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Pourquoi l'Arabie Saoudite ne peut pas intervenir en Palestine

Drapeau de larabie saoudite

L’Arabie saoudite s’implique de plus en plus dans le conflit syrien. Le rôle de cet allié des Etats-Unis est plus qu’ambivalent. Mais ce rapprochement historique entre Riad et Washington ne plaît pas forcément dans le Proche et le Moyen-Orient. Analyse de l’influence saoudienne dans la région.

Le Proche et Moyen-Orient sont une poudrière. Les anciens régimes s’effondrent, les frontières se fissurent, les rapports de force changent. Autant de bouleversements qui contraignent l’Arabie saoudite à agir. Depuis la chute de Saddam Hussein, ce royaume strictement sunnite a perdu de son influence hors de ses frontières. En Iran, en Irak, en Syrie et dans les territoires libanais dominés par le Hezbollah, l’autorité des Chiites grandit. Dans le conflit syrien, l’Arabie saoudite, alliée des Etats-Unis, s’emploie à présent à faire tomber le régime de Damas et, par la même occasion, à fragiliser l’Iran. Dans cette région du monde, Riyad et Téhéran se livrent en effet une concurrence acharnée pour la suprématie. L’alliance étroite entre les Etats-Unis et l’Arabie saoudite répond aux intérêts des deux pays. Mais elle est plus problématique que jamais.

Une collaboration efficace

L’Arabie saoudite reconnaît le droit à l’existence d’Israël. Ses services secrets collaborent même étroitement avec ceux de Jérusalem, notamment dans l’échange d’informations sur le programme nucléaire iranien. Selon certaines rumeurs, dans le cas d’attaques contre les installations nucléaires iraniennes, l’Arabie saoudite serait disposée à laisser les avions israéliens survoler son territoire. Le royaume collabore économiquement avec les Etats-Unis depuis plusieurs décennies et il s’est souvent avéré être un allié fiable.

Comment les Etats-Unis sont arrivés en Arabie saoudite ?

Les Américains sont attirés dans le désert par le pétrole. Dans les années 30, le roi Ibn Saoud concède à la compagnie Standard Oil of California une première autorisation de forage. L’Arabie saoudite, qui n’a jamais été colonisée, est ce territoire vierge d’influence dont les Etats-Unis ont grand besoin. Depuis la fin de l’empire ottoman, d’autres territoires arabes sont en effet sous domination britannique et française. Le premier grand champ de pétrole sera découvert en 1938. La Aramco – Arabian American Oil Company- est fondée en 1944.

De Roosevelt à la doctrine Carter

Le pétrole est le carburant de la Seconde Guerre mondiale. En 1945, le président américain Théodore Roosevelt et le roi Ibn Saoud instaurent une relation étroite entre leurs deux pays. 35 ans plus tard, le président Jimmy Carter définit le Golfe Persique comme une région « vitale » pour les Etats-Unis. Dès lors, toute tentative d’une autre puissance d’en gagner le contrôle sera contrecarrée, au besoin par des moyens militaires. Cette stratégie, appelée doctrine Carter dans les années 80, est toujours d’actualité. Après 1945, les deux alliés, bien que de force inégale, livreront de nombreux combats communs : contre le socialisme arabe de Nasser en Egypte, contre le communisme et l’Union soviétique, contre Khomeiny et les régimes baasistes, et aujourd’hui contre la Syrie. Depuis la première guerre du Golfe, des troupes américaines sont stationnées en Arabie saoudite. L’armée du royaume ne compte que 115.000 hommes.

Au-delà du pétrole

En contrepartie, l’Arabie saoudite bénéficie des retombées économiques du pétrole. Ces revenus assurent le train de vie de la famille dirigeante qui compte entre 6.000 et 20.000 personnes. Ils permettent aussi à la dynastie Saoud de financer ses vassaux et d’asseoir ainsi son pouvoir. Les descendants des bédouins, peu enclins au travail physique, confient de nombreuses tâches à des travailleurs étrangers et à des Chiites du nord-est.

Le budget de l’Etat est directement déterminé par le cours du pétrole et la quantité d’or noir extraite. Cette situation de dépendance n’évolue que lentement. De nouveaux secteurs d’activité apparaissent. A deux pas des lieux de culte de La Mecque, des centres commerciaux accueillent les fidèles du monde entiers. Selon le magazine « The Middleeast », les hommes d’affaires saoudiens auraient investi aux Etats-Unis leurs réserves de revenus générées au plus fort du boom pétrolier, soit un total de 700 milliards de dollars.

Vers un wahhabisme éternel ?

En dehors de leurs intérêts, les Etats-Unis et l’Arabie saoudite n’ont rien en commun. Les antagonismes ne pourraient pas être plus grands. L’Arabie saoudite est un Etat autocratique, dirigé par une seule famille. La vie quotidienne est réglementée par des lois rigides, dont l’application est contrôlée par les services de sécurité et la police religieuse.

Une telle prévalence de la religion est unique au monde. Elle remonte à la fondation de la dynastie Saoud en 1744 qui a instauré en religion d’Etat le wahhabisme, une forme radicale de l’Islam basée sur l’application stricte du Coran et de la sunna. La protection et la promotion de la religion sont garanties par l’Etat saoudien. Cette symbiose entre Etat et spiritualité confère un large pouvoir au souverain. Un pouvoir qui suppose pourtant que les sujets saoudiens acceptent le principe de cette symbiose et que la raison d’Etat ne contrevienne pas aux principes du wahhabisme.

L’histoire, matière inflammable

Le wahhabisme a vocation à s’étendre. Son enthousiasme missionnaire est intact, et permet depuis 1744 à Ibn Saoud et ses descendants d’asseoir leur domination sur la péninsule arabique. C’est de ces descendants qui a fondé l’Ikhwan, une milice religieuse extrêmement utile avant de s’avérer encombrante et d’être écrasée par l’armée en 1929. Mais en Arabie saoudite, l’esprit de ces miliciens religieux perdure. Il est le levier du djihadisme. L’expansion de la charia se fait en partie par la violence, notamment par le biais d’Al-Qaida, ce qui constitue une menace pour la maison royale. Mais la charia est également promue par l’Etat et par de riches mécènes qui investissent dans des œuvres de charité et la construction de gigantesques mosquées en Bosnie, en Allemagne, en France et dans le monde entier. Selon le magazine « Internationale Politik », l’Arabie saoudite aurait dépensé 70 milliards de dollars en 2002 pour des actions de ce genre.

Tensions actuelles

Si la maison royale ne respecte pas les principes du wahhabisme, elle court le risque d’un soulèvement, comme en 1979, lorsque des Islamistes héritiers de la tradition de l’Ikhwan, prirent en otages des milliers de pèlerins à La Mecque. L’épisode donna lieu à de graves violences. A la pression des fondamentalistes religieux s’ajoute, dans une moindre mesure, celle des modernistes. De nombreux entrepreneurs et des intellectuels, souvent formés en occident, réclament davantage de libertés civiques. Pour apaiser les tensions, le roi Abdallah a instauré un « dialogue national » incluant tous les groupes en présence.

Les Chiites et le conflit syrien

Un dialogue auquel a également été conviée l’opposition chiite. Celle-ci est actuellement dans une situation difficile : pour les Sunnites et pour le wahhabisme des descendants de Mohammed, les Chiites sont en effet perçus comme une secte extérieure à l’Islam. Le lien avec le conflit syrien se trouve ici. Le régime de Bachar el-Assad est tenu par les Alaouites, c’est-à-dire des Chiites. En Syrie, l’Arabie saoudite soutient l’opposition conservatrice sunnite et les Frères musulmans. Comme le Qatar et la Turquie, elle livre des armes. La CIA la conseille pour savoir à quels groupes ces armes sont destinées. Al-Qaida aimerait en récupérer une partie. Comme en Syrie, les Islamistes utilisent la moindre instabilité pour semer le trouble par des actions violentes. Les Salafistes d’Arabie saoudite s’emploient eux aussi à soutenir les rebelles syriens. A Riyad, le pouvoir craint de plus en plus que les moyens réunis dans ce but ne servent à armer les Djihadistes.

Le rapprochement de l'Arabie saoudite avec Israël

Solder l’ère Bandar

Sous couvert de guerre contre le terrorisme, l’Arabie saoudite a opéré un rapprochement tangible avec Israël, criminalisant la confrérie des Frères musulmans, renouant avec Mahmoud Abbas, dans une tentative de renflouement de la question palestinienne, la grande oubliée du «printemps arabe», en vue d’accompagner le règlement du conflit israélo-arabe selon un schéma américain conférant un statut minoré au futur Etat palestinien.

Mais la chute de la place forte islamiste de Yabroud en Syrie, le verrou de Damas, aux mains des forces gouvernementales syriennes, le 15 mars 2014, le jour même du référendum du rattachement de la Crimée à la Russie traduit une exacerbation de la rivalité des puissances entre le bloc atlantiste et ses adversaires, à l’effet de fausser les plans des Américains et de leurs alliés saoudiens tant en Syrie que dans l’hinterland stratégique de la Russie et propulser l’ancien Empire des tsars au rang d’interlocuteur fiable au niveau du monde arabe, longtemps diabolisé du fait de l’athéisme marxiste soviétique.

La chute de Yabroud, 10 mois après le perte de Qoussayr, devrait sécuriser les voies de ravitaillement du Hezbollah libanais et tarir quelque peu le flux djihadiste de Syrie vers le Liban.Un tel développement stratégique, tant sur le plan militaire en Syrie que diplomatique en Ukraine, devrait donner plus d’écho à la retentissante mise en garde de Mahmoud Abbas, dépité par le comportement américain : «Ne faites jamais confiance aux Américains. Si vous voulez récupérer vos droits, adressez-vous aux Russes», a lancé le dirigeant palestinien exacerbé par les nouvelles requêtes américaines concernant de nouvelles concessions palestiniennes en faveur d’Israël.

Ni l’offre du Qatar de louer à des prix faramineux les deux bases russes en Syrie, sur la Méditerranée, ni la proposition mirobolante de Bandar Ben Sultan d’un partenariat énergétique entre l’Arabie saoudite et la Russie, -un pacte de non concurrence dans le domaine du pétrole et du gaz, doublé d’un contrat militaire de 14 milliards de dollars-, n’auront eu raison du soutien Russe à la Syrie en ce que Moscou a voulu apporter, dans la bataille de Syrie, au-delà des considérations stratégiques, la preuve de sa loyauté à l’égard d’un pays qui aura été, avec l’Algérie, le seul allié arabe fiable en dépit de l’effondrement de l’empire soviétique.

Soldant sans état d’âme l’ère Bandar, l’ancien patron de la nébuleuse islamiste, la dynastie wahhabite pense avoir déblayé la voie à la grande réconciliation saoudo-américaine, concrétisée par la visite à Ryad de Barack Obama, fin mars, une période correspondant à la reprise des négociations irano- américaines sur le nucléaire iranien. Cette programmation n’est nullement le fait du hasard. Elle paraît destinée dans l’esprit de Washington à signifier tant aux Saoudiens qu’à leurs alliés arabes et musulmans, dans l’ordre subliminal, la permanence et la solidité du Pacte de Quincy (1) en dépit des fritures dans les relations entre le meilleur allié des Etats-Unis dans le monde arabe et le protecteur d’Israël; en dépit des tentatives de rapprochement des Etats-Unis avec l’Iran, l’ancien super gendarme du Golfe du temps de Chah et désormais la bête noire de la dynastie wahhabite.

Dans un mouvement de balancier, le royaume saoudien a accordé le grand pardon royal à ses enfants prodiges djihadistes, diabolisant les Frères musulmans, son ancien pupille, et, dans un ultime cadeau d’un roi octogénaire en phase crépusculaire de son règne, le Roi Abdallah (88 ans) a couplé cette démarche en impulsant une refonte de l’archaïque système éducatif saoudien, si préjudiciable à l’image du Royaume, à l’image de l’Islam et à la stratégie de ses alliés du bloc atlantiste.

Fait sans précédent dans les annales du Royaume, une dame, Haya Al Sahmary, a été nommée à une fonction d’autorité au sein de la haute administration saoudienne, à la direction de la formation, en tandem avec le Prince Khaled Ben Faysal, le fils du défunt Roi Faysal, au poste de ministre de l’Education, avec à la clé un budget de plusieurs milliards de dollars pour mener à bien cette opération.

Au-delà des rivalités de voisinage et des conflits de préséance, la diabolisation des Frères musulmans, la matrice originelle d’Al Qaida et de ses organisations dérivées, apparait ainsi comme une grande opération de blanchissement des turpitudes saoudiennes et de dédouanement de la dynastie à son soutien à la nébuleuse du djihadisme erratique depuis son apparition dans la décennie 1980 lors de la guerre anti-soviétique d’Afghanistan. Un parrainage qui a valu à l’Irak d’assumer, par substitution, la fonction de victime sacrificielle d’un jeu de billard à trois bandes, en 2003, en compensation au châtiment de l’Arabe saoudite pour sa responsabilité dans les attentats du 11 septembre 2001 contre les symboles de l’hyperpuissance américaine.

Cette décision à l’encontre d’une confrérie, qu’elle a longtemps couvée, qui fut de surcroît son instrument docile dans sa guerre contre les régimes républicains du versant méditerranéen du monde arabe, témoigne du brutal retournement de situation à l’égard d’une organisation, jadis portée au pinacle désormais vouée aux gémonies. A l’apogée de sa puissance au début du «printemps arabe», en 2011, l’unique formation transnationale arabe se retrouve à son périgée trois ans plus tard, en butte désormais aux coups de butoir conjugués de son pays d’origine, l’Egypte, et de son pays incubateur, l’Arabie saoudite, les deux plus grands pays arabes, le premier par sa puissance militaire, le second par sa puissance économique.

La criminalisation des Frères musulmans a signé d’une manière spectaculaire l’entrée en fonction du nouveau patron du renseignement saoudien, le prince Mohamad Ben Nayef, ministre de l’Intérieur. Elle s’est doublée, dans la foulée, de l’inscription sur la liste des organisations terroristes, deux autres de ses excroissances, le Front As Nosra de Syrie et l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), et pour faire bonne mesure, deux organisations chiites, les rebelles zaïdites dits Houthis du Yémen, et, naturellement, le Hezbollah Libanais, le diable habillé en Prada iranien.

Elle a coïncidé avec le grand chamboulement du personnel diplomatique opérant sur le front de Syrie avec la mise à l’écart d’une personnalité majeure du conflit, Robert Ford, le cerbère américain auprès de l’opposition off–shore et l’évacuation sanitaire du prince Bandar Ben Sultan, conséquence des revers du camp atlantiste en Syrie et du déferlement djihadiste qui s’en est ensuivi. Il devrait être complété, selon toute vraisemblance, par la mise à l’écart du représentant français Eric Chevallier, ancien chargé de mission auprès de Bernard Kouchner.

Un tel ravalement cosmétique devrait doter les alliés arabes du bloc atlantiste d’une image bonifiée et offrir, dans l’esprit de ses ordonnateurs, une meilleure exposition médiatique à l’opinion internationale en cas de reprise des hostilités à grande échelle en Syrie dans l’hypothèse d’un échec durable de la conférence de Genève 2; ou en riposte compensatoire au coup de force de la Russie en Crimée.

Le nouveau patron du renseignement saoudien a d’ores et déjà pris langue avec un vieux cheval de retour, le général Rifa’at Al Assad, oncle paternel du président syrien Bachar Al-Assad, dans une démarche destinée à relancer la rivalité au sein du clan familial entre le bourreau de Hama, en 1982, en exil en Europe, et son neveu. Cette crise, la plus violente depuis la création du Conseil de coopération du Golfe, il y a trente ans, parait devoir entraver le fonctionnement de l’ultime instance régionale de coopération arabe encore en activité.

En pointe dans le combat de la contre révolution arabe, ce syndicat des pétromonarchies du Golfe, sous haute protection militaire occidentale, parait devoir réduire sa voilure, non seulement en raison de la guerre entre les frères ennemis du wahhabisme, mais aussi du fait du souci du 6 ème membre, le Sultanat d’Oman, de se maintenir à l’écart de ce conflit fratricide, cherchant auprès de l’Iran un contrepoids à la prééminence du duo saoudo-qatariote au sein de cette organisation. Un pont reliant Oman à l’Iran devrait être édifié via le détroit d’Ormuz concrétisant l’alliance scellée à l’occasion de la visite du président iranien Hassan Rouhani à Mascate, le 12 mars 2014.

Formé des six pétromonarchies du Golfe, (Arabie saoudite, Bahreïn, Emirats Arabes Unis, Koweït, Qatar, Sultanat d’Oman), le Conseil de Coopération du Golfe a été mis sur pied dans la décennie 1970 au moment de l’accession à l’indépendance de l’ancienne côte des pirates, dans la foulée du retrait britannique à l’Est de Suez. Les six pétromonarchies abritent chacune une importante base occidentale, faisant de la zone la plus importante concentration militaire atlantiste, hors de l’Otan.

Que le Mufti de l’Otan (87 ans) soit parvenu, au soir de sa vie, à saborder les relations entre les meilleurs alliés de l’Otan, ses supplétifs dans la recolonisation du monde arabe donne la mesure de la fragilité de cet édifice et de ses adhérents.

Une guerre à outrance sur fond d’un contentieux territorial historique
La rivalité entre Qatar et l’Arabie est historique quoique feutrée. Elle remonte à la fondation du royaume wahhabite au début du XXe siècle, lorsque le Roi Abdel Aziz, fondateur de la dynastie wahhabite, avait ordonné le rattachement du Qatar à la province saoudienne d’Al Hassa, faisant de la principauté un département de son royaume. Un contentieux résolu en 1965 à la suite de fortes pressions de Haut-Commissaire britannique enjoignant aux deux pays de ratifier un accord de délimitation des frontières.

Le rebond de la crise résulte tant du refus viscéral de l’Arabie saoudite de cautionner des coups d’état comme mode de changement de régime au sein des pétromonarchies, -comme ce fut le cas à deux reprises au Qatar-, que de la volonté de Doha de se soustraire de la tutelle de l’Arabie saoudite, pesante sur le fonctionnement du Conseil de coopération du Golfe. En soutenant les Frères musulmans, honnis par la dynastie wahhabite et les Houthistes du Yémen, le Qatar a exacerbé les tensions entre les deux monarchies.

Les propos «incendiaires» du Mufti de l’Otan, Cheikh Youssef Al Qaradawi, en soufflant sur les braises, ont fait voler en éclat l’accord de réconciliation signé en décembre 2013 à Ryad, entre le Qatar, d’une part, l’Arabie saoudite et les Emirats arabes Unis, d’autre part, en présence de l’Emir du Koweït et donné une tournure virulente à leur rivalité.

La mise à l’index des Frères musulmans tant par l’Arabie saoudite qu’auparavant par l’Egypte devrait fragiliser considérablement la branche syrienne de la confrérie, un des principaux vecteurs du combat anti Assad, de même que les formations rigoristes sunnites de Tripoli (Nord Liban).

Le pardon royal
Indice supplémentaire du changement de cap de la dynastie wahhabite: L’Arabie saoudite a offert le pardon royal aux djihadistes qui se rendraient dans les ambassades saoudiennes de lieu de leur déploiement (Liban, Turquie, Jordanie), et autorisée leur retour en Arabie saoudite sous condition qu’ils fassent l’objet d’une réhabilitation dans des camps affectés à cet effet Une méthode efficace qui permet à l’Arabie de faire plaisir à ses alliés occidentaux, notamment l’Amérique et de ficher en même temps ces propres djihadistes. Le pardon royal ne concerne toutefois pas les volontaires qui continuent de s’y rendre. Ce système ingénieux pour les Saoudiens est vécu comme un supplice de tantale par les Occidentaux en ce qu’il éponge une partie des djihadistes tout en continuant à ravitailler en homme le champ de bataille de Syrie et d’Irak

Ryad a ainsi conditionné la reprise de son aide financière et matérielle (armes) à la tribu d’Al Ahmar du Yémen, sous réserve que cette importante confédération tribale, l’une des deux plus importantes du Yémen, mène un combat sans relâche, non contre «Al Qaida» et les rebelles houthistes qui gagnent du terrain, mais contre…. les Frères Musulmans yéménites (soutenus par le Qatar).

Fin de l’amnésie saoudienne à propos des Palestiniens.
Rompant avec son coma, l’Arabie saoudite s’est à nouveau manifestée, début mars, sur le plan palestinien, le grand oublié du printemps arabe, s’engageant dans une concurrence médiatique avec son rival qatariote, envoyant l’un de ses plus flamboyants émissaires médiatiques à Ramallah, le prince Walid Ben Talal, pour y rencontrer Mahmoud Abbas.

Un message à triple sens, à triple destinataire:
Aux Etats Unis et à l’Europe: En missionnant un prince de sang royal, -celui-là même qui a acté publiquement la connivence de fait entre l’Arabie Saoudite et Israël, «les Arabes et les sunnites», dans leur combat contre la branche rivale de l’Islam, l’Iran chiite et ses alliés régionaux, la Syrie et le Hezbollah libanais» (2)-, en visite publique en Cisjordanie occupée pour y rencontrer le président de l’autorité palestinienne, cela signifie pour un Royaume au langage hermétique qu’il formalise de facto ses rapports avec Israël, en ce que cette visite n’aurait pu avoir lieu sans le blanc-seing des autorités d’occupation du siège administratif de l’embryon du problématique futur état palestinien.

B -A l’opinion internationale: Cette visite publique, amorcée avec les rencontres saoudo-israéliens de Monaco, le 10 Décembre 2013, et de Davos, en Février 2014, tranche avec les visites secrètes de l’ancien chef du renseignement saoudien, le Prince Bandar Ben Sultan et constitue un jalon complémentaire de la convergence saoudo israélienne. Elle confirme, concrètement, une tendance lourde de la nouvelle orientation saoudienne, le jeu à découvert sans faux fuyant, qui était auparavant la marque de fabrique traditionnelle de la diplomatie saoudienne.

C -Aux Palestiniens et au monde arabe et islamique: Une visite à Mahmoud Abbas, c’est-à-dire au rival direct du chef du Hamas, répond indirectement au souci de Ryad de rendre hommage à un dirigeant arabe qui a eu l’ingénieuse idée de se maintenir à distance des conflits interarabes et de déployer ses «bons offices» auprès des protagonistes du conflit syrien pour favoriser la tenue de Genève II, lui ouvrant ainsi la voie à une audience avec Barack Obama, le 15 mars prochain à Washington.

Au-delà de ses objectifs économiques, ce déplacement à forte portée symbolique, d’un prince de sang royal saoudien avec le consentement israélien, témoigne du bouleversement des rapports inter arabes et des rapports entre Israël et les pétromonarchies.

Au regard du précédent qatariote, la visite de l’Emir du Qatar à Gaza et le fiasco qui s’est ensuivi avec le discrédit qui a frappé le chef politique du Hamas, Khaled Mecha’al se pose la question de l’impact de ce déplacement et la durée de viabilité de son caractère «historique» dans un Moyen-Orient furtif et dérapant.

Les rencontres répétées avec les dirigeants israéliens de Turki Ben Faysal, le parrain originel d’Oussama Ben Laden durant la guerre d’Afghanistan, dans la décennie 1980, tant à Monaco, le 10 décembre 2013, avec son ancienne collègue du Mossad Tzipi Livni, chargée des négociations avec les Palestiniens, qu’à Davos, en février 2014 avec le président israélien Shimon Pérès, de même que le déplacement à Ramallah du prince Walid Ben Talal ont constitué les signes avant-coureurs de cette évolution. De même que l’attribution par l’Arabie saoudite à une société israélienne la responsabilité de la sécurité du pèlerinage à La Mecque et de l’aéroport de Doubaï, le lieu même du meurtre du dirigeant militaire du Hamas Al Mabhouh. La maison-mère G4S fournit non seulement des équipements de sécurité aux colons dans les territoires occupés palestiniens, mais participe aux interrogatoires musclés de détenus palestiniens dans plusieurs prisons israéliennes.

Dans le monde arabe, elle emploierait 44 000 personnes dans 16 pays, notamment aux aéroports de Bagdad et de Dubaï. Outre l’intérêt financier de ces contrats, la filiale saoudienne de la société israélienne Al Majal G4S peut disposer des relevés d’identité de millions de pèlerins musulmans, y compris leur photo et leurs empreintes digitales.

A l’instar de son rival du Qatar, la dynastie wahhabite, pour la survie de son trône, a fait donc le choix d’Israël contre l’Iran, pourtant en phase ascendante……sous couvert de lutte contre les Frères Musulmans, dont l’alliance contre nature avec le philo-sioniste Bernard Henry Lévy tant en Libye que dans la bataille de Syrie ne leur a été d’aucun secours, de même que leur rôle de facteur de nuisance des Etats Unis dans la zone depuis la fin de la 2eme guerre mondiale.

L’histoire retiendra que le poignard dans le dos des Frères Musulmans a été planté, non par de mécréants laïcs, ou d’affreux nationalistes arabes, voire même d’horribles communistes, mais par un régime théocratique se réclamant de la même religiosité intégriste qu’eux. La centralité de l’islam wahhabite dans la sphère spirituelle musulmane ne saurait souffrir la moindre compétition. Tel est le message de la dynastie wahhabite aux éventuels contestataires de son leadership. Autrement dit, «plus religieux que les wahhabites tu meurs»: Telle pourrait être la leçon de cette tragique séquence en ce que le commerce de la religion peut réserver, parfois, de mauvaises surprises.

Notes:

1 –Le «Pacte de Quincy» a été scellé, en février 1945, sur le croiseur Quincy entre le Roi Abdel Aziz Ibn Saoud, fondateur du royaume, et le président américain Franklin Roosevelt, en route pour Yalta pour le sommet soviéto-américain portant sur le partage du monde en zone d’influence.
Il s’articule sur cinq points
-La stabilité de l’Arabie Saoudite fait partie des “intérêts vitaux” des Etats-Unis qui assurent, en contrepartie, la protection inconditionnelle du Royaume contre toute menace extérieure éventuelle. Par extension la stabilité de la péninsule arabique et le leadership régional de l’Arabie Saoudite font aussi partie des «intérêts vitaux» des Etats-Unis.
-En contrepartie, le Royaume garantit l’essentiel de l’approvisionnement énergétique américain, la dynastie Ibn Saoud n’aliénant aucune parcelle de son territoire, les compagnies concessionnaires ne seraient que locataires des terrains. Les autres points portent sur le partenariat économique, commercial et financier saoudo américain ainsi que sur la non-ingérence américaine dans les questions de politique intérieure saoudienne. Le «Pacte du Quincy» s’est révélé être une alliance contre nature entre une puissance qui se veut la plus grande démocratie libérale du monde et une dynastie qui se revendique comme la plus rigoriste monarchie théocratique du monde.

2-Déclaration de Walid Ben Talal à propos de l’Iran et d’Israël http://www.lemondejuif.info/prince-ben-talal-les-musulmans-sunnites-sommes-israel-contre-liran/

http://monde-arabe.arte.tv/quel-est-le-jeu-de-larabie-saoudite/

http://oumma.com/201959/rapprochement-de-l-arabie-saoudite-israel

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