"(L'islam) a substitué l'homme au moine. Il apporte l'espoir à l'esclave, la fraternité à l'humanité, et dévoile la quintessence de la nature humaine ".
Canon Taylor Conférence au Church Congress de Wolverhampton, le 7 octobre 1887. Texte cité par Arnold dans "The Preaching of Islam" pages 71,72.
"Une des plus belles aspirations de l'islam est la justice. En lisant le Coran, j'y rencontre une doctrine de vie dynamique, non pas des éthiques mystiques, mais une éthique pratique pour mener à bien une vie quotidienne, adaptable au monde entier".
Sarojini Naidu Conférences sur "The Ideals of Islam" voir "Speeches and Writings of Sarojini Naidu", Madras, 1918, p. 167.
Lever les mains lors d’une invocation : Depuis des siècles, il est coutume, après la prière, de réciter à voix haute certaines formules laudatives et de conclure, en levant les mains, par la récitation à voix haute d’une invocation et de la Fâtiha. Lorsque l’invocation est terminée, ils passent leurs mains sur leurs visages. Selon les radicaux musulmans, il est interdit de lever les mains après la prière pour invoquer Allâh. Le croyant doit, selon eux, se limiter à des louanges, puis quitter sa place. Ils arguent par deux hadiths rapportés par Muslim en disant qu’étant donné la précision des termes et la fiabilité de ces deux hadiths, le Prophète ne procédait pas ainsi et que par conséquent il est interdit de le faire. Cette interprétation est dénigrée par les plus éminents juristes, lesquels recommendent tous de lever les mains pour invoquer Allâh. ‘Umâra ibn Ru’ya raconte qu’il vit un jour Bishr ibn Marwân sur la chaire (minbar) levant les mains [durant son invocation]. Il lui dit : « Qu’Allâh enlaidisse ces deux mains ! J’ai vu le Prophète (P); jamais il n’a fait plus que de pointer son index.»
Ce hadith indique que le fait de lever les mains durant le prêche (khutba) n’est pas une sunna. Néanmoins, il est autorisé, car durant la prière du vendredi, le Prophète leva les mains pour demander la pluie. Leurs opposants répondent qu’il s’agit là d’un cas exceptionnel. » Anas a dit : « Le Prophète (P) ne levait les mains dans aucune invocation, si ce n’est celle de [la prière] pour demander la pluie, à tel point que l’on voyait le blanc de ses aisselles. » Selon le sens apparent de ce hadith, le Prophète ne levait jamais les mains [pour invoquer Allâh], excepté pour demander la pluie. Mais ce n’est pas le sens de ce hadith, bien au contraire, il est attesté que le Prophète leva ses mains en de nombreuses autres circonstances. J’ai réuni, à cet effet, une trentaine de hadiths, tous extraits des deux Sahîhs. Ce hadith signifie, qu’excepté pour demander la pluie, jamais le Prophète ne levait les mains aussi haut, [les bras tendus], à tel point que l’on voyait ses aisselles.
Le Prophète (P) a dit, « Votre Seigneur est pudique et généreux, lorsque son serviteur lève les mains vers Lui, Il a honte de le laisser les ramener vers lui vides. ». Ce hadith est la preuve du fondement juridique de cette pratique après les invocations, et les hadiths sur ce sujet sont très nombreux. » ‘Umar a dit : « Quand le Prophète (P) levait les mains dans ses invocations, il ne les ramenait jamais vers lui sans les passer sur son visage. »
La voix de la femme : Selon eux, une femme ne doit pas débattre de sujets religieux avec un homme, sa voix étant considérée comme impudique (‘awrâ). Pourtant, jamais à l’époque du Prophète, il ne fut demandé aux femmes de se taire. Bien au contraire, la Tradition enseigne qu’elles ont pris la parole lors d’assemblées et que le Prophète ou ses Compagnons, leur ont répondu aimablement.
Le Prophète (P) a dit : « “Ô femmes, multipliez les aumônes et implorez fréquemment le pardon. J’ai constaté, que vous étiez les gens de l’Enfer les plus nombreux.” Une femme d’une grande éloquence demanda : “Ô Messager d’Allâh, qu’avons nous de si particulier pour mériter d’être les gens de l’Enfer les plus nombreux ?” Le Prophète répondit : “Vous maudissez beaucoup et dénigrez les bienfaits de vos époux. Je ne connais pas de créature, assimilable à l’homme sensé, qui soit autant diminuée que vous dans sa raison et dans sa religion.” Elle demanda : “Ô messager d’Allâh, que signifie, être diminué dans sa raison et dans sa religion ?” Il répondit : “Pour la raison, le témoignage de deux femmes équivaut à celui d’un homme [voir Coran 2/282]. Pour la religion, elles demeurent plusieurs jours sans prier et elles mangent durant le mois de ramadan. »
‘Umar ibn al-Khattâb déclara : “Ne donnez pas plus de quarante onces pour la dote d’une femme ; quand bien même elle serait une fille des Ghussa. Celui qui outrepassera cette mesure, je déposerai son surplus au Trésor public.” Depuis le rang des femmes, une femme de grande taille et au nez écrasé se leva et clama : “Que dis-tu là !” [Umar lui demanda] : “Qu’y a-t-il ?” Elle répondit : “Allâh a dit : Si vous avez donné à l’une un quintal, n’en reprenez rien (Coran 4/20).” ‘Umar dit alors : “Une femme a eu raison et un homme a eu tort !”
Le baise-main : Le fait de baiser la main ou le front de son maître en religion est considéré par les radicaux musulmans, non pas comme un témoignage de respect, mais comme une innovation pernicieuse initiée par les soufis, alors qu’il n’en est rien puisque les Compagnons le faisaient : « Ibn Abbâs rencontra un jour Zayd ibn Thâbit, il prit les rênes de sa monture et se mit à le guider en signe de respect. Zayd lui dit : “Laisse, ô cousin du Prophète.” Ibn Abbas répondit : “Il est de notre devoir de traiter ainsi nos savants et nos aînés.” Zayd lui dit alors : “Donne-moi ta main.” Ibn Abbâs la lui tendit et Zayd l’embrassa en disant :“Il est de notre devoir de traiter ainsi les proches de notre Prophète.” » « Thâbit venait parfois [s’instruire] auprès d’Anas ibn Mâlik.Lorsqu’il devait venir, Anas disait à sa servante : “Donne-moi un peu de parfum que je me parfume les mains, car Thâbit refuse [de s’asseoir pour s’instruire] tant qu’il ne m’a pas embrassé la main.” »
Le chapelet : Nombreux sont les musulmans qui aujourd’hui ont renoncé à faire usage du chapelet (subha). Dans de nombreuses mosquées, ils ont totalement disparu, « confisqués par les radicaux musulmans », lesquels prétendent qu’il est une innovation empruntée aux chrétiens, cela sans que jamais personne n’ait apporté la moindre preuve que ce ne soit pas l’inverse ! Ce n’est pas parce que le christianisme est antérieur à l’Islam que cette innovation doit leur être attribuée. Même si cela était le cas, les trois religions ont en commun plusieurs autres choses : les chaires (minbar), les autels (mihrâb), les pupitres, les caisses servant à recueillir les aumônes. Bien plus encore, des églises ont été transformées en mosquées et inversement. D’autre part, est-il réellement interdit d’imiter les Gens du Livre dans tout ce qu’ils font ? Ibn ‘Abbâs a dit : « Le Prophète (P) aimait imiter les Gens du Livre dans tout ce qui ne lui avait pas été enjoint de faire […]. » Les radicaux disent, qu’en plus d’être une innovation empruntée aux chrétiens, la subha doit disparaître, car pour se bénir, certaines personnes se frottent le visage avec, à la fin de leurs dévotions. Même si le caractère blâmable de cette pratique était démontré, cela ne justifierait pas son interdiction, car ils en font autant avec le Coran qu’ils embrassent et posent ensuite sur leur front !
Le comptage des formules de louanges (tasbîh) avec les phalanges, est une sunna comme l’indique le hadith dans lequel le Prophète dit aux femmes : « Louez Allâh en vous servant de vos doigts. Assurément, ils seront interrogés et ils parleront. » Quant à se servir de noyaux, de petits cailloux et autres, c’est également une bonne chose ; certains Compagnons le faisaient. Le Prophète vit un jour la Mère des croyants louer Allâh en se servant de petits cailloux et il l’a confirma dans sa façon de faire. La subha n’est pas « un objet de culte », mais un « instrument de culte » assimilable aux tapis de prière, aux boussoles et aux calendriers de prières ; par conséquent, il est une innovation constructive. Ses partisans disent, à juste titre, que le simple fait de le voir incite à s’en servir. Il est même un réflexe pour de nombreux musulmans qui, en attendant l’heure de la prière, font des dizaines, des centaines, parfois mille prières sur le Prophète. Nous invitons les détracteurs de la subha à en faire autant en comptant sur leurs phalanges, sachant que le Prophète (P) a dit : « Les gens les plus en droit de me rejoindre au Jour du jugement, seront ceux qui priaient le plus pour moi. »
La chemise traditionnelle : Le Prophète (P) a dit : « Celui qui, par ostentation, laissera pendre son vêtement, Allâh ne le regardera pas au jour du jugement. » – « Celui qui aura revêtu un vêtement par ostentation, Allâh lui fera porter, au jour du jugement, un vêtement humiliant puis, Il y mettra le feu. » – « Personne ne revêtira un vêtement afin de pavoiser et attirer l’attention des gens sur lui, sans qu’Allâh ne détourne de lui Son regard, jusqu’à ce qu’il ait retiré ce vêtement. »
Le port de la chemise est fortement recommandé pour prier : d’une part afin de cacher parfaitement sa nudité, et d’autre part, quand elle est propre et belle, afin de témoigner de son respect à Allâh. Excepté pour la prière, il n’existe pas de hadiths recommandant au musulman de se vêtir de quelque façon que ce soit, si ce n’est décemment. La Tradition enseigne que le Prophète aimait les vêtements blancs et qu’il n’aimait pas ceux à motifs, car ils distraient l’orant pendant sa prière. Les radicaux musulmans prétendent qu’il est une sunna, donc un devoir, de porter des chemises en tout temps et en tous lieux. Ceux qui n’en portent pas sont, selon eux, de mauvais musulmans, quand ils ne sont pas qualifiés par d’autres épithètes ! Si, comme ils le prétendent, porter une chemise traditionnelle est un témoignage de foi, que doit-on penser des vêtements occidentaux qu’ils portent en dessous ?
La barbe : Le Prophète (P) a dit : « Cinq [préceptes] font parti de la nature originelle de l’homme (fitra) : se raser les poils des parties sexuelles, la circoncision, se tailler les moustaches, se raser [ou s’épiler] les aisselles et se couper les ongles. » Pour les imams Abû Hanîfa, Mâlik et Ibn Hanbal, se raser la barbe est interdit (harâm) ; pour l’imam ash-Shâfi‘î, cela est blâmable (makrûh). Il ne fait donc aucun doute que se laisser pousser la barbe est, au moins, fortement recommandé. Cette divergence d’opinions est due au fait qu’il n’existe aucun hadith où il est explicitement ordonné à chaque musulman de se laisser pousser la barbe. Quant au hadith suivant, avec lequel argumentent les radicaux musulmans, il est comme de nombreux autres, détourné de son contexte. Le Prophète (P) a dit : « [...] Laissez la barbe et taillez les moustaches. » Extraite de son contexte, cette « fraction de hadith » fait figure d’argument irréfutable ; replacée dans son contexte initial, l’obligation disparaît, car le Prophète (P) a dit : « Différenciez-vous des polythéistes : laissez la barbe et taillez les moustaches. » Dans ce hadith, le Prophète définit la façon de porter la barbe, pour ceux qui auront fait ce choix, afin qu’ils se distinguent des juifs et des chrétiens. Les premiers, comme ils le font encore aujourd’hui, avaient coutume de porter une barbe longue, les seconds une barbe courte. Le musulman doit adopter la longueur intermédiaire. Le Prophète (P) a dit : « Les juifs et les chrétiens ne se teignent pas les cheveux. Différenciez-vous d’eux ! »
Commentaire d’Ibn Taymiyya : « Tout ce qui se rapporte au fait de les imiter date du début de l’émigration [à Médine]. Puis tout ceci fut ensuite abrogé, car à cette époque, les juifs ne se distinguaient pas [dans leurs apparences] des musulmans, ni par la barbe, ni par les vêtements, ni par un signe particulier. Puis il fut attesté, par le Coran, la Sunna et le consensus [des Compagnons], lequel connut son apogée sous le règne de ‘Umar ibn al-Khattâb, que ce qu’Allâh avait institué, quant à l’obligation de se différencier des incroyants, devenait exécutoire, tant pour les traditions que pour les dévotions. L’application tardive de cette obligation trouve son explication dans le fait que cette différenciation ne pouvait prendre effet que lorsque la religion fut pratiquée ouvertement et que ses préceptes furent prédominants, comme pour la guerre sainte, l’impôt versé par les Gens du Livre et ceux sous notre domination. Quand les musulmans de la première heure se trouvaient en état d’infériorité, cette obligation ne leur fut pas imposée. Mais quand la religion fut parachevée et suffisamment répandue et prédominante, l’obligation pour les musulmans de se différencier des non-musulmans devint obligatoire. De nos jours […], il en est de même, si le musulman se trouve en terre ennemie ou hostile à l’Islam, il n’est pas tenu d’observer cette obligation dans les apparences à cause des contraintes que cela suppose, au contraire il lui est recommandé (mustahab), voire obligatoire (wâjib), de les imiter temporairement [ou partiellement] dans leurs moeurs, si le fait de les imiter est bénéfique pour la religion ou peut amener autrui à se convertir. Dans le cas contraire [nous résumons] cela n’est pas permis, en particulier en terre d’Islam. » Le Prophète (P) a dit : « Assurément ! Allâh ne regarde pas vos visages et vos biens ; mais Il regarde vos coeurs et vos actions. » En Islam, les signes extérieurs de piété ne sont en rien un gage de sincérité. En réalité, la barbe, la chemise traditionnelle, etc. ne sont pour les radicaux musulmans que des subterfuges destinés à se reconnaître les uns les autres.
Les écoles de jurisprudence : Croyants, obéissez à Allâh, obéissez au Prophète et à ceux d’entre vous qui détiennent l’autorité. En cas de litige, remettez-vous-en à Allâh et au Prophète, si vous croyez en Allâh et au jour dernier. C’est un bien et la meilleure des issues (Coran 4/57) Le Prophète (P) a dit : « Les juifs se sont divisés en soixante et onze – ou soixante-douze factions –. Les chrétiens se sont divisés en soixante et onze – ou soixante-douze factions –. Ma communauté se divisera en soixante-treize factions. » Dans une autre version, il ajoute : « soixante-douze iront en Enfer et une seule entrera au Paradis ; ce sera celle de l’union. »
Tous les radicaux musulmans font valoir ce verset du Coran et ce hadith en leur faveur. Selon eux, les autorités religieuses désignées dans ce verset sont leurs chefs religieux, et les Gens du consensus (ahl as-sunna wa-l-jamâ‘a), cités dans ce hadith, le mouvement auquel ils appartiennent. Ils considèrent les écoles de jurisprudence comme des innovations et leurs différents points de vue comme autant d’erreurs. Selon eux, ces écoles doivent disparaître et être remplacées par une seule. Ils ont également opté pour une méthode et des arguments qui semblent de plus en plus convaincre les jeunes musulmans. La méthode consiste, dans un premier temps, à les culpabiliser en leur disant : « Allez-vous renoncer à ce que le Prophète a dit pour suivre l’imam Mâlik ? » Et, fort de leur argument, ils ajoutent : « Nos imams ne se réfèrent qu’au Coran et aux hadiths authentiques, alors que ceux des différents mouvements ont tous d’autres supports de réflexion. »
Ils leur expliquent que, depuis des siècles, la religion d’Allâh n’a cessé de se dégrader du fait de l’aversion des adeptes des autres religions, des innovations, des sectes et de l’ignorance des gens, mais surtout à cause des imams des quatre écoles de jurisprudence et de leurs divergences et qu’il convient désormais de revenir à « la vraie religion », cela grâce aux directives d’une génération exceptionnelle de savants (‘ulamâ) contemporains comme messieurs Ibn ‘Abd al-Wahhâb, Albânî et quelques célébrités saoudiennes. Et sans autres précisions que : « Les savants ont dit (qâl al-‘ulamâ) » ils imposent à leurs sympathisants toute une série de mesures et de réflexions incompatibles avec le Coran et la Tradition. Ce credo tendancieux est dénoncé, depuis fort longtemps, par les plus grands juristes, en particulier Ibn Taymiyya, l’un des savants musulmans les plus virulents à l’encontre des innovateurs et des sectes.
Si Ibn Taymiyya, dont les radicaux musulmans ne cessent de se réclamer sans rien savoir de lui, avait considéré ces écoles de jurisprudence comme des innovations, il n’aurait pas adhéré à deux d’entre elles et vanté ici les mérites de leurs fondateurs. Il nous suffira de rappeler que tous les plus grands savants de notre communauté, sans aucune exception, depuis al- Bukhârî à Ibn Taymiyya, ont tous adhéré à une école de jurisprudence avec, il est vrai, une très forte propension pour celle de l’imam ash-Shâfi‘î, ce qui ne change rien. Qui mieux que ces imams auraient pu se dispenser d’adhérer à l’une de ces écoles, voire en fonder une ? Pourtant, ils ne l’ont pas fait. Dès lors, comment les radicaux musulmans peuvent-ils prétendre pouvoir s’en dispenser sans penser que tous ces savants se sont trompés ? Adhérer aux recommandations d’une école de jurisprudence (madhab) n’a jamais été considéré, par aucun de ces maîtres, comme un acte de soumission à une créature, aussi savante soit-elle, mais comme se conformer à une logique jurisprudentielle. At-Tabarî, l’auteur du premier commentaire complet du Coran fonda sa propre école puis, selon certains biographes, il y renonça vers la fin de sa vie pour devenir shafi‘îte. Al-Bukhârî étudia la jurisprudence auprès d’al-Humaydî, l’un des principaux élèves de ash-Shâfi‘î. Muslim l’étudia auprès d’al-Harmala un autre élève d’ash-Shâfi‘î. Ces deux imams se sont également instruits auprès d’Ahmad ibn Hanbal et, al-Bukhârî lui a présenté son célèbre al-Jâmi‘ as- Sahîh. Les spécialistes du Hadith, parmi les élèves et contemporains de ces deux maîtres, étaient également shâfi‘îtes : at-Tirmidhî, an-Nasâ’î, Abû Dâwûd, Ibn Mâja et d’autres. Ces informations figurent en toutes lettres dans les monographies et la préface de leurs ouvrages. Tous sont d’authentiques Anciens vertueux et, dit az-Zarqânî : « Il n’est pas permis de penser d’eux qu’ils aient considéré comme authentique ce qui ne l’était pas. »
L’éducation politique découle de l’essence même de la religion islamique et fait partie intégrante des principes constitutifs et des finalités de la Charia. En effet, l’islam inscrit l’éducation islamique au cœur de sa philosophie, de son dispositif réglementaire et de ses enseignements spirituels. Elle est, de ce fait, une composante fondamentale du système de valeurs autour duquel s’organise la Charia islamique, dont l’application des principes oriente et l’individu et la communauté sur la voie du salut.
Compte tenu la largeur de ses vues et de son approche qui font de lui un modèle de vie complet, l’islam inclut évidemment la notion d’éducation islamique et en fait une articulation majeure de sa conception générale de l’éducation. Il serait, donc, aberrant de faire une quelconque distinction entre l’éducation politique, l’éducation morale islamique, l’éducation de l’individu et celle de la société. Car ces notions se rejoignent dans le cadre de l’unité de l’approche islamique et de son appréhension globale de la vie des hommes, des communautés et de l’univers.
Partant de cette interdépendance qui lie les uns aux autres les principes de l’éducation en islam, la théorie politique a été structurée sur les valeurs éternelles de l’islam, dont on peut énumérer quelques unes se rattachant au volet de la politique :
A) L’islam, qui est à la fois une croyance et une charia (dispositif légal et réglementaire), règle les détails de la vie spirituelle et matérielle. Il est foi et action, éthique et conduite. Il a établi les règles générales qui embrassent tous les volets de la vie. De ce fait, l’islam rejette l’adage qui “rend à Dieu ce qui est à Dieu, et à César ce qui est à César ”, considérant que c’est là un principe qui heurte l’essence même de la religion islamique qui érige Dieu en principe absolu de cet univers. Hommes, vie et univers sont la propriété incontestée de Dieu.
B) L’islam n’a pas abandonné la vie dans l’ici-bas à l’anarchie et n’a pas laissé la communauté des hommes sans des règles qui régissent leur vie et confortent les fondements de la vie communautaire. Il a, en effet, veillé à l’organisation des relations sociales au sein de la famille, de la communauté et de la société. C’est dans cet esprit que le prophète Mohammed, paix et salut soient sur lui, a assis les piliers de la première société musulmane. Ainsi naquit le premier Etat islamique, avec pour constitution les commandements du saint Coran d’abord, puis les règles générales puisées dans la révélation faite au prophète -paix et salut soient sur lui- et les enseignements tirés de la vie de tous les jours et de l’expérience née de la prime genèse de la société islamique. Investi de plusieurs pouvoirs politique, administratif, financier et judiciaire, le prophète a été, outre sa mission d’envoyé de Dieu, le fondateur et le chef de l’Etat islamique. C’est ainsi que le premier Etat islamique de Médine est resté toujours un modèle à suivre pour les musulmans au fil des âges.
C) Bien que dépositaire d’un système de vie global, l’islam n’en a pas pour autant proposé des règles précises et détaillées du mode de gouvernement de l’Etat et de son dispositif économique, social et administratif. Il s’est suffi à décréter les principes généraux, les dispositions légales et les orientations, dont l’observation mène tout droit au salut et à la félicité dans le monde de l’ici-bas et de l’au-delà. De fait, l’islam a garanti à l’homme la liberté de pensée qui lui permet de construire des théories et d’imaginer des plans d’action pour la gestion de sa vie et des affaires de l’Etat et de la société, en conformité avec les prescriptions générales de la religion. C’est là une forme d’hommage que l’islam rend à l’homme en lui donnant toute la latitude de déployer son imagination et sa créativité et de prendre en considération les particularités de son temps et l’importance de ses ressources propres.
Le prophète -paix et salut soient sur lui- a su jeter les bases d’une société unifiée et chapeautée par un Etat unifié. Le système de gouvernement qu’il a mis en place a été servi de plate-forme aux gouvernements qui lui avaient succédé. En s’inspirant toujours de ce modèle pionnier. Ses califes ont mis sur pied d’autres matrices politiques pour le compléter. L’expérience de la gestion des affaires de l’Etat s’agrandissait alors au fil du temps pour donner enfin lieu à la théorie politique islamique.
D) L’approche islamique de la vie se caractérise par sa flexibilité qui est en harmonie avec l’essence humaine. C’est pourquoi l’islam s’est gardé d’imposer aux hommes un système figé pour la gestion des affaires générales et d’imposer un canevas de gouvernement réducteur. En se défendant également de constituer des règles immuables pour l’organisation des Etats et des gouvernements, il s’est suffi à instaurer un “cadre général” de la société ou un “système général” de l’appareil d’Etat. Ces deux schémas s’inspirent des principes intangibles de la charia islamique, puisés dans le saint Coran et la Sunna avérée du prophète. Il s’agit en l’occurrence de la justice, de la choura (concertation) et de l’égalité dans l’exercice des droits et l’accomplissement des devoirs. Dans le même ordre d’idées, l’islam a laissé aux hommes toute la latitude de régler leur conduite en fonction des intérêts des individus et de la communauté et à la lumière de ces principes génériques.
Aussi, le système de gouvernement islamique repose-t-il sur un dispositif de principes fondateurs qui sont loin d’être figés. Il marque ainsi son exception par rapport aux régimes totalitaires qui confisquent aux citoyens le droit à la créativité en matière de politique et au façonnement de leur devenir et des règles de vie.
C’est pour cela que la pensée politique islamique doit être vivace et évolutive pour pouvoir s’adapter aux changements du temps, tout en s’inspirant du cadre général islamique.
Parce qu’elle découle de cette matrice de principes, la conception islamique de la politique, qui vise l’instauration de la justice au sein des sociétés islamiques, est empreinte d’humanisme, d’ouverture et de flexibilité. Elle se caractérise aussi par sa capacité à se renouveler en permanence et à suivre les évolutions qui rythment la vie sur terre.
Nombreux sont les Oulémas et les intellectuels musulmans intéressés à l’élaboration théorique de la doctrine politique islamique, qui se sont accordés à désigner cette doctrine par le vocable de “politique religieuse”. Une telle appellation montre que cette doctrine est mise au service des intérêts des individus et du pays tant dans le monde de l’ici-bas que dans l’au-delà. Ils ont énoncé le principe selon lequel cette politique religieuse se conçoit en fonction de l’intérêt général. Certains docteurs de loi religieuse musulmane sont même allés jusqu’à ériger la théorie des “intérêts courants” en source de la réglementation religieuse, en ce sens que la loi de Dieu consacre de tout principe qui permet de préserver les intérêts de la Oumma. Autrement dit, c’est l’intérêt qui détermine l’œuvre de législation en matière de gestion politique. Ceci est d’autant plus vrai que ce principe fondateur procède d’une approche qui prend en considération les valeurs humanistes et les réalités existantes, loin de tout figement.
L’élaboration des fondements islamiques de la pensée politique se retrouvent dans une littérature abondante qui est l’œuvre de savants arabes et musulmans. Une œuvre qui a été conduite bien avant la naissance du mouvement de pensée qui a abordé la problématique politique en Europe, en tant que discipline faisant partie des sciences humaines. Citons de ces œuvres le traité d’Ibn Qotayba intitulé “Al-Imama wa Siyassa”, “Al-Ahkam Assoltaniyya” de son auteur Al-Mawardi, “Al-Ahkam Assoltaniyya” de Ibn Yaali Al-Firae, “la politique religieuse fi Islah Arrai wa Arraiyya” d’Ibn Quayyim Al-Jouziyya, “Siraj Al-Molouk” de Tartouchi, “Attibr Almasbouk fi Nassihat Al-Molouk” d’Al-Ghazali, “Al-Fakhri fi Al-Adab Assoltaniyya” d’Ibn Attaktouki et“Badai Assilk fi Tabaie Al-Molk” d’Ibn Al-Azrak. Quant à Ibn Khaldoun, il a inclus dans son Introduction des réflexions profondes et pénétrantes sur la politique, selon une approche scientifique empreinte de rigueur et de clairvoyance. C’est d’ailleurs cette doctrine politique qui lui a valu de compter parmi les plus éminents précurseurs de la pensée politique, sociale et architecturale du monde entier.
En sus de cette littérature particulièrement abondante, la pensée politique islamique a recouvert une multitude de courants et de doctrines, notamment ceux ayant trait à la question du califat et des critères de choix du chef de l’Etat, ainsi qu’à d’autres problématiques connexes qui ont fait l’objet de nombreuses polémiques. De notre part, nous appréhendons cette grande diversité qui a marqué l’histoire de la pensée politique islamique dans une optique diamétralement opposée à celle que préconisent la plupart des chercheurs contemporains, qu’ils soient arabes ou orientalistes. En effet, nous estimons que la différence d’opinions en matière de politique, responsable de la diversité des approches politiques islamiques, témoigne de la vitalité et de la fraîcheur du système islamique. C’est l’expression patente du génie musulman et du dynamisme de la société islamique et la négation du figement et de la résistance au progrès intellectuel.
Il est souhaitable d’énoncer dans le détail les principes et les règles du gouvernement et de la pratique politique qui ont présidé à l’instauration du premier Etat islamique, du temps du prophète. Pour cela, il convient de citer un certain nombre d’orientalistes, notamment des orientalistes allemands qui ont émis des jugements équitables à ce sujet.
Ainsi, Dr V. Fitzgerald a dit:
“Non seulement l’islam est une religion mais aussi un système politique. Même si vers la fin du vingt et unième siècle les voix de certains musulmans prétendument modernistes se sont élevées pour prêcher la séparation des deux volets, l’islam n’en reste pas moins fondé sur l’intime corrélation de la politique et de la religion, qu’il serait aberrant de dissocier”. Plusieurs d’entre eux ont fini par désavouer leurs prétentions.
M. C.A. Nallino affirme à son tour:
“ Mohammed a fondé une religion et un Etat qui se sont toujours chevauchés de son vivant ”.
Quant au Dr Shacht, il soutient :
“Plus qu’une religion, l’islam propose des théories juridiques et politiques. C’est somme toute un système complet qui englobe, en sus de la culture, religion et politique”.
Pour sa part, M.R. Strothmann affirme :
“L’islam est un fait religieux parce qu’il a été fondé par un prophète qui s’est distingué par sa sagesse en tant que politique (ou comme chef d’Etat).”
Et M. D.B. Macdonald, d’affirmer à son tour:
“Ici,-je veux dire à Médine-, le premier Etat islamique a vu le jour et la législation islamique était née”.
Pour sa part, Sir T. Arnold affirme:
“Le prophète était à la fois chef spirituel et chef d’Etat”.
A son tour, M. E. Gibb avance ce qui suit:
“Lorsque qu’il parut évident que l’islam n’était pas qu’un simple réceptacle de prescriptions religieuses destinées à l’individu, mais un système complet qui appelle la mise en place d’une société indépendant dotée de son propre mode de gouvernement, de ses propres lois et ses systèmes endogènes.”
Ce sont là autant de témoignages qui émanant d’éminents penseurs de l’Occident et qui attestent que l’islam est à la foi un système politique et une matrice religieuse. Il ne peut y avoir d’Etat sans théorie politique qui prenne forme dans la réalité et sans principes constitutionnels et sans éducation politique à laquelle les individus sont initiés au sein de la société.
Est-ce donc le jugement du temps de l'ignorance qu'ils cherchent ? Qu'y a-t-il de meilleur qu'Allah, en matière de jugement pour des gens qui ont une foi ferme ? (Sourate al-Maidah, 50)
La plupart des gens, bien qu’ils n’en aient pas conscience, sont sous l’influence d’une fausse religion. C’est une religion secrète qui ne se fait pas connaître ouvertement. Elle n’a aucune règle écrite. Elle n’a même pas d’appellation. Or elle prend sous contrôle le mode de pensée des gens, leurs mouvements et leurs attitudes. La plupart des gens, sans en avoir conscience, se conforment tout au long de leur vie aux règles de cette religion. Ils vivent selon ses ordres et interdits. Cette religion n’est pas l’Islam, le Christianisme ou le Judaïsme. Il est possible que ceux qui obéissent à cette religion, une fois demandé répondent "Je suis musulman" ou bien "Je suis chrétien". Certaines personnes peuvent être incroyantes ou athées. Seulement ils sont tous adhérents de cette religion secrète.
Au début, cette religion n’est pas proposée aux gens en un seul bloc. Ils l’assimilent dès leurs naissances suite à de longues suggestions. Pour cette raison, ils ne se rendent pas compte que leurs mouvements, leurs opinions, leurs attitudes et même leurs mimiques ont pour origine cette religion.
Pour ceux qui s’attachent à cette religion le but est de "devenir un homme". "Devenir un homme" signifie s’imprégner des valeurs, des préceptes de cette religion ; appliquer ses règles, ses interdits et ses modalités de comportement ; porter en soi sa marque de fabrique. Pour être admis dans la société, ne pas se sentir étranger, accéder à un certain niveau, il est impératif de devenir un homme, ”devenir quelqu'un”. Cette religion est donc la religion du "devenir un homme". Nous allons donc simplement l’appeler "religion de l'ignorance". La religion de l'ignorance pousse les gens vers le manque de sincérité, des attitudes affectées et forcées. La plupart de ceux qui suivent cette religion ne se comportent pas d’une manière naturelle. En fonction du milieu ambiant, ils adoptent des expressions visibles tant sur leurs visages et leurs manières de parler que dans leurs attitudes de comportement. Dans chaque situation ils jouent un rôle. Malgré cela, ils ont l’impression de mener une vie tout à fait normale et naturelle.
En somme, cette religion produit des modèles humains qui manquent de sincérité, factices et propriétaires d’une identité usurpée. La principale raison pour laquelle cette religion diabolique, qui occasione gênes et peines de toutes parts et touche toutes les catégories de la société est qu’elle n’a pas d’appellation. Les adhérents de cette religion ne la jugent pas. Il ne leur vient même pas à l’esprit de la quitter ou de la changer. Car à l’intérieur du système dans lequel ils se trouvent, ils ne savent même pas qu’il y a une religion. Dans le système auquel ils sont soumis, il est une vertu de voir les faits de la vie comme une loi immuable.
Tant qu’une personne ne se défait pas de cette situation, tant qu’elle ne se détache pas de la religion de l'ignorance, elle ne peut ni comprendre ni vivre l’Islam. Car le fondement de l’Islam est la sincérité et le naturel. Pour qu’une personne puisse vivre l’Islam et par conséquent le vrai bonheur et la délivrance, elle doit être très sincère envers Allah, elle-même et les autres gens. La foi ne peut se fonder que sur la sincérité. Pour se débarrasser de l’influence de la religion de l'ignorance, il faut d’abord l’identifier et la définir. Le lecteur qui examine les particularités de cette religion doit également se passer en revue. Car même si on ne veut pas l’admettre, la religion de l'ignorance a probablement eu un certain effet sur tout un chacun. Pour se démettre de cette religion obscure, qui fait sans cesse intrusion dans la vie de l’homme, il faut d’abord de l’attention et de la sincérité.
Contre la vraie religion, la religion de l'ignorance
Quand on interrogea notre Prophète (pbsl) : "Qu’est-ce que la religion ?", il répondit : "La route où vous allez". Cette réponse résume le propos de la manière la plus sage. La religion contient tous les jugements de valeur, les règles de comportement, le mode de vie d’une personne, et par conséquent d’une société puisque composé de plusieurs personnes. Ceci est, par exemple, illustré par le mot "religion" dans le verset 76 de la sourate Yusuf :
[Yusuf] commença par les sacs des autres avant celui de son frère ; puis il la fit sortir du sac de son frère. Ainsi suggérames-nous cet artifice à Yusuf. Car il ne pouvait pas se saisir de son frère, selon la religion du roi… (Sourate Yusuf, 76)
Dans le Coran, on est informé dans plusieurs versets, que ceux qui nient sont aussi adhérents d’une religion. Par exemple, Pharaon a parlé comme suit au sujet du Prophète Moïse (psl) :
Et Pharaon dit : "Laissez-moi tuer Moïse. Et qu’il appelle son Seigneur ! Je crains qu’il ne change votre religion ou qu’il ne fasse apparaître la corruption sur terre." (Sourate Gafir, 26)
Dans d’autres versets, il est expliqué que les incroyants, face à la vraie religion du Prophète Mohammed (pbsl), montrent leurs attachements à leurs anciennes religions comme suit :
Et ils (les Mecquois) s’étonnèrent qu’un avertisseur parmi eux leur soit venu, et les infidèles disent : "C’est un magicien et un grand menteur, réduira-t-il les divinités à un Seul Dieu ? Voilà une chose vraiment étonnante." Et leurs notables partirent en disant : "Allez-vous en, et restez constants à vos dieux : c’est là vraiment une chose souhaitable. Nous n’avons pas entendu cela dans la dernière religion ; ce n’est en vérité que pure invention !" (Sourate Sad 4-7)
Jusque-là, il est possible de voir que chaque individu a une religion. Ceux qui ne se conforment pas à la religion d’Allah ou même ceux qui se font passer pour des athées ne sont pas sans religion dans la réalité. Ils ne sont que les adhérents d’une fausse religion. De nos jours, il se peut qu’une partie de ces religions ne soient pas définies en tant que telles. Or comme il est mentionné dans le Coran, ce sont toutes des religions. Par exemple, le marxisme est aussi dans un sens une religion. Car cette idéologie est “une route” qu’empreinte une partie des gens. Les marxistes ont assimilé le système de pensée fabriqué par Marx. Ils ont accepté sa méthode de réflexion. Ils ont apprécié le monde en fonction de ses critères. Ils ont expliqué le pourquoi de l’existence et la signification de la mort d’après la logique de Marx (et d’Engels). Bref, ils ont cru au marxisme et orienté leur vie et leur appréciation des faits selon lui.
Le marxisme n’est qu’un exemple. On peut énumérer des centaines de religions (c’est-à-dire philosophie, système de pensée etc…) de la sorte. Les idéologies complètement opposées au marxisme sont aussi des religions. Bien entendu, toutes ces religions sont de "fausses" religions. Elles ont été fabriquées à la base pour égarer les gens du chemin d’Allah.
Ici le point important à souligner est celui-ci : sur terre, quoique soit leur idéologie, leur philosophie, leur vision du monde ; les gens eloignés de la vraie religion sont tous sujets, sans exception, d’une seule religion commune. Cette religion, dont nous avons tracé les lignes directrices, est comme nous l’avons nommé au début "la religion de l’ignorance". Et c’est l’arme la plus sournoise et efficace qu’utilise le diable dans son acharnement à égarer et éloigner les gens de la vraie religion. Etre un homme !
"Sois d’abord un homme !"
"Si tu t’étais comporté comme un homme, tout ça ne serait pas arrivé !"
Nous avons maintes fois entendu ces paroles tout au long de notre vie. Particulièrement étant jeunes, quand nos aînés n’approuvaient pas nos propos ; quand nous faisions quelque chose qui ne leur plaisait pas…
Pour la personne qui emploie ces mots ,"être un homme" vient avant toutes choses. Ce qui est visé avec l’expression "être un homme", c’est une acceptation globale par la société d’une certaine moralité, culture, attitude et décence ; c’est se revêtir de modèles préfabriqués. Ce système de valeurs, avec ses matrices et ses règles, est accepté et pratiqué par la plupart des gens. On ne vient pas facilement à débattre de ces matrices et règles ; on ne juge pas leurs antagonismes ; d’où sont-elles nées ; à quel point sont-elles justes ? Car interroger sur ce modèle assimilé par la plupart des gens, aller à l’encontre des masses peut apporter le danger d’être la cible des protestations d’une grande fraction.
Cette structure dont la véracité n’est nullement remise en question, ne doit pas être considérée comme une particularité propre à notre société. Ce système perdure, que ce soit en orient ou en occident, dans toutes formes de culture qui a sa propre croyance en tant que système des acceptations. Les interdictions, les ordres et les recommandations sont pour ainsi dire à eux seuls, pratiqués en tant que religion indépendante : "la religion de l'ignorance (la religion d’être un homme)".
Le concept "être un homme" est étranger au fait d’être Musulman, de croire en Allah, d’avoir une bonne moralité et même d’être un être humain. L’attitude et la morale décrite dans le Coran n’a définitivement pas sa place dans cette religion. D’ailleurs, la religion de l'ignorance prend naissance et se développe dans les milieux où la moralité du Coran n’est pas vécue. En générale, les gens considérés comme supérieurs, admirés et enviés ont très bien appris la religion de l'ignorance ; ce sont eux qui la pratiquent avec toutes ses règles.
Il est important de souligner ici, que les principes de base de la moralité recommandés dans le Coran sont en parfaite opposition avec la logique gatée de la religion de l'ignorance. Dans le Coran, il est expliqué que tous les êtres humains sont responsables vis-à-vis d’Allah. Et donc, ils ne sont chargés que de contenter Allah ; ils ne doivent pas chercher à gagner l’estime ou l’appréciation d’autrui. Le croyant pense et vit la moralité du Coran comme relaté dans les versets suivants : "Allah ne suffit-il pas à Son serviteur ? Et ils te font peur avec ce qui est en dehors de Lui… " (Sourate az-Zumar, 36) "… mais ton Seigneur suffit comme Guide et comme Soutien."(Sourate al-Furqane, 31) Toute notre vie est orientée vers le contentement de notre Seigneur. C’est le fondement de la religion. Dans le Coran, on est informé que dans cette religion, qui est le prolongement de la vraie religion du Prophète Ibrahim (psl), on consacre toute sa vie à Allah. Dans un verset on peut lire :
Dis : "Moi , mon Seigneur m’a guidé vers un droit chemin, une religion droite, la religion d’Ibrahim, le soumis exclusivement à Allah et Qui n’était point parmi les associateurs." Dis : "En vérité, ma prière (salat), mes actes de dévotion, ma vie et ma mort appartiennent à Allah, Seigneur de l’Univers." (Sourate al-Anam, 161-162)
Pour une personne l’objectif de base de la vie est d’obtenir la satisfaction d’Allah. Comme nous l’avons déjà précisé, un être n’a pas de responsabilité personnelle vis-à-vis des autres gens. Mais dans le Coran, Allah a fait savoir comment se comporter envers les autres. La responsabilité que l’on ressent envers Allah induit, face aux autres, le comportement le plus droit, le plus juste et le plus équitable. Dans le Coran, la vision des croyants sur ce sujet est décrite ainsi :
Ils accomplissent leurs voeux et ils redoutent un jour dont le mal s’étendra partout. Et offrent la nourriture, malgré son amour, au pauvre, à l’orphelin et au prisonnier, (disant) : “C’est pour le visage (satisfaction) d’Allah que nous vous nourrissons : nous voulons de vous ni récompense ni gratitude. Nous redoutons, de notre Seigneur, un jour terrible et catastrophique.” (Sourate al-Insan, 7-10)
D’après les versets, on comprend bien que le croyant n’attend pas de compensation de la part des gens. Ceci lui donne un caractère fort et solide. Le croyant applique ce qui est juste, c’est-à-dire les commandements d’Allah dans tous milieux et devant tout le monde. Il n’attend d’appréciation de personne, ni ne craint quiconque. Il ne veut que l’agrément d’Allah. Ainsi Allah définit les croyants comme "ne craignant le blâme d’aucun blâmeur" (Sourate al-Maidah, 54). Pour cette raison, les croyants ne changent en rien leurs caractères et leurs attitudes face aux évènements et aux gens. Ils restent identiques quand ils reçoivent un poste élevé ou une autorité. Il ne se laissent pas aller au désespoir dans les situations difficiles. Dans le Coran, il est souvent fait mention du caractère stable des croyants. Les versets montrent bien que leurs attitudes restent inchangées ; qu’ils disposent de biens et de pouvoir ou qu’ils soient dans la difficulté et la nécessité. Car le croyant sait que tout ce qui le touche en bien (propriété, puissance, position etc…) ou en mal (être blamer par les gens, subir des attaques, être dans le besoin etc.) vient d’Allah. Il sait que c’est une “épreuve” pour l’éduquer et le tester.
Face à cela, la religion de l’ignorance ne voit pas de nécessité en Allah. Elle cherche le contentement des gens à celui d’Allah. Elle est la religion de ceux qui espèrent en la vie ici-bas à la place de celle de l’au-delà. Dans cette religion, les gens pensent qu’ils sont responsables les uns des autres. Satisfaire les autres, plaire aux autres, avoir un "statut" dans la société est peut-être même leur première ambition.
En raison de cela et contrairement aux croyants, les adhérents de la religion de l’ignorance changent leurs attitudes et leurs caractères en fonction des évènements et des gens. En d’autres termes, la religion de l’ignorance est la religion de l’"étalonnage". En fonction du lieu, du temps et de l’individu, il faut régler son attitude, son regard et sa voix. Il n’y a pas de notion de sincérité et de naturelle dans cette religion. Selon cette croyance, il faut montrer divers comportements eu égard au genre, à l’âge et au "statut" de l’individu dans la société.
Les femmes doivent se comporter comme on leur a spécifié. Les hommes et les enfants doivent jouer les rôles qu’ils se sont vu attribués. Si la personne est un étudiant, les règles de la religion de l'ignorance lui dicte le comportement pour les étudiants. Les mêmes règles sont valables pour les fonctionnaires, les docteurs, les enseignants et les ouvriers. Les adhérents de la religion de l'ignorance se constituent une identité avec le statut qu’ils possèdent au sein de la société. Ils se comportent selon cette identité. Mais pour les croyants, c’est la foi qui les transforme. Le point de vue de la société n’affecte en rien ce statut intérieur.
Pour celui qui évolue à l’intérieur de la société de la religion de l’ignorance, des moeurs et une personnalité particulières s’installent automatiquement. Et il commence à les mettre en pratique sur le champs. Pour être supérieur et se faire accepter dans la société, il faut emprunter ce chemin ; avoir des attitudes et comportements affectés.
Conclusion
La religion de l'ignorance n’est pas simplement une religion de société propre à notre époque. Bien au contraire, elle est la religion commune à toute société qui s’est éloigné de la vraie religion. Et ce à toute époque et en tous lieux. Seules dans la forme existent quelques différences. Selon les lieux et les époques, les coutumes et les masques de comportement changent, mais la logique de base reste intact. Par exemple, la spécificité de base qui est l’affectation peut prendre diverses formes dans différentes sociétés. Tout comme peuvent varier les mimiques et les gestes propres à l’orgueil. Mais en fin de compte, la logique de base est identique.
Cette logique, comme nous le soulignons depuis le début, est le résultat de l’oublie d’Allah. En est témoin l’expression du Prophète Chuaïb (psl) : "Allah à Qui vous tournez ouvertement le dos." (Sourate Hud, 92). Les adhérents de cette religion ne savent pas qu’ils sont sur terre pour servir Allah. Ils ne savent pas que la seule délivrance est Son agrément. Or Celui Qui nous crée, nous donne forme dans l’utérus de nos mères. Il nous installe sur terre. Il prépare et embellit la terre pour nous. Il nous donne notre subsistance. Celui Qui nous fait vivre et mourir, c’est Allah. Nous n’avons en dehors de Lui aucun garant, aucun seigneur, aucun propriétaire, aucune divinité. Nous sommes venus de Lui et nous allons vers Lui. Nous n’allons pas restés longtemps sur terre.
Puisque ceci est la vraie nature de notre existence et notre passage sur terre étant de courte durée, il n’est pas très intelligent de calculer ses petits intérêts. Ni de se narguer ou de se lier avec force aux biens éphémères. Ni de choisir d’autres chemins autres que la religion d’Allah, d’autres objectifs ou d’autres causes. La vie ici-bas est le champs de culture pour l’au-delà. On ne peut gagner la miséricorde d’Allah et Son paradis qu’à condition de vivre sereinement sur terre, de suivre Son chemin, de "se cramponner à Lui". Ainsi donc, il nous est ordonné :
… et attachez-vous fortement à Allah. C’est Lui votre Maître. Quel excellent Maître ! Et quelle excellent Soutien ! (Sourate al-Hajj, 78)
Quand on compare la religion de l’ignorance à la vraie religion définie dans le Coran, il ressort ouvertement entre les deux une grande différence. Cette différence est celle de la foi et de l’impiété. En d’autres termes, la religion d’Allah et la fausse religion fabriquée par le diable. Par conséquent, il n’y a aucune similitude entre la religion de l’ignorance et l’Islam. Il est hors de propos que les musulmans s’approprient une quelconque partie de la religion de l’ignorance. Pour cette raison, les membres de cette religion distinguent de suite le croyant dans la foule. Ils comprennent qu’il n’est pas des leurs après un court instant. Mais ils n’arrivent pas à comprendre qu’il ait un caractère si opposé à leur religion. La logique du croyant est complètement antagoniste à la leur. C’est pour cette raison, que tout au long de l’histoire, les adhérents de la religion de l’ignorance n’ont jamais compris la logique des croyants. Ils les ont traités de "fous".
Or, le système dans lequel ils se trouvent n’a aucun fondement cohérent, aucune base logique. La plupart des propos qu’ils tiennent sont en contradiction. Ils disent qu’il faut obéir à l’Islam, puis ils y mettent des restrictions. Ils apprécient certaines sentences de la religion, mais prétendant qu’il ne faut pas s'attacher beaucoup, ils sont partisans de ne pas appliquer d’autres sentences. Ils disent "Nous sommes Musulmans", mais ne veulent pas vivre en accord avec l’Islam.
De ces propos contradictoires et sans logiques, on pourra comprendre, qu’un quelconque adhérent de la religion de l’ignorance, par ses commentaires sur les questions religieuses, va généralement mettre en avant des idées et des réflexions en complète opposition avec les versets du Coran. Dans le Coran, cette catégorie de personnes est mentionnée comme suit :
Or, il y a des gens qui discutent au sujet d’Allah sans aucune science, ni guide, ni livre pour les éclairer, affichant "une attitude orgueilleuse" pour égarer les gens du sentier d’Allah. A lui l’ignominie ici-bas ; et nous lui ferons goûter le Jour de la résurrection, le châtiment de la fournaise. (Sourate al-Hajj, 8-9)
De plus, pour comprendre et pratiquer la vraie religion du Coran, il est nécessaire d’avoir toute son intelligence et sa conscience d’esprit. Seuls les croyants ont cette spécificité. Les incroyants et les hypocrites ont la conscience fermée, ainsi que leur perception. Allah les décrit comme des personnes qui ne peuvent pas comprendre et ce dans bien des versets :
Allah a scellé leurs cœurs et leurs oreilles ; et un voile épais leur couvre la vue ; et pour eux il y aura un grand châtiment. (Sourate al-Baqarah, 7)
Nous avons destiné beaucoup de djinns et d’hommes pour l’enfer. Ils ont des cœurs, mais ne comprennent pas. Ils ont des yeux, mais ne voient pas. Ils ont des oreilles, mais n’entendent pas. Ceux-là sont comme les bestiaux, même plus égarés encore. Tels sont les insouciants. (Sourate al-Araf, 179)
… Allah détourne leurs cœurs, puisque ce sont des gens qui ne comprennent pas. (Sourate at-Tawbah, 127)
Il résulte donc, que la religion de l’ignorance est la religion des insensés et des inconscients. Alors que l’intelligence et la conscience d’esprit inclinent à vivre la moralité de la vraie religion (Islam). La vraie gloire de l’être humain, son honneur et son bonheur éternels sont dans cette vraie religion (Islam). Le choix entre les deux religions dépend de l’homme. Dans un verset, le propos est expliqué comme suit :
Nulle contrainte en religion ! Car le bon chemin s’est distingué de l’égarement. Donc, quiconque mécroit au rebelle tandis qu’il croit en Allah saisit l’anse la plus solide, qui ne peut se briser. Et Allah est audient et omniscient. (Sourate al-Baqarah, 256)
"Deux dons précieux dont la plupart des gens ne font pas bon usage : la bonne santé et le temps libre"». Ce sont-là les paroles du Prophète (paix et salut à lui) qui nous éclairent le chemin dans cette vie troublée par les contingences et les fausses urgences. Personne ne vous expliquera les paroles du Prophète à propos du temps mieux qu’un homme (ou une femme) d’affaires à l’agenda plein, ou encore une mère de famille aux enfants nombreux ou un élève en baccalauréat en pleine période des examens.
Ces gens que j’ai cités connaissent bien la valeur de ce don divin que nous partageons tous, mais dont nous ne faisons pas le même usage. Ils la connaissent par la force des choses. Et c’est peut être trop tard à certains moments de la vie de faire cette découverte.
Education et mentalité,…les vrais obstacles !
S’il y a une caractéristique, entre autres, qui fait notre célébrité, nous les marocains (et arabes en général), c’est malheureusement nos rendez-vous jamais respectés et notre temps sauvagement gaspillé devant les écrans des cafés. Notre administration publique a acquis le titre de machine lourde consommatrice de ressources et surtout de temps.
Certains de nos adages, faussement interprétés, entretiennent cette mentalité. Donnons un exemple : à quelqu’un qui s’attache à respecter son rendez-vous comme il se doit (heureusement, ces gens-là existent encore dans notre société), on répond souvent : doucement mon ami, ceux qui se sont pressés ont péri !
Une blague serait capable d’illustrer mieux l’idée : écoutons ce que se disait un monsieur tout le monde qui était en train d’attendre son ami dans un café où ils se sont donnés rendez-vous (ne pourraient-ils pas trouver un autre lieu ?!) : « Ah ! Il est midi, on s’est mis d’accord sur dix heures, bon, pas de problèmes de l’attendrai jusqu’à 14 heures, et s’il ne vient pas à 16 heures, je partirai vers 18 h !! » C’est aussi simple que ça !
Volonté, action et appui divin,…voici les résultats
Faisons maintenant un petit retour en arrière et cherchons ce qui peut nous donner une lueur d’espoir et nous rappeler que nos maux (dont le gaspillage du temps) ne sont pas une fatalité ou une tare génétique propre à nous, arabes et musulmans. En voici quelques exemples.
- En seulement l’espace de vingt trois ans, notre Prophète (paix et salut à lui) et ses compagnons (que Dieu les agrée) ont pu fonder une société musulmane sur la fraternité, l’égalité et l’amour en Dieu. Education, jihad, participation de la femme, abolition de l’esclavagisme, instauration de la Shoura (système de gestion démocratique),… De grandes réalisations auxquelles l’Humanité doit beaucoup.
- Trente ans ont suffi aux quatre califes (Abou Bakr, Omar, Othmane, Ali, Que Dieu les bénissent) pour faire régner la justice et l’esprit fraternel de l’islam sur les trois continents alors connus. Le système de gouvernement, unique en son genre, était le califat.
- La célébrité de l’imam Annawaoui est tellement grande que, si on ne jette pas un coup d’œil sur sa biographie, on croirait qu’il a vécu longtemps, très longtemps. Or, ce grand des grands a, à peine bouclé sa quarante cinquième année quand il a quitté la vie d’ici-bas. « Riyad Assalihin » (Le jardin des justes) est un livre qu’on trouve presque dans chaque foyer musulman et qui, avec l’autre livre « Al Adkar » (Les invocations), a acquis une notoriété éternelle dans les cœurs et les esprits.
- L’algorithme, ce processus de résolution logique des problèmes tient son nom d’un des grands maîtres musulmans des sciences mathématiques : Al Khawarizmi. Cette sommité scientifique nous a légué plus de 800 ouvrages en maths, en astronomie et en géographie. Soixante ans de passage sur terre ont suffi à faire ces exploits.
Conclusion : c’est en déployant effort et persévérance, en ayant une volonté forte et une foi sans faille que tout devient possible.
Entre réalité et modèles,…comment faire ?
C’est la grande question qui s’impose. En fait, en ayant la tête toujours enterrée dans cette triste réalité, on risque de perdre tout espoir à y répondre. Ces modèles rayonnants de notre histoire nous serviront de phares et nous insuffleront le désir de réussir la gestion du temps et, partant, réussir notre passage, si éphémère, sur cette terre.
Dans la deuxième partie de cet article, quelques éléments de réponse nous feront découvrir comment on peut acquérir une bonne maîtrise du temps et quelles en sont les techniques. Nous verrons comment faire le point sur les activités d’une semaine « normale » et quelle enveloppe horaire cela nécessite. Nous découvrirons aussi les moments idéaux à la réalisation des activités dites importantes et nous finirons par filtrer ces activités-là à l’aide de deux critères : importance et urgence.
Craintes… au départ
Il est tout à fait normal que la crainte soit la première sensation à naître dans le cœur de celui ou celle qui entreprend de gérer son temps de façon efficace. La crainte de l’échec, la crainte du regret et surtout la crainte du changement de vieilles habitudes enracinées. C’est que l’on s’apprête à quitter ce que les psychosociologues appellent la « zone de confort » pour pénétrer dans une «zone de turbulence ».
C’est à cette phase de transition qu’il faut prêter le plus d’attention pour bien réussir le changement. Dieu sait que pour nous, citoyens du tiers monde, il s’agit d’un changement radical qui mobilisera beaucoup de ressources et qui, surtout, nécessitera beaucoup de courage et de fermeté dans la décision.
Premier exercice : lister ses activités et en estimer le temps
Avant de présenter les techniques propres à la gestion du temps, il est fort important de procéder à un certain diagnostic du vécu. Nous nous plaignons tous, presque sans exception, de temps introuvable, de la pression des tâches à faire et de l’inévitable stress qui s’en suit. Mais, avons-nous, un jour, estimé la répartition que nous faisons de notre temps. Cela revient à se poser les deux questions suivantes de la façon la plus claire :
1- Quelles sont mes actions, mes activités ou mes travaux pendant une semaine dite « normale » ? Puis-je en faire une liste ?
2- Combien de temps (estimé en minutes ou en heures) chaque action (ou activité) me prend-elle ?
Une semaine dite « normale » est celle où nous n’avons pas affaire à des imprévus (voyage plus ou moins long, événement social,…), où nous ne faisons que gérer nos affaires de routine. Des plus petits gestes d’hygiène personnelle aux activités professionnelles les plus importantes en passant par nos loisirs, nos passe-temps et notre vie familiale ; le tout doit figurer dans cette liste. En fait, une grille serait le meilleur moyen de mettre au clair ce diagnostic. En voici un exemple, et à chacun de créer le modèle qui lui convient :
Remarques :
• C’est à chacun d’estimer le temps que nécessite chaque activité listée dans la grille, cela peut alors varier d’une personne à l’autre.
• Cet exercice demande du temps et un peu de patience. Le prendre au sérieux permettra certainement de réussir les étapes à venir.
• La concentration et le sens de la responsabilité individuelle sont deux autres conditions.
Je vous laisserai, chers lecteurs, le temps (eh oui!, il s’agira toujours de temps !) pour faire cet exercice peu familier ; et pour ne pas vous influencer je vous rapporterai au début de la troisième partie quelques témoignages de ceux et celles qui ont vécu cette expérience.
Il est bon de rappeler que le discours coranique relatif au lieu sacré s’appuie sur quelques principes fondamentaux, tels que : la désacralisation du monde, l’évolution perpétuelle de l’univers et la suprématie de l’homme sur la nature.
D’un point de vue historique, le message coranique était d’abord en rupture avec le paganisme ambiant sur la perception du sacré. Toutes les idoles et divinités sont abolies en raison de l’unicité, et l’univers n’est plus sacralisé en tant que tel : « Dieu est Souverain Maître des cieux et de la terre, Il a créé tout à Sa guise » (1).
Le Coran, d’autre part, répond à un type d’agnosticisme dont les adeptes étaient connus en Arabie sous le nom de Mu‘aṭila. Leur croyance, très répandue parmi les riches commerçants mecquois du VIe siècle, percevait le monde dans un mouvement cyclique perpétuel et un retour éternel et gratuit. Dans un de ses versets, le Coran évoque cette conception : « Il n’y a pour nous, disent-ils, que la vie d’ici-bas. Nous mourons et vivons spontanément. Seul le temps qui passe nous fait périr » (2). Contre ceux-là, le Coran défendait, pour le salut de l’homme, une conception diamétralement opposée. L’unicité engendre une vision autre du monde, celle « des êtres peuplant les cieux et la terre et qui tous vers Lui feront retour » (3). L’univers n’est pas figé, puisque Dieu, qui « a pouvoir sur toute chose, ajoute à volonté à sa création » (4). Ce mouvement général, souligné à plusieurs reprises (« Lui est chaque jour à quelque œuvre qu’Il manifeste »), concerne la créature et l’homme au premier chef : « Ô toi, mortel ! tu ne cesseras d’œuvrer pour te rapprocher de ton Seigneur que tu rencontreras enfin » (5).
Les relations entre l’homme et la désacralisation d’un monde en mouvement débouchent sur un rapport objectif propice à une sorte d’universalité indifférente et passive des « choses ». Si bien que l’être humain finit par assurer sa suprématie sur la nature et les autres espèces. Le monde a une présence à la fois indépendante et apprivoisable.
À partir de ces principes, la Révélation acquiert une vision de l’Homme, désormais créature unique par sa nature et son statut dans un monde désacralisé. Cette créature est appelée à un nouveau destin selon lequel tout, même le Temple sacré, se voit revalorisé par la foi et l’action du croyant. « Orient et occident appartiennent en propre à Dieu, et vers quelque point que l’on se tourne, là est Sa Face » (6).
En considérant que Dieu est présent uniquement dans l’histoire et dans l’homme, la révélation coranique fonde une alliance qui réfléchit le nouveau destin de l’homme. C’est d’ailleurs en référence à cette alliance que quelques passages coraniques font état de la sacralité passagère d’un lieu (7).
Pour les Hadiths, la chose est sensiblement différente. Les « Hadiths » ou « dits », dont l’ensemble forme la Sunna, ou « manière de vivre du Prophète », constituent les propos attribués à Muhammad en dehors des instants de la Révélation, et sont la deuxième source de la théologie islamique. L’étude de cet immense corpus littéraire, aux objectifs éthiques et juridiques, visait à interpréter le Coran ou à compléter ses silences et ses non-dits. Or on trouve un certain nombre de Ḥadīth-s mentionnant des lieux qui revêtent une forme de sainteté. Parmi eux :
- des villes. À côté des villes saintes de l’islam, La Mecque et Médine, un nombre considérable de textes cite des cités privilégiées telles que Basra, Damas, Jeddah et ‘Abadān en Iran. À propos de ces deux dernières, deux textes attirent l’attention : « Monter la garde à Jedda est la meilleure des sentinelles », ou « ‘Abadān est une porte ouverte ici-bas sur le paradis ». Il va sans dire que l’authenticité de ce genre de hadith n’a pu être établie. Il n’en demeure pas moins que les textes concernant les mérites (faḍā’il) de La Mecque et Médine figurent dans les recueils canoniques qui font autorité. La première de ces villes est qualifiée, dans les textes fondateurs, de « Mère des cités » (Umm al-Qurā) et tire sa noblesse du fait qu’elle fut une « aire de la révélation » (Mahbat al-waḥī). Médine est sanctifiée pour la même raison. Ce sont deux lieux qui portent témoignage de la relation de l’homme à Dieu. Mais cet aspect circonstanciel est renforcé par une gaine symbolique et religieuse. La Mecque et Médine sont sanctifiées (muqaddasa), car ceux qui prennent la peine de s’y rendre sont en quête de pureté, signifiée par la racine Q-D-S. La sainteté du lieu conduit en fait à baliser la condition humaine et à valider les actions du croyant. Un hadith mentionne le passage de l’ « espace » à l’éthique, en précisant qu’ « aucun peuple ne sera sanctifié (lā quddisat ummatun) tant qu’il cautionne l’injustice ».
- Des sanctuaires. Trois mosquées sont considérées comme des lieux saints selon la Sunna. Il s’agit des mosquées des deux villes précitées, plus la mosquée d’al-Aqṣā à Jérusalem. Dans le fameux hadith « Ne sanglez vos montures que pour aller à trois mosquées : la mosquée sacrée, celle de l’Envoyé de Dieu et celle de Jérusalem » (lā tuchaddu al-riḥāl illā ilā ṯalāṯah), point d’explications sur la cause de la sanctification de ces trois enceintes chères aux croyants pèlerins, mais d’autres textes nous éclairent à ce propos. S’il se rend à l’un de ces trois lieux, le musulman reçoit la gratification de ses efforts. En s’acquittant de sa prière liturgique, il est récompensé par des bienfaits qui témoignent de la Grâce divine. Encore une fois, le lieu saint permet de rehausser la valeur des actes cultuels et, par-là même, de renforcer l’alliance qui donne sens à l’action et à la vie de l’homme. C’est dans cet esprit qu’on entend un autre hadith où le Prophète précise que la prière accomplie dans l’enceinte de sa mosquée à Médine est supérieure à mille prières dans toute autre mosquée, exception faite du temple mecquois, dans lequel une prière est préférable à cent mille autres accomplies ailleurs.
- La Ka‘bah. La vénération (ḥurmah) qui l’entoure est bien établie dans maint texte de la Sunna. Vers le Temple se tourne tout musulman au moment de sa prière et, autour de lui, le cortège religieux fait sa procession pendant le pèlerinage majeur (ḥāǧǧ) ou mineur (‘umra). Ni querelles ni paroles offensantes ni port d’armes ne sont tolérés dans ses alentours. Ce devoir de respect de la part des hommes s’étend aux animaux et aux plantes : les visiteurs de la Ka‘bah doivent s’abstenir d’y faire la chasse et de couper quelque arbre ou plante. Ainsi la Ka‘bah porte un message de paix au niveau universel. Elle permet de vivifier la relation à Dieu, en insistant sur le fait que les actes du croyant sont innervés de vie.
Cela dit, les ḥadīth-s comparent la vénération de la Ka‘bah (ḥurmat al-Bayt) à celle de l’homme, avec une supériorité de la seconde sur la première. Le compagnon du Prophète ‘Umar b. al-Khaṭṭāb s’exclama devant la Ka‘bah : « Ô que tu es majestueuse et que tu es vénérée ! Mais pour Dieu la considération de l’homme (croyant) est de loin la plus importante ». À un homme qui se cramponnait aux rideaux de la Ka‘bah, dans la véhémence de sa prière (« Mon Dieu, pardonne mes péchés par ce temple sacré »), le prophète Muhammad en personne fit ce reproche : « Il est plus juste de dire : Absous-moi au nom de ma dignité ».
Les textes de la Sunna consultés sur la sainteté des lieux sont un vivant commentaire des principes énoncés dans le Coran. Un lieu est considéré comme sacré quand il témoigne d’un moment spécifique où Dieu s’est manifesté à l’humanité. De ce fait, il symbolise et cristallise, dans un espace donné, la volonté immatérielle et divine d’une destinée nouvelle pour l’homme. En vénérant ces lieux, le croyant entame une quête en vue d’une paix et d’une sainteté internes, qui préparent autant les membres de la communauté que lui-même à leur salut futur. Cette quête d’un rapprochement avec Dieu ne peut être purement abstraite : elle doit s’exprimer dans le vécu en liaison avec l’espace, faute de quoi elle risque d’être vidée de toute substance. Le texte d’un hadith authentique concernant le temple de la Ka‘bah est révélateur à ce sujet. Muhammad affirme à Aïcha, son épouse, qu’il a « préconisé la démolition du Temple, puis sa reconstruction sous une forme différente ». Ce qui l’en a empêché, c’est la crainte d’être incompris par une communauté encore très attachée à ses traditions. Il fallait donc s’attaquer à l’essentiel : le temple restera sacré, non par sa forme, mais par le sens profond qu’il véhicule.
Dans cette conception, le monde et notamment les lieux sacrés deviennent un instrument au service d’une fin : l’homme, dont la vie et la mort revêtent alors un sens différent en ce qu’elles sont les étapes d’une ascension continuelle.
1. Par islamiates le 02/07/2024
Salam Les sourates sont données à titre d'exemple. Merci pour votre réactivité