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Les Juifs entre Chrétienté et Islam


JACQUES HALBRONN

Depuis la fin du XIXe siècle, le Christianisme et l’Islam ont chacun un problème avec les Juifs, de nature, il est vrai, bien différente. Chacun, à sa façon, a rêvé de les faire disparaître, sans vraiment y parvenir, de la Shoah à l’Intifada.

Pour les musulmans, ce qui est insupportable, ce n’est pas l’existence d’un Etat Juif enclavé dans le monde arabe, prix jugé exorbitant de l’aide des Britanniques à leur libération du joug ottoman.(cf. notre article sur l’Histoire du partage de la Palestine, sur ce site), c’est la violence collective des Israéliens.

Pour les chrétiens, ce qui est insupportable, ce n’est pas la présence minoritaire des juifs parmi eux, c’est le génie individuel de certains juifs.

Deux réalités imprévisibles, il y a encore deux siècles, l’une comme l’autre et qui hantent ces deux civilisations jusqu’à la folie..

De fait, il n’y a plus un peuple juif mais deux, aux manifestations si différentes et cela constitue un double défi que le XXIe siècle devra apprendre à gérer.

La violence israélienne

Ce qui se passe en Palestine/Israël est cauchemardesque pour la culture musulmane qui n’aurait jamais imaginé que les Juifs en arriveraient là, en terme de puissance, en terme de violence.

Mais si ce qui se passe est insoutenable, c’est bien parce que les musulmans idolâtrent la force qui est toujours un don d’Allah. Et que les Israéliens les battent à leur propre jeu, avec leurs propres valeurs.

Le rêve des Arabes n’est nullement de détruire les Juifs en tant qu’individus mais en tant qu’entité étatique, il est en fait de les réduire à un état de faiblesse, de précarité, dans un contexte bien différent de celui qui leur est offert par le monde chrétien ou post-chrétien. On imagine pas un Einstein juif en pays musulman.

Comment les arabes nieraient l’importance qu’ils accordent à la force – ne se sont-ils pas soumis à celle des Turcs dont on a fini par se débarrasser mais à la place a émergé, en quelque sorte dans la continuité, l’Etat Juif, un cadeau empoisonné des Anglais dont, au départ, les Arabes, n’imaginaient nullement ce qu’il en adviendrait et c’est pour cela qu’ils ne protestèrent guère, dans les années Vingt : cette entité ne pèserait pas lourd et on en ferait ce qu’on voudrait. Et 1948, lors du refus du plan de partage de l’ONU par les Arabes, aurait fort bien pu être une sorte de réplique de la Shoah, dont on venait à peine de faire le terrible bilan. Imaginons qu’en une même décennie, juifs du monde chrétien et juifs du monde musulman aient été anéantis !

La guerre est une valeur arabe, c’est par la guerre "sainte" que l’Islam s’est étendu au Moyen Age sur toute une partie du monde. La guerre est donc l’instrument d’Allah. Et dès lors pourquoi Allah donne-t-il la victoire aux Israéliens ? On n’est pas loin d’un problème théologique... Chaque civilisation a les Juifs qu’elle mérite : le monde arabe a les Israéliens, parlant une langue proche de l’arabe, un alphabet anciennement connu dans la région bien avant l’arrivée de l’Islam.. Comme ils doivent détester cet alphabet, cette langue cousine !

Comme écrivait, il y a quarante ans, le sociologue Georges Friedmann, (Fin du peuple juif ? ; Idées, Gallimard), si peu de temps pourtant après la création de l’Etat Hébreu, mais pouvant faire le bilan d’un juif déjà formé par des décennies de présence, sous le mandat, un juif d’un type nouveau émerge en Israël dont, selon nous, on ne perçoit la véritable dimension que de nos jours, quand on tente de décoder ce qui s’est passé depuis le diagnostic de Friedman. Et en fait, ce n’est pas tant un juif nouveau qui émerge qu’une communauté juive nouvelle dont la structure n’a rien à voir avec celle des juifs au sein du monde chrétien. C’est un nouveau collectif juif en dialectique avec l’autre tant il est vrai que toute réalité est double.

Peu nous importe ici si ce collectif israélien s’est ; à l’origine, forgé à partir de juifs issus du monde chrétien et notamment orthodoxe. Ce qui compte, c’est ce qu’ils sont devenus dans ce contexte, face à un non juif musulman ou arabo-chrétien. Les juifs israéliens ne sont-ils pas en effet ce que les arabes en ont fait ? Comme nous le disions : on a les Juifs que l’on mérite..

On en arrive, en effet, à la conclusion, c’est qu’on ne voit pas pourquoi la situation changerait ou devrait changer : juifs et arabes parlent, collectivement au travers de leurs chefs, une même langue, la force physique, celle qui passe par le feu et le sang. Dont acte. Nous n’avons pas à juger.

Le génie diasporique

Passons à l’autre pôle juif, à l’autre collectif – cette fois en terre chrétienne – pour bien consolider notre parallèle et la thèse d’une double judéité, occidentale et orientale, d’un autre défi que les juifs ont su relever. Là encore, rien qui ait pu être prévu il y a deux cents ans.

L’Emancipation des juifs de 1791 en France, c’est un peu la Déclaration Balfour anglaise de 1917 – on notera à l’intention des amateurs de kabbale, que ce sont les mêmes chiffres- et en ce sens on pourra dire, schématiquement, que la France a fait naître le nouveau juif en monde chrétien et l’Angleterre le nouveau juif en monde islamique. Deux pays qui quelque part ont voulu lier leur Histoire à celle du destin juif.

Mais le défi, au lendemain de la Révolution n’avait rien à voir avec la création d’un Etat Juif et les juifs étaient simplement conviés à participer modestement et individuellement à cette épistémologie de la modernité qui allait de plus en plus éloignait monde chrétien et monde musulman. C’est que les valeurs de l’Occident chrétien passaient non pas, comme celle de l’Orient musulman, par la force mais par l’intelligence.

Le cauchemar du chrétien sera, quant à lui, de voir ces juifs acquérir une place croissante au sein de l’intelligentsia chrétienne, dans une civilisation qui idolâtre la performance individuelle du chercheur, du créateur. Si peu de juifs, dont on parle trop et que les antisémites se hâtent de rassembler sur le papier, en dressant des inventaires ou dans des camps dits de concentration.. Face aux valeurs du monde chrétien, au sens wébérien, les juifs assurent et on ne voit pas vraiment que cela change à l’avenir. On a les Juifs que l’on mérite et rien ne saurait mieux distinguer qu’Orient et Occident que le destin des communautés juives respectives : rappelons que le monde arabe a fini par évacuer à peu près tous ces juifs, les polarisant, en partie, d’ailleurs, vers l’Etat Juif. Rien de tel pour le monde chrétien, se prolongeant vers le continent américain, lui-même, fortement chrétien, et ce en dépit des entreprises hitlériennes ou staliniennes qui cessèrent il y a un demi siècle.

Il semble bien que la logique du judaïsme en monde arabe soit la concentration au profit d’un Etat Juif Léviathan alors que la logique du judaïsme en monde chrétien, soit la dispersion, la présence individuelle en tout lieu où quelque chose, artistiquement, intellectuellement, se passe. C’est ainsi que le Juif se fait véritablement respecter en Occident tout comme, il faut s’en faire une raison, il n’est respecté en Orient que par sa puissance concentrée. On a les juifs que l’on mérite.

Constatons ainsi que l’Etat Juif n’a jamais été un problème pour la Chrétienté, il ne l’a jamais affronté, c’est devenu pour elle, après les exaltations messianiques, un épiphénomène, un nationalisme de plus.. Le vrai défi pour ce monde chrétien, c’est l’émergence de nouveaux prophètes qui s’affirment selon des valeurs que l’Occident a forgées. A contrario, il ne faut pas s’attendre à ce que l’individu juif puisse s’épanouir, par son génie, en Orient car l’idée d’une pensée intellectuellement révolutionnaire est étrangère à cette civilisation. On a les Juifs que l’on mérite.

Juifs d’Orient, juifs d’Occident

C’est dire que la présence musulmane en France pourrait faire problème, si les Musulmans n’adoptaient pas les valeurs de l’Occident. On a déjà affaire à bien des interférences à commencer par l’identification, aux yeux des arabes sur le territoire français, des juifs d’Occident avec les juifs d’Orient (dans notre langage désormais, ceux d’ Israël).

Il importe, pédagogiquement, de bien expliquer ce qui distingue selon notre terminologie Juifs d’Orient et Juifs d’Occident, d’expliquer la différence des valeurs et des enjeux. On peut, au demeurant être fier de l’une ou l’autre de ces appartenances car chacune offre un caractère prométhéen, qui recoupe quelque part, dans un cas comme dans l’autre, celle de peuple élu.

Herzl avait compris, confusément, la nécessité de former un second pôle, le sionisme au bout du compte, c’est la mise en place de cet autre pôle. A chaque juif de se déterminer par rapport à l’un ou l’autre de ces pôles, par rapport à un double espace. Car il y a besoin pour le monde juif d’une alternative.

On nous dira : mais la situation telle qu’elle est ne peut pas perdurer ! Qu’est-ce à dire que le monde doit cesser de rechercher l’excellence au niveau scientifique ? Ignore-t-on ce qu’a d’agressif et de cruel la rivalité entre chercheurs ? Cette cruauté, il nous faut l’assumer. Et quant à l’autre conflictualité, qui est lié non pas au verbe mais à la force brute, après tout, dirons-nous cyniquement, qu’elle n’habite plus le monde judéo-chrétien et qu’elle se cantonne dans le monde judéo-arabe, comme un abcès de fixation.. On a les défis que l’on mérite.

Reste la question de la coexistence entre Orient et Occident : ne risque-t-on pas que l’Orient soit soumis indéfiniment à l’Occident en matière technologique mais ne risque-t-on pas aussi, tôt ou tard, à ce que l’Occident ne puisse plus affronter les guerres sales et soit contraint de subir un certaine chantage, en tout cas une certaine pression ? Comment dès lors ne pas voir que le pont entre Orient et Occident passe par les deux mondes juifs que nous avons décrits ?

Si les Musulmans appartiennent fondamentalement à l’Orient, en revanche, on vient de le montrer, les Juifs sont des acteurs majeurs tant de l’Orient que de l’Occident. Les Juifs en Occident sont loin de n’être qu’une minorité parmi cent autres. Ce serait là un grave contresens et que la Shoah ait au moins servi à en souligner la spécificité.

Les musulmans vivant en Europe sont dans la même situation que les juifs dans le monde arabe, ils y constituent, si l’on veut, une enclave et celle-ci ne saurait être tolérée en France notamment que si l’on reconnaît la légitimité de l’Etat d’Israël au Moyen Orient. En un certain sens, les émigrés arabes sont les israéliens de l’Europe.

 

Il faudrait opposer le Juif et l’européen, le Juif et le chrétien mais pas le Juif et le français ou le Juif et le russe. Car ce qui oppose le juif à l’autre, c’est une civilisation et non pas une culture. Le juif français est partie prenante de la culture française, il peut s’enraciner dans son histoire séculaire. Il est donc français à part entière. En revanche, il est l’autre du Chrétien, il est l’autre de l’Européen, si l’on considère l’Europe comme le lieu par excellence de la Chrétienté (catholique, protestante, orthodoxe). Autrement dit, en tant que juif, je n’ai pas à tolérer qu’on discute de ma francité, en revanche, je dois admettre ma judéité au sein de l’ensemble Europe. Je suis français et je suis juif d’Europe.

Le vrai combat pour les Juifs de ce début du Troisième Millénaire, c’est avant tout de dénoncer tout négationnisme qui reste la forme la plus redoutable et la plus sournois de l’antisémitisme car elle se dissimule derrière une laïcité doucereuse.

Les Juifs sont à la charnière de deux univers complémentaires et qui correspondent à la dialectique du corps (Orient) et de l’esprit (Occident), du masculin et du féminin. Il y a plusieurs façons de démontrer quelque chose : par des équations sur un tableau ou par des tanks (combien de divisions ?). On sent bien qu’au Proche Orient, la force prime – en tout cas la dimension collective l’emporte sur l’individuelle – des deux côtés, ce qui n’est pas, au sens darwinien, totalement faux. L’Humanité – mais nous nous sommes cantonnés ici au monde dit monothéiste, constitué autour de la Méditerranée – doit maintenir en en approfondissant la portée, cette double problématique, faute de quoi elle retomberait dans la barbarie ou plongerait dans un monde virtuel de type Matrix, film remarquable qui met bien en évidence certains enjeux de notre propos.

 

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