’envoyés naquit de la descendance de ce dernier couple. Qu’Allah nous préserve de ce qu’on insinue au sujet du mariage entre frères et sœurs. »[16]

Selon un autre hadith rapporté par Burayd al-‘Ijlî et attribué à l’Imam Abû Ja‘far : «Allah –Il est béni et exalté- fit descendre du Paradis une houri auprès d’Adam, lequel la maria à l’un de ses deux fils, et il maria l’autre à la fille d’un djinn. Il s’ensuivit que la beauté que l’on remarque chez les gens remonte à la houri, et la laideur à la fille du djinn »[17].

Abdullah Ibn Yazid Ibn Salâm rapporte qu’il demanda au Messager d’Allah (P) :

- Informe-moi si c’est Adam qui a été créé d’Ève ou bien si c’est celle-ci qui a été créée de celui-là ?

- « Non c’est Ève qui a été créée d’Adam, autrement, si Adam avait été créé d’Ève, le divorce aurait été entre les mains des femmes et non des hommes », répondit-il (p).

- Fut-elle créée de tout son corps ou d’une partie de lui ? lui demandai-je.

- D’une partie de son corps, autrement, si elle avait été créée de la totalité de sa personne, le talion aurait été prescrit contre les femmes à l’instar des hommes » répondit-il (P).

- A-t-elle été créée de son extérieur ou de son intérieur, lui demandai-je?

- De son intérieur, car si elle avait été créée de son extérieur, les femmes se seraient découvertes, comme les hommes, et c’est justement la raison pour laquelle les femmes doivent se couvrir, répondit-il (P).

- A-t-elle été créée de son côté droit ou gauche? lui demandai-je.

- De son côté gauche; car si elle avait été créée de son côté droit, la femme aurait droit au double de sa part dans l’héritage, et c’est justement la raison pour laquelle la femme a droit à une part contre deux parts à l’homme et le témoignage de deux femmes vaut celui d’un seul homme, répondit-il (P).

- De quelle partie de lui a-t-elle été créée? lui demandai-je.

- De l’excédent (reste) de l’argile de sa côte gauche, répondit-il (P).

- Tu as dit la vérité, ô Mohammad ! lui dit-il…[18]

Comme on peut le constater, il ressort de ce qui précède qu’il y a deux avis apparemment divergents sur la création d’Ève : l’un laisse entendre qu’elle a été créée de la côte d’Adam, l’autre du reste de l’argile de sa côte.

L’auteur d’al-Hadâ’iq al-Nâdhirah qui a réuni et confronté les deux séries de hadiths apparemment opposées, explique cette opposition de façade par deux probabilités :

1- Les hadiths qui indiquent qu’Ève a été créée de la côte d’Adam, ont été émis par taqiyyah (par souci de ne pas contredire la version adoptée officiellement par le pouvoir califal).

2- L’expression « créée de sa côte gauche » est une métonymie[19] de l’expression «créée de l’argile de sa côte gauche », auquel cas l’opposition à la version officielle du pouvoir califal est une opposition à la façon de comprendre la signification du hadith.[20]

Une autre opinion

Mais concernant la multiplication de la deuxième génération humaine, après Adam et Ève, al-‘Allâmah Muhammad Hussein al-Tabâtabâ’î, commentant le premier verset précité de la Sourate al-Nissâ’ dans son Tafsîr al-Mîzân, écrit[21] :

« La première génération humaine fut formée d’Adam et d’Ève qui s’accouplèrent et donnèrent naissance à des filles et des garçons (frères et sœurs). La question qui se pose est de savoir si ces derniers se multiplièrent en se mariant entre eux (entre frères et sœurs) ou autrement ? Si l’on s’en tient à l’apparence de la Parole d’Allah «et de ces deux-là a fait répandre (sur la terre) beaucoup d'hommes et de femmes » qui est exprimée dans un mode général sans restriction ni précision, on comprend que le genre humain remonte à Adam et Ève à l’exclusion de toute autre participation male ou femelle. Le Coran ne mentionne comme origine de la multiplication que ces deux-là. Et s’il y avait une participation d’autres éléments ou êtres, il aurait dit : «de ces deux-là et d’autres a fait répandre beaucoup d’hommes et de femmes.» ou utilisé toute autre expression adéquates qui dénotent cet état. Or, il est évident que le fait de restreindre le principe de progéniture ou de descendance à Adam et son épouse implique le mariage entre leurs fils et filles.

» Quant au fait qu’un tel mariage a été prohibé aussi bien en Islam qu’au sein des précédentes législations, cette prohibition a un caractère législatif qui peut changer selon les circonstances et non constitutionnel et immuable. C’est Allah –qu’Il soit glorifié- qui en décide, Il fait et juge selon Sa Volonté[22]. Il est possible qu’Il l’autorise un jour, s’il y a une nécessité à cela, et qu’Il l’interdise par la suite si cette nécessité disparaîtrait et que son maintien serait un motif de la propagation de la turpitude dans la société.

» D’autre part, l’objection selon laquelle un tel mariage incestueux serait contraire à la nature innée (fitrah) et à la religion divine qu’Allah a révélée à Ses prophètes, laquelle est une religion innée (fitrî), comme l’atteste le verset coranique : «Dirige tout ton être vers la religion exclusivement [pour Allah], telle est la nature qu'Allah a originellement donnée aux hommes - pas de changement à la création d'Allah -... »[23] est irrecevable, car la nature innée ne la renie ni n’appelle à s’y opposer en tant que telle, mais le déteste et le rejette en tant qu’un facteur conduisant à la propagation de la turpitude et le blâmable, et à l’abolition de l’instinct de la chasteté au sein de la société humaine. Il est évident que ce type de relations (mariage entre frère et sœurs) peut être qualifie à juste titre de turpitude et de libertinage, lorsqu’il s’agit de la société humaine constituée, telle notre société universelle, mais un tel qualificatif ne s’applique certainement pas au groupe constitué exclusivement de frères et sœurs que la Volonté d’Allah décida de multiplier.

» La preuve que la nature innée ne répugne pas instinctivement à cette relation incestueuse, est que les Mages la pratiquèrent pendant de longues époques, comme nous l’apprend l’histoire, qu’elle était répandue en Russie légalement (d’après ce que l’on dit), et illégalement en Europe »[24].

(N.B. Tous les hadiths précédés d’un (*) sont de source sunnite)

[1] Wasâ’il al-Chî‘ah, 20/307, hadith 1 ; Al-Kâfî, 5/541, h. 4 ; Al-Mahâsin, 107/93.

[2] Voir à cet égard l’opinion de l’Ayâtollah al-Sisatni, par exemple : 2e Partie, p. 174, Regarder les femmes non-mahram, Articles 772-775.

[3] Al-Wasâ’il,  tome 20, p. 26, hadith 6  :

" أوّل ما عُصي الله تعالى بستّ خصال : حبّ الدنيا ، وحبّ الرئاسة ، وحبّ النوم ، وحبّ النساء ، وحبّ الطعام ، وحبّ الراحة "

[4] Bihâr al-Anwâr, 100/252.

[5] Wasâ’il al-Chî‘ah, 20/35, hadith  6 ; Al-Khiçâl,  3/247, h.  1137.

[6] Wasâ’il al-Chî‘ah, 20/22, hadith 4 ; Al-Kâfî, 5/321, h.  6   : "مااُحبّ من دنياكم إلاّ النساء والطيب"

[7] Al-Faqîh, tome 3, p. 24.

اكثر الخير في النساء

[8]  Al-Kâfî, tome 5, p. 320 . 

      « ما اظن رجلاً يزداد في الايمان خيراً الا ازداد حباً للنساء »

[9] Wasa’il al-Chî‘ah,  20/33, h. 16 ; Ma‘ânî al-Akhbâr, 144.

عن الإمام الصادق (ع) قال : "إنَّما المرأة قلادة ، فانظر ما تتقلد، وليس للمرأة خطر ، لا لِصالحتهنَّ ولا لِطالحتهنَّ ، فأما صالحتهنَّ فليس خطرها الذهب والفضة ، هي خيرمن الذهب والفضة ، وأما طالحتهنَّ فليس خطرها التراب ، التراب خير منها"

 

[10] Makârim al-Akhlâq, op. cit., 8e Partie, Chap. 1, p. 197.

[11] Id. Ibid, op. cit., p. 196.

[12] Man Lâ Yâh-dhurhu-l-Faqîh, 3/270, hadith 1/1133, bâb Bid’-il-Nikâh wa açlihi, Chapitre : “Le  commencement du mariage et son origine”. 

[13] Sourate al-Nisâ’, 1/3.

[14] Man Lâ Yâh-dhurhu-l-Faqîh, 3/271, hadith 3/1134, bâb Bid’-il-Nikâh wa açlihi, Chapitre : “Le  commencement du mariage et son origine”. 

[15] Idem, hadith 3/1135.

[16] Idem,  hadith 4/1136.

[17] Idem, hadith 5/1137.

[18] ‘Ilal al-Charâ’i‘, p. 470, h 31, bâb Al-Nawâdir ; et Bihâr al-Anwâr, 11-101.  

[19] métonymie : figure de rhétorique, procédé de langage par lequel on exprime un concept au moyen d'un terme désignant un autre concept qui lui est uni par une relation nécessaire (la cause pour l'effet, le contenant pour le contenu, le signe pour la chose signifiée). Ex. boire un verre (le contenu), ameuter la ville (les habitants). (Le Petit Robert).

[20] Al-Hadâ’iq al-Nâdhirah, 23/7.

[21] Al-Mîzân Fî Tafsîr al-Qur’ân, al-‘Allâmah al-Sayyed Muhammad Hussein al-Tabâtabâ’î, tome IV, pp. 144-145, tafsîr du verset 1 de la sourate al-Nisâ’. 

[22] - « C'est Allah qui juge et personne ne peut s'opposer à Son jugement » (sourate al-Ra‘d, 13/41) :

وَاللَّهُ يَحْكُمُ لاَ مُعَقِّبَ لِحُكْمِهِ

- « Le pouvoir n'appartient qu’à Allah » (Sourate Yûsuf, 12/40) : 

إِنْ الْحُكْمُ إِلاَّ لِلَّهِ

- « et Il n'associe personn à Son Commanadement », (sourate al-Kahf, 26/18)

وَلاَ يُشْرِكُ فِي حُكْمِهِ أَحَدًا

- « C'est lui Allah. Pas de divinité à part Lui. A Lui la louange ici-bas comme dans l'au-delà. A Lui appartient le jugement. Et vers Lui vous serez ramenés »(Sourate al-Qaçaç, 70/28)

وَهُوَ اللَّهُ لاَ إِلَهَ إِلاَّ هُوَ لَهُ الْحَمْدُ فِي الْأُولَى وَالآخِرَةِ وَلَهُ الْحُكْمُ وَإِلَيْهِ تُرْجَعُونَ

[23] Sourate al-Rûm. 30/30 :

فَأَقِمْ وَجْهَكَ لِلدِّينِ حَنِيفًا فِطْرَةَ اللَّهِ الَّتِي فَطَرَ النَّاسَ عَلَيْهَا لاَ تَبْدِيلَ لِخَلْقِ اللَّهِ ذَلِكَ الدِّينُ الْقَيِّمُ

[24] L’une des coutumes répandues en Europe et en Amérique est que les filles perdent leur virginité avant le mariage et avant d’atteindre l’âge de la majorité légale. Or selon les statistiques dans beaucoup de cas, cette perte de virginité est causée par les pères ou les frères.

http://bostani.com/livre/la-femme-dans-le-hadith.htm

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